L'Agence Havas publie la note suivante
Le général Guerrier vient d'adresser à M. le premier président de la Cour de cassation, avec documents ofliciels à l'appui, un mémoire rectificatif de la déposition du commandant Esterhazy, inexacte sur tous les points qui le concernent.
— Le capitaine Freystætter, déjeunant à Écouen chez le député de Lanessan, déclare que la condamnation de 1894 est due à une communication secrète faite en chambre du Conseil, et que lui-même est aujourd’hui convaincu de l’innocence de Dreyfus. (Récit de l'Indépendance belge du 22 mars, reproduit le lendemain par le Siècle. Cf. la Liberté du 26 mars et /a Petite République du 31 mars. Voir enfin une interview du capitaine Freystætter, dans le Temps daté du 26 mars.)
43. — A la Cour d'assises de la Seine, première audience du procès intenté, sur la plainte du ministre de la Guerre. à Urbain Gohier, pour la publication de son livre, l'Armée contre la Nation.
— Le colonel Picquart est transféré de la prison du Cherche-Midi à celle de la Santé.
14. — Urbain Gohier et son éditeur Natanson sont acquittés par le jury de la Seine.
— La Gironde publie les listes de fonctionnaires établies par le Comité royaliste en vue d’une prochaine restauration.
45. — A la première chambre du tribunal civil de la Seine, le substitut Servin conclut à l’incompétence de la juridiction civile dans l'affaire Christian Esterhazy contre Esterhazy. Le jugement est renvoyé à huitaine.
-— Duel au pistolet, sans résultat, à Nimes, entre F rancis de Pressensé et M. de Vathaire, avocat et président de la jeunesse royaliste d'Alais.
— Le Figaro publie une interview accordée par le pape Léon XIIT au publiciste Boyer d'Agen, et où il est fait allusion à l’affaire Dreyfus.
— Brunetière fait à Lille une conférence sur «les ennemis de l'âme française ». (Temps daté du 17 mars.)
— Mwe de Boulancy adresse à /’Aurore la lettre de rectification suivante :
1° J’aflirme que M. Esterhazy ne m'a fait aucune confidence relativement à son rôle dans l'affaire Dreyfus, et que, par conséquent, il n’a pas pu me dire qu’il était l’auteur du bordereau ;
2% Si je n’ai pas paru en Cour d'assises, ce n’est pas, comme le dit M. Clemenceau, par crainte des ennuis, mais parce que mon élat de santé ne me le permettait pas. Du reste, je n’y aurais pas dit autre chose que ce que j'ai toujours dit et répété depuis: que les lettres de M. Esterhazy avaient été livrées à la publicité à mon insu — ce que je suis en mesure de prouver — et que je ne sais rien, absolument rien, qui soit de nature à éclairer la justice, en dehors de mes déclarations. Cela, je suis prête à le répéter devant n'importe quel tribunal.
Je l’affirme donc une fois de plus : je ne sais rien, absolument rien,
Si je connaissais un fait, un simple indice pouvant servir la cause d’un innocent, croyez bien, Monsieur, que je n'aurais pas la lâcheté de me taire.
— Le Petit Bleu raconte, avec des réserves, qu’en 1894, antérieurement à l’arrivée du bordereau, et alors que l’on recherchait l’auteur de la livraison à l'Allemagne du texte de la convention militaire franco-russe, « un très haut personnage étranger... communiqua au général de Boisdeffre une ou plusieurs lettres, signées de l’empereur d'Allemagne, dans lesquelles Dreyfus était désigné comme pratiquant l’espionnage au ministère de la Guerre pour le compte de l'Allemagne ». Ces lettres étaient fausses, ajoute le journal, et l'auteur de la livraison à l'Allemagne n'était autre que le haut personnage en question.
Le lendemain, {a Fronde prononça le nom de M. de Mohrenheiïm. (Cf. le Siecle du 17 mars.)
Dans une interview publiée le 19 mars par /e Temps, M. de Mohrenheim protesta avec indignation contre ce récit qui n’est, dit-il, qu'une invention inepte.
16. — L'Agence Havas publie la note suivante, relative à une démarche faite auprès du président du Conseil par le groupe parlementaire de la Défense nationale (groupe présidé par Georges Berry) :
Les membres de ce groupe ont demandé à M. Charles Dupuy de les renseigner :
1° Sur l’existence de rapports préfectoraux qui auraient signalé antérieurement au Cabinet actuel des envois d’argent de l'étranger se rattachant à l'affaire Dreyfus ,
20 Sur une question posée par le grand-rabbin Zadoc-Kahn à un officier d'infanterie, relativement à la présence du commandant Esterhazy aux manœuvres de 1894. |Incident soulevé par l’Eclair le 4° février 1899.]
Sur les envois d'argent, le président du Conseil a répondu que les préfets de l’époque, MM. Laurenceau, Stehelin et Grenier, interrogés par lui, ont déclaré n'avoir aucun souvenir d’avoir signalé des envois de cette nature et que, d’autre part, il est résulté de recherches minutieuses faites dans les bureaux du ministère de l'Intérieur, qu'aucun document ou rapport relatif à ces envois ne se trouve place Beauvau.
Sur l'incident Zadoc-Kahn, le président du Conseil a répondu qu'il avait eu à se préoccuper, comme ministre des Cultes, de cette affaire portée à sa connaissance par le ministre de la Guerre.
Le 17 janvier, le ministre des Cultes a adressé au grand-rabbin des observations sur son manque de réserve dans cette circonstance.
M. Zadoc-Kahn à fait connaître, par lettre du 18 janvier, qu’il s’inclinait respectueu- Re devant l’appréciation sévère que le ministre faisait d’une démarche absolument isolée.
Voir au 93 et au 30 août.
— Le Matin publie une longue interview d’Esterhazy ; cette interview sera démentie par lui.
— Le Journal publie un article de Maurice Barrès, disant qu'en 1896 ou en 1897, Joseph Reinach aurait recommandé ou fait recommander Esterhazy au ministre de la Guerre, pour le faire entrer au bureau des renseignements.
Reinach oppose à ces allégations un démenti formel.
47. — Dans une lettre au premier président de la Cour de cassation, le colonel