‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 178 sur 244 · On lit dans le Matin · texte numérisé non relu

On lit dans le Matin

Le bruit court que le général Mercier va produire, devant le Conseil de guerre, une pièce nouvelle, décisive, qui lui aurait été procurée par le chapelain du ministère des Affaires étrangères en Allemagne.

— Le même journal publie une interview d’Esterhazy, qui déclare qu'il ne comparaitra pas devant le Conseil de guerre de Rennes.

— A Privas, à l’occasion de la Saint-Jean, le fils du capitaine de gendarmerie Vieille fait flamber, sur la place du tribunal, deux mannequins représentant Zola et Dreyfus. pendus à une potence.

25. — Le procureur général Bertrand et le procureur de la République Feuil-

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— 318 — Juin 1899.

loley sont remplacés dans leurs fonctions. M. Bulot est nommé procureur de la République. M. Lombard est réintégré dans ses fonctions d'avocat général.

Les généraux Hardschmidt et Roget, et le colonel de Saxcé sont déplacés. Le lieutenant-colonel de Coubertin sera également déplacé.

— La France nmalitaire publie une interview du général Mercier. Le général est décidé à dire « absolument tout » au Conseil de guerre de Rennes.

— Le Journal ayant publié une longue interview du général Galliffet et La France militaire ayant reproduit des déclarations du général, confirmant cette interview et la complétant sur certains points, l’Agence Havas communique la note suivante (Temps daté du 26 juin) :

Contrairement aux affirmations d’un journal militaire, le ministre de la Guerre n’a

accordé aucune interview à aucun de ses rédacteurs, et la plupart des propos qui lui sont attribués ne répondent ni à la pensée du gouvernement ni à la sienne.

— On lit dans l’Antijuif d'Alger :

.… Il y aura, j'espère, un Français assez courageux pour occire le youtre Dreyfus Rennes.

26. — La déclaration ministérielle du nouveau cabinet est approuvée à la Chambre par 263 voix contre 237, et au Sénat par 187 voix contre 25.

— M. Lépine est nommé préfet de Police en remplacement de M. Charles Blanc, qui est nommé conseiller d'Etat.

— Quesnay de Beaurepaire écrit dans l’Echo de Paris :

J'ai écrit le 48 au commandant Carrière pour solliciter une audience; je lui annonçais le dépôt de mes preuves et de ma liste de témoins : son silence prolongé me prouve qu'on l’a empêché de me répondre.

Le commandant Carrière ayant répondu le 28 juin qu'il s'était « imposé la règle inflexible de ne recevoir personne », Quesnay de Beaurepaire écrivit dans l’Echo de Paris daté du 2 juillet :

.… Je fais ici ma déclaration solennelle : j'ai recueilli, par des confidences d’une valeur morale indiscutable, j'ai recueilli des preuves de plus d’un genre, qui, jointes aux documents du dossier, établissent de façon indiscutable que Dreyfus est un traître. Le devoir de l'accusation, le devoir du Gouvernement, est de s’en emparer, de les contrôler, et de les produire comme élément de discussion.

J'ajoute que les membres du Conseil toucheront du doigt l’odieuse intrigue, car auçun de ceux qui l’ont ourdie ne m'empêchera de faire parvenir à chaque juge, le jour des débats, cetie démonstration du crime que j'ai vainement offerte à l’officier du ministère public.

— L'Écho de Paris publie une lettre du général Cosseron de Villenoisy :

… On peut tenir pour justes les décisions des deux Conseils de guerre qui se sont prononcés à l’unanimité contre Dreyfus et l’opinion des six ministres de la Guerre qui, après un mûr examen, l’ont déclaré coupable. Et, ce que je dis là, la France presque entière le pense.

Un Gouvernement s'expose aux plus grands dangers en se mettant en opposition avec le sentiment national... Voilà le danger qui seul menace la troisième République.

27. — Le Comité catholique de la Défense du Droit fait afficher à Rennes un appel à l’apaisement. (Temps daté du 28 juin.)

Le groupe nationaliste rennais répondit à cet appel par une affiche dénonçant les « agents du Syndicat de trahison... cosmopolites. vendus ».

— Syveton, trésorier de la Lique de la Patrie Française, réunit à Brest les adhérents de cette association.

28. — La Libre Parole est condamnée, par la 9° Chambre, à 100 francs d’ameade et 300 francs de dommages intérêts pour injures publiques envers Mathias Morhardt, secrétaire général de la Lique des Droits de l'Homme.

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— 319 — Juin 1899.

— Le général Tricoche publie dans la France mililaire un article engageant l’armée à accepter la revision.

29. — Alfred Rambaud réclame dans /e Matin des poursuites contre « les journaux, qui, depuis dix-huit mois, mènent cette abominable campagne contre l’armée nationale ».

30. — Le Journal du Cher, reproduit par {a Libre Parole, ayant dit que le capitaine Dreyfus, lors de son séjour à Bourges, avait commis « un acte indélicat », constaté par la caissière du Cercle militaire, M. Margueritat, propriétaire du grand Café de Bourges, certifie que Dreyfus n’a laissé que d'excellents souvenirs dans cette ville. {Siècle du 2 juillet.)

— Dans la nuit, Dreyfus est débarqué à Port-Haliguen et conduit en voiture à Rennes.

PI) — Juillet 1899.

3. — Le commandant Carrière signifie à Dreyfus l’arrêt de la Cour de cassation.

— Première visite de M° Demange et de M° Labori à Dreyfus. (Temps daté du 4.)

— On distribue dans les rues de Rennes un violent manifeste intitulé : /e Péril juif. (Petit Temps daté du #4 juillet.)

— Le Figaro publie une lettre du prince de Monaco à Me Dreyfus, invitant son mari à venir au château de Marchais dès que « l’œuvre sainte de la justice sera accomplie » : « La présence d’un martyr, vers qui la conscience de l’humanité tournait son angoisse, honorera ma maison. »

Le lendemain, Georges Berry, au nom du groupe de la Défense nationale, déposa une demande d’interpellation sur « la lettre d’un prince étranger, qui constitue l’ingérence la plus incorrecte dans les affaires intérieures de la France et un véritable outrage à l’indépendance de la justice ». La session ayant été close le même jour, le groupe protesta, par un ordre du jour, « contre une politique tombée au-dessous de toute flétrissure ». Le député Boni de Castellane adressa, d'autre part, au prince de Monaco une lettre injurieuse. (Temps, numéros datés des à et 6 juillet; Libre Parole du 6 juillet.)

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