Mathieu Dreyfus écrit à l'Agence nationale
de suis effectivement allé chez M. Lebelin de Dionne, qui me reçut courtoisement. Il me parla de l'estime qu’il avait pour mon frère, et me raconta l’incident concernant la cote personnelle. Le général Lebelin de Dionne ne m'a pas parlé des trois griefs énumérés par le général Roget. Lorsque je demandai au général Lebelin de Dionne de vouloir bien déposer en faveur de mon frère devant le Conseil de guerre, il me dit que les notes reçues par lui à l’École de guerre résumaient le témoignage qu'il pourrait faire. Dans ces conditions, j'ai cru devoir renoncer à ce témoignage.
— M. de Rodays, directeur du Figaro, et le gérant du journal sont condamnés à 500 francs d'amende chacun, à raison de la publication de l'enquête de la Chambre criminelle.
— Dans une interview publiée par e Soir, Rochefort revendique l'initiative de la loi de dessaisissement : C’est moi, en effet, déclare-t-il, qui écrivis le premier article sur ce projet : l’idée m'en avait été donnée par une lettre signée : Un magistrat.
— L'ancien adjudaut Lorimier, qui avait été employé au bureau des renseignements, de la fin de 1896 au commencement de 1898, et s'était retiré au Catelet, près de Saint-Quentin, se suicide en se pendant dans une remise. (Temps, numéros datés des 12, 13, 14 et 15 avril.)
— Le lieutenant-colonel Cordier porte une plainte en faux et usage de faux, à raison d’une lettre de Mathieu Dreyfus, qui lui avait été attribuée par le général Roget, dans sa déposition du 3 février. — Voir au 22 juillet, l'ordonnance du juge Boucard.
9. — Charles Dupuy, président du Conseil, dans un discours prononcé au Puy, parle de l'affaire Dreyfus dans les termes suivants :
Quant à l'affaire qui est la’ principale cause de ce trouble superficiel, je veux et je dois en dire un mot : elle a pris des proportions extraordinaires et les incidents les plus divers sont venus s’y rattacher et la compliquer. Heureusement nous commençons à en apercevoir le terme. Elle sera dénouée par la Cour de cassation dont l'arrêt, quel qu'il soit, s’imposera à tous. Quel sera cet arrêt ? Je l’ignore et je ne veux pas même me le demander. La Cour suprême dira ce qui doit être dit; car elle parlera selon le droit et la justice. Or c’est là ce qui importe à ceux qui, sans pression et sans parti pris, ne se donnent pas la mission indiscrète et téméraire de préjuger un arrêt qui fera la pleine lumière et nous délivrera de ce douloureux cauchemar. Mais nous tenons à dire une fois de plus que nous réprouvons les polémiques qui s’obstinent en cette affaire à mettre en cause l’armée nationale et qui, par des généralisations injustes, veulent la rendre solidaire des aberrations et des fautes de quelques-uns. Au lendemain de l’arrêt qui, seul, permettra de les établir exactement, les responsabilités seront définies, et les sanctions suivront si elles sont reconnues nécessaires.
Mais, je vous le demande, est-ce que ces sanctions atteindront l’armée ? Est-ce que le châtiment de fautes individuelles atteindra cette grande famille qui contient tous les fils de la patrie ? Est-ce que le drapeau flottera moins fièrement sur elle ? Est-ce
Che Avril 1899.
qu'elle ne continuera pas d’être, selon les paroles du président de la République, la sécurité du présent et l'espérance de l'avenir, la gardienne de l'indépendance, de la Constitution et des lois ?
S'il est des hommes qui osent le penser — ces hommes, qu'ils le veuillent ou non, sont les ennemis de leur propre pays — laissons-les à leur coupable folie, et restons envers l’armée nationale pleins de gratitude et de confiance.
— Jules Develle, dont la déposition devant la Chambre criminelle a été, de la part du général Roget, l’objet de certaines contradictions, demande une enquête pour établir la sincérité de ses déclarations.
— Les journaux antirevisionnistes attaquent le commandant Hartmann au sujet de sa déposition.