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— Scheurer-Kestner écrit à Ranc (Xadical daté du 26 mars) : Mon cher ami,
Vous me demandez une date permettant de déterminer à quelle époque le général Billot a été averti de mon intention de poursuivre la revision du procès Dreyfus.
C’est le 12 septembre 1897 que j'ai fait part à un officier supérieur d’État-Major se trouvant à Belfort, et avec lequel j'avais eu des relations antérieures, de ma conviction et de mon intention.
Après avoir cherché, sans succès, à me démontrer la culpabilité de Dreyfus, cet officier me répondit qu'il allait faire part de notre conversation au ministre de la Guerre, et qu’il verrait le général Billot aux manœuvres.
A son retour des manœuvres, ledit officier me télégraphiait, à la date du 20 septembre, qu’il avait mission de me faire une communication. Notre nouvelle entrevue eut lieu le 16 octobre, dans laquelle il me demanda, au nom de son ministre, de ne rien entreprendre avant de l'avoir vu.
C'était dans mes intentions. Et c’est ainsi que je me trouvai, le 31 octobre, dans le cabinet du ministre de la Guerre auquel je fis part des raisons qui avaient formé ma conviction.
Voilà, mon cher ami, la situation bien nette au point de vue de ces dates.
Votre affectionné,
SCHEURER-KESTNER
24. — La Cour de cassation, après avoir entendu le rapport du président Ballot-Beaupré et les conclusions du procureur général Manau, rejette la requête en récusation des conseillers Petit, Lepelletier et Crépon.
— Le prince Esterhazy, membre de la Chambre des magnats, demande au tribunal de la Seine de faire défense à l’ex-commandant de porter le nom d’Esterhazy sans le faire précéder de celui de Walsin, et de prendre le titre de comte et les armes de la famille Esterhazy.
— L'Intransigeant demande si, en 1893, un correspondant du Berliner Tageblatt n’a pas été expulsé pour espionnage; si son successeur ne s’est pas rencontré, à diverses reprises, dans un restaurant du Palais-Royal, avec Alfred Dreyfus et un officier du nom de P., et s’il n’a pas disparu subitement, quelques jours après l’arrestation de Dreyfus.
27. — Les Chambres réunies commencent l’examen du dossier secret militaire, sur lequel le général Chamoin et le capitaine Cuignet fournissent des explications à la Cour.
— Le Siècle ayant demandé s’il était vrai qu’au Conseil de cabinet du 16 mars, le ministre de la Guerre de Freycinet avait annoncé son intention de faire arrêter le lieutenant-colonel du Paty de Clam, et que Dupuy et Lebret s’y étaient opposés, € on répond négativement à ces questions » au ministère de la Guerre (Temps daté du 20 mars).
Le Siècle n’en maintiendra pas moins le fait.
28. — Les Chambres réunies continuent l’examen du dossier secret.
— La Liberté publie une interview de Mathieu Dreyfus, relative à la démarche que le docteur Gibert fit auprès de lui le 21 février 1895, après son entretien avec le président de la République, Félix Faure.
29. — Les Chambres réunies examinent, en présence de M. Paléologue, le dossier secret diplomatique.
30. — Le député Georges Berry dépose une proposition de loi tendant à modifier l’article 529 du Code d'instruction criminelle, sur les règlements de juges.
— Le Comité de la Ligue de la Patrie française adresse à ses adhérents un appel contenant la déclaration suivante :
Nous avons émis, à propos d’une loi récente de justice et d’apaisement, un vœu
AE — Mars 1899.
unanimement approuvé qui à pu avoir quelque effet sur l’orientation du Gouvernement.
31. — Le Figaro commence la publication de l'enquête faite par la Chambre criminelle.
Le Conseil des ministres décide l’ouverture d’une enquête.
— Auguste Lalance, ancien député protestataire de Mulhouse au Reiïichstag, écrit au Temps (numéro daté du 3 avril) :
Il a été question, ces jours-ci, de propos prêtés à M. Félix Faure relativement au jugement de 1894. Je puis ajouter ce qui suit :
Au commencement de mai 1895, j'allai voir le président pour lui parler du capitaine Dreyfus. Aux premiers mots que je prononçai, il me dit: « Tiens, vous parlez comme Gibert. »
Je lui présentai une copie du bordereau et m’efforçai de lui prouver qu'il n’était pas écrit par Dreyfus.
Il m'interrompit pour me dire : « Mais ce n’est pas là-dessus qu’il a été condamné. Il y a autre chose ; 11 y a des pièces excessivement graves qui ne laissent aucun doute sur sa culpabilité. »
Je me permis cependant de lui suggérer l’idée de se faire présenter un rapport sur le dossier par le gouverneur de Paris et le ministre de la Justice.
Il me répondit : « La Constitution ne me donne pas ce droit : tout ce que je pourrais faire, ce serait de prononcer la grâce, et cela je ne le ferai jamais. »
En partant, je lui laissai une lettre qui porte la date du 3 mai et dont j'ai conservé copie.
Il est donc certain que le président ne m'a pas parlé de pièces secrètes, mais il m'a affirmé avec énergie que des pièces beaucoup plus importantes que le bordereau avaient entrainé la condamnation.
— 974 — Avril 1899.
1.— M. Barbezieux publie dans /a Paix les déclarations suivantes, à lui faites par le président du Conseil, Charles Dupuy :
Je ne sais quelles intentions me prêtent certains de vos amis et je ne comprends pas l’acharnement qu’ils mettent à me combattre. En 1894, j'ai fait mon devoir en livrant Dreyfus à ses juges naturels... Sur vingt personnes qui viennent dans mon cabinet, dix-huit croient comme vous, que le bordereau est l’œuvre d’Esterhazy; d’autres faits qui se sont produits ont amené le gouvernement précédent à entamer la revision. Mon rôle se borne à aider la Cour de cassation dans son œuvre, en lui remettant toutes les pièces du dossier de l’affaire. Je serai le premier à m'incliner devant l'arrêt de la Cour. Si Dreyfus est innocent, ce que je ne puis croire, tant qu'il y a chose jugée, je ne chargerai certainement pas ma conscience du crime de le laisser dans son bagne.
— Le député Fournière écrit au ministre de la Guerre que, les documents de l'enquête confirmant les allégations d’Esterhazy, il reprendra, le jour de la rentrée de la Chambre, l’interpellation qu'il avait ajournée.
Le député Breton écrit d'autre part à de Freycinet qu'il déposera une demande d’interpellation sur le même sujet.
— Mathieu Dreyfus adresse à /’Agence Havas la lettre suivante : Je lis dans la déposition de M. le général de Pellieux devant le conseil d'enquête, à la séance du 24 août 1898, qu’Esterhazy lui avait fait connaître que la famille Dreyfus
lui avait offert 600.000 francs pour qu’il se déclarât l’auteur du bordereau et 450.000 francs à Me Pays.
Je n’ai jamais fait offirr, aucun membre de ma famille n’a jamais fait offrir une somme quelconque, ni directement, ni indirectement, à Esterhazy ou à Me Pays.
Cette allégation d’Esterhazy est un mensonge,
Agréez.
— Arthur Meyer, directeur du Gaulois, proteste contre cette déclaration faite par Esterhazy au Conseil d'enquête, le 27 août 1898 : « Des amis de M° Tézenas lui ont remis 18.000 francs, dont 4.000 francs fournis par le Gaulois pour sa défense ». Il écrit au Figaro :
«Je n'ai rien offert, rien donné à M. Esterhazy, qui d’ailleurs ne m'a rien demandé. »
— De Boisandré, rédacteur à la Libre Parole, proteste contre «certaines inexactitudes formelles » qu'il relève, dit-il, dans l’analyse de ses deux dépositions devant le Conseil d'enquête.
— Le juge d'instruction Flory interroge l’ex-agent de la sûreté Decrion et son complice présumé Le Rendu, inculpés d'espionnage. Decrion, ayant prétendu avoir été mêlé à l'enquête sur l'affaire Dreyfus, est ensuite confronté avec l’archiviste Gribelin.
2. — Paul Degouy, rédacteur en chef du Voltaire, écrit à Cavaignac :
Dans la déposition que vous avez faite devant la Chambre criminelle, et dont le Figaro de ce jour reproduit le texte, vous prétendez qu'Esterhazy, partant pour des manœuvres de cadres à la fin de mai 1894, n’aurait pas écrit : « Je pars en manœuvres. »
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— 975 — Avril 1899.
« J'ai cité, dites-vous, l'exemple topique d’Esterhazy lui-même disant : «Je pars en manœuvres de cadres, »
Je peux vous affirmer, moi, qu’à la veille de partir pour les manœuvres de cadres, Esterhazy a écrit à un de ses amis, à la date du 20 mai 1894, une lettre dans laquelle se trouve la phrase suivante : « Je vais partir demain en manœuvres. » Il n’ajoute pas : de cadres.
Cette lettre, je l'ai montrée à de nombreuses personnes..., je l’ai remise à M. Labat pour être communiquée à M. Sarrien, alors ministre de la Justice.
4. — Le député Georges Berry entretient le garde des Sceaux de la publication des documents de l'enquête. /Soir).
5. — Le capitaine Cuignet est nommé chef de bataillon et maintenu comme officier d'ordonnance du ministre de la Guerre.
6. — Une demoiselle Déry s'étant suicidée à Berlin, {a Libre Parole et d’autres journaux antirevisionnistes rattachent ce suicide à la publication par /e Figaro de la déposition où le colonel du Paty de Clam fait allusion aux «relations entre Dreyfus et une étrangère, M"° Déry ».
Le Figaro fait observer que le suicide s’est produit le 30 mars, et que la déposition du colonel du Paty de Clam n’a été publiée que le 1° avril.
La Fronde du lendemain publie à ce propos la note suivante :
Me Juliette Déry, dont un télégramme de Berlin annonçait lundi le suicide, a fait deux séjours à Paris, l’un en 1889, l’autre en 1892. Depuis, elle n’est pas revenue en France. Elle n’a jamais eu de relations avec le capitaine Dreyfus, « dont elle ne soupconnait même pas l'existence ». :
Si c’est à elle que M. du Paty de Clam faisait allusion dans sa déposition publiée par le Figaro, nous sommes en mesure de lui opposer le « démenti le plus formel ».
7. — Le Daily Chronicle publie les trois lettres adressées par Esterhazy au président de la République, le 29 octobre, le 31 octobre et le 5 novembre 1897.
— Me Lucie Dreyfus dit à un rédacteur du Temps :
Le général Roget, dans la déposition qui a été publiée ce matin, reproduit quelquesunes des allégations que contenait le rapport de M. d’Ormescheville contre la vie privée de mon mari et en ajoute de nouvelles. En réponse à une question du président de la Chambre criminelle qui lui demandait d'indiquer les mobiles qui auraient pu déterminer le capitaine Dreyfus à trahir, il le représente comme un «viveur» el comme un «joueur ». 2
En ce qui concerne les allégations contenues dans le rapport de M. d’'Ormescheville, je me borne à rappeler que, devant le Conseil de guerre de 1894, l’inanité en a étés, clairement démontrée que le commissaire du Gouvernement a, dans son réquisitoirei formellement déclaré qu'il renonçait à les soutenir et qu’il ne restait que le bordereau à la charge de mon mari.
En ce qui concerne les faits nouveaux racontés par M. le général Roget, je répète ce que j'ai déjà dit maintes fois, que mon mari a toujours mené la vie de famille la plus régulière, et que toutes les allégations contraires sont absolument fausses.
— M. Hadamard, beau-père de Dreyfus, écrit au Temps :
Je lis dans la déposition du général Roget, parue dans Le Figaro de ce jour, le passage suivant : : k
« Il a été établi au moment du procès, ou peu après, que M. Hadamard aurait eu à payer des dettes pour son gendre, ce dont il était très peu satisfait. Il aurait même tenu à ce propos, à M. Painlevé, un propos significatif. » Te
Je n’ai jamais eu de dettes à payer pour mon gendre par la raison qu'il n'en a jamais fait; j'ai toujours eu, j’ai toujours pour lui la plus grande estime, la plus profonde affection; je ne connais pas M. Painlevé que je n’ai jamais vu; rien de tout cela n’a jamais été établi au procès de 1894, ni après. L'affirmation du général Roget est absolument fausse.
— Le lieutenant-colonel Cordier dit à un rédacteur de l'Agence nationale :
Je vois dans la déposition du général Roget la genèse de la lettre dont s’est servie la Libre Parole. Inutile de vous dire que cette lettre est un faux, un faux grossier qui dénote de la part de son auteur une bien médiocre intelligence.
QE Avril 1899.
Je n'ai jamais connu un Lehmann de mon existence et je n’ai pu écrire de lettre semblable adressée à Belfort à M. Mathieu Dreyfus, alors que mon service au bureau des renseignements au moment du procès de 1894 me permettait de connaître très exactement l’adresse de la famille Dreyfus à Mulhouse. De plus, ce n’est pas un officier du service des renseignements qui aurait été assez naïf pour mettre à la poste une telle lettre, qu’il savait d'avance devoir être interceptée. C’est donc une infamie de plus que l’on me jette à la face. Le document étant, dit-on, au ministère de la Guerre, il sera facile d'établir par une expertise qu’il constitue un faux dont je suis décidé à poursuivre le ou les auteurs.
On m'a aussi reproché d’être ulcéré contre mes chefs : ce n’est un secret pour personne au ministère de la Guerre, que, dès ma nomination de lieutenant-colonel en décembre 1894, j'ai adressé une demande nour entrer dans le corps du contrôle. Je ne voulais donc pas succéder à Sandherr et mon désir était bien au contraire de quitter ce service en même temps que mon ancien camarade de promotion.
— Christian Esterhazy écrit au premier président de la Cour de cassation pour protester contre certaines inexactitudes de la déposition du général Roget.