Dreyfus est embarqué à bord du croiseur Sfax
Le Siècle du 3 juillet donna des détails sur la traversée. Il rapporta notamment les paroles suivantes, dites par Dreyfus au lieutenant de vaisseau de Champagnac, commandant en second : « Je n’en veux à personne. Je suis un militaire, et je sais souffrir sans me plaindre ».
— Le député Gerville-Réache dépose une proposition d’amnistie :
ARTICLE UNIQUE. — Tous les faits délictueux ou criminels se rattachant à l’affaire Dreyfus sont amnistiés.
— La Chambre des mises en accusation, statuant sur la requête du colonel Picquart, ordonne sa mise en liberté provisoire. Le colonel est mis en liberté.
— Le lieutenant-colonel Cordier fait à l’Agence nationale les déclarations sui-
vantes :
Esterhazy était totalement inconnu de nous tous, en tant qu’agent du bureau des renseignements. S'il avait des relations avec Sandherr, ce que je ne crois pas, ou avec Henry, ce qui est certain, ces relations étaient clandestines.
… J'ai remplacé Sandherr malade, comme chef de bureau... Or, j'affirme que je n'ai jamais eu à me servir d'Esterhazy et que, sur les livres de compte, le nom de ce dernier n’a jamais existé.
.…… Sandherr était trop honnête et trop loyal pour avoir chargé quelqu’un de forger une pièce accusatrice pour un oflicier, alors même qu'il aurait eu entre les mains les preuves morales de la culpabilité de cet officier.
— La Libre Parole écrit :
Depuis six mois, une foule de preuves nouvelles de la trahison de Dreyfus ont été mises au jour. Et il y a 48 heures, le Conseil des ministres a été saisi d’une nouvelle preuve tellement convaincante que Krantz en a été suffoqué et que Lebret lui-même a pu dire, au grand désespoir de Delcassé :
« Je ne vois pas comment Alfred Dreyfus pourra maintenant être acquitté ».
— Le Siècle demande au ministre de la Guerre de faire une enquête sur les propos que le commandant Carrière, désigné comme commissaire du Gouvernement près le Conseil de guerre de Rennes, aurait tenus au sujet de l’arrèt de la Cour de cassation. (Cf. une note du même journal, du 2 juin.)
11. — Manifestations républicaines en l'honneur du président de la République, au Grand Prix de Longchamp et au retour du président à l'Elysée.
Violente bagarre au pavillon d’Armenonville.
— Les rédacteurs de plusieurs journaux et revues russes, réunis à Saint- Pétersbourg pour le centenaire du poète Pouchkine, adressent à Zola un télégramme de félicitations. (Aurore du 12 juin.)
— Quesnay de Beaurepaire écrit dans /’Echo de Paris :
Je suis averti de façon certaine qu'on veut m'arrêter arbitrairement, ainsi que
M. Déroulède. " … La Bastille est rétablie.. J'irai porter ma pétition à la tête de cinquante mille
Parisiens irrités… 42. — Interpellation de Vaillant sur « les violences de la police exercées hier
contre les républicains ».
La priorité est refusée à un ordre du jour de confiance, déposé par Saumande et Charruyer. La Chambre adopte, par 321 voix contre 175, l’ordre du jour suivant, déposé par Ruau et de la Porte, et repoussé par le Gouvernement :
La Chambre, résolue à ne soutenir qu'un gouvernement décidé à défendre avec énergie les institutions républicaines et à assurer l’ordre public, passe à l’ordre du jour.
CE Juin 1899.
— A l'issue de la séance, le président du Conseil Charles Dupuy remet au président de la République la démission collective du cabinet.
— L'éditeur Stock publie un volume signé H. Villemar : /mpressions du Cherche-Midi. Essai sur le colonel G. Picquart.
43. — La Chambre des mises en accusation rend un arrêt de non-lieu sur tous les faits relevés, soit à la charge de Picquart, soit à la charge de Leblois, dont l'examen lui avait élé renvoyé par la Cour de cassation.
Leblois étant ainsi mis hors de cause, il ne restait plus, à la charge de Picquart seul, que le double chef de communication à Leblois du dossier Boulot et du dossier des pigeons voyageurs. Ces faits, déclarés non connexes par la Cour de cassation avec les autres chefs de poursuite, restaient justiciables du 2° Conseil de guerre ; ils furent compris dans la loi d’amnistie. (INSTRUCTION FABRE : 326.)
— Le capitaine Tavernier interroge le colonel du Paty de Clam.
— Le Gaulois publie une interview du commandant Carrière et donne la composition du Conseil de guerre. (Cf. une note du Siécle, du 25 juin : Le commandant Carrière.)
— Le lieutenant-colonel de Coubertin réunit les officiers et les sous-ofliciers du 2° cuirassiers, qu’il commande par intérim, et les complimente sur la façon dont ils ont accompli leur service, le dimanche précédent. D'après la Petite République datée du 19 juin, il aurait terminé son allocution par les propos suivants
… Vous avez dû remarquer sur le passage du régiment beaucoup de gens qui criaient : « Vive Picquart! » Je me suis retenu à quatre pour ne pas vous faire mettre sabre en main et charger tous ces gens-là.
.… Si vous entendez des gens dire devant vous du mal de l’armée... je vous conseille de manifester violemment, et même, au besoin, de faire usage de vos armes.
44. — Le maire de Rennes, M. Lajat, fait afficher une proclamation invitant la population au calme. (Temps daté du 16 juin.)
— Le Figaro publie un article favorable à Dreyfus, du colonel Robert, ancien chef d'Etat-Major du général Warnet.
45. — La Patrie publie une nouvelle version de l'affaire Dreyfus.
Le général Mercier, ministre de la Guerre en 189%, aurait, d'accord avec le président du Conseil Dupuy, fait « cambrioler » l’ambassade d'Allemagne. Le bordereau aurait été saisi et replacé, après qu'une copie ou un décalque en eût été pris par Esterhazy.
— Quesnay de Beaurepaire annonce dans l’Echo de Paris qu’il réunit de nouvelles preuves contre Dreyfus :
… Ma liste de témoins honorables est scrupuleusement dressée. Je parlerai à l'heure voulue, avec une instruction qui, je le jure, aura du poids !
— M. Jules Siegfried déclare au Temps que le ministre de la Guerre Krantz lui a dit, le 12 juin, qu'il « croyait encore à la culpabilité des deux principaux personnages de l'affaire ».
Au ministère de la Guerre, on affirme que « M. Krantz n’a fait connaître à personne son avis sur le fond de l'affaire Dreyfus ».
— Dans un procès plaidé devant la Cour de cassation de Belgique, le procureur général Mesdagh de ter Kiele fait allusion à l'affaire Dreyfus :
… Chez une nation voisine, certaine raison d’État retient la vérité judiciaire et l'empêche de se faire jour, au prix d’une déplorable injustice...
46. — En réponse à un article de la Libre Parole, l'Agence Havas dit que Casimir-Perier s’est rendu au ministère de la Guerre pour se plaindre d’avoir été mis en cause par le commandant Carrière, dans l'interview publiéele 13 juin par le Gaulois. Interrogé par le ministre, le commandant répondit qu'il n’avait prononcé, devant aucun journaliste, le nom de Casimir-Perier.
— 317 — Juin 1899.
Divers journaux ayant continué à mettre en cause Casimir-Perier, l’ancien président de la République fit déclarer, le 17 juin, par l'Agence Havas, qu'il « n'avait su que ce qu'il avait, sous la foi du serment, affirmé devant la Cour de cassation », et que, quant aux bruits que l’on cherchait à accréditer, il s’en expliquerait devant le Conseil de guerre de Rennes.
18. — La Liberté interroge, sur leur opinion actuelle, les experts Couard, Varinard et Belhomme. Le 23 juin, elle donnera les réponses de Teyssonnières, Gobert et Pelletier.
20. — Le capitaine Romani, mis en cause par un Journal, dément les propos qui lui sont attribués. (Temps daté du 21 juin.)
24. — L'affaire Henry-Reinach, qui devait revenir le 26 juin, est renvoyée à une session ultérieure, par ordonnance du président des assises, rendue sur une requête de Joseph Reinach et de Chambré, motivée par l'état de santé de M° Labori.
— La 9° Chambre, statuant dans les affaires Judet contre Le Siecle et Judet contre les Droits de l’Homme, prononce des condamnations contre les auteurs de certains articles et les gérants des journaux. Le gérant du Petit Journal est, d’autre part, condamné sur la demande du gérant du Siecle. (Temps daté du 93 juin.)
Voir au 2 mai.
Un autre procès de Judet contre les Droits de l’Homme fut plaidé le 28 juin et renvoyé à un mois.
— La Liberté expose les faits pour lesquels est poursuivi du Paty de Clam et les réponses qu'il aurait faites au capitaine Tavernier.
— On distribue dans les rues de Brest un manifeste du groupe socialiste appelant les revisionnistes à protéger Dreyfus, lors de son débarquement, contre les manifestations hostiles.
— Le Temps annonce que l’enquête du général Duchesne sur le rôle du général de Pellieux est presque terminée, et que les griefs relevés contre ce dernier ont été reconnus non fondés.
22. — Constitution du ministère Waldeck-Rousseau (O/ficiel du 23) :
Présidence et Intérieur : Waldeck-Rousseau ; Guerre : général de Galliffet ; Justice : Monis; Affaires étrangères : Delcassé ; Marine : de Lanessan; Finances : Caillaux; Instruction publique : Georges Leygues; Travaux publies : Pierre Baudin; Commerce : Millerand; Agriculture : Jean Dupuy; Colonies : Decrais: Soussecrétariat d'Etat aux Postes : Mougeot.
— M° Joseph Ménard, avocat de du Paty de Clam, demande la mise en liberté de son client. Le gouverneur de Paris surseoit à statuer jusqu’après la fin de l'instruction.
— En vue de l’arrivée de Dreyfus, le parti socialiste de Brest fait distribuer dans la ville un placard : Le Devoir. Salut au Martyr.