Première audience du Conseil de guerre de Rennes
Lecture de l’ordre de nomination des juges et de l’ordre de mise en jugement. — Lecture de l'arrêt de la Cour de cassation. — Appel des témoins. — Arrèt du Conseil au sujet des témoins défaillants. — Lecture de l'acte d'accusation de 1894: rapport d'Ormescheville. — Interrogatoire du capitaine Dreyfus. — Observations du commissaire du gouvernement. — Observations de M° Demange. — Sur les réquisitions du commissaire du gouvernement, le Conseil ordonne que les séances auront lieu à huis clos, jusqu’à nouvel ordre, pour la communication des dossiers secrets militaire et diplomatique.
(Le Conseil s’est réuni à huis elos les 8, 9, 10 et 11 août.)
— Le Matin publie le rapport rédigé par M. Jean Decrais, chef du cabinet du ministre des Colonies, sur le séjour de Dreyfus à l’île du Diable. L'objet et les éléments de ce travail sont indiqués dans les termes suivants :
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous adresser ci-dessous l'exposé, que vous avez bien voulu me demander, du régime auquel a été soumis le capitaine Dreyfus pendant ses quatre années de détention, et de l'attitude du condamné. Les éléments de ce travail ont été puisés dans les rapports qui étaient adressés mensuellement, par les surverllants-chefs de l’île du Diable, à l’administration locale de la Guyane, et qui comprennent, dans des colonnes spéciales, les observations du commandant supérieur des îles du Salut, du directeur de l'administration pénitentiaire et du gouverneur de la Guyane. Ces rapports étaient ensuite transmis au département.
Ce rapport a été lu au Conseil de guerre de Rennes, à l’audience du 16 août. (RENNES : 1, 248, 5. 5.)
— Georges Thiébaud écrit dans l’Eclair :
Dans ce prétendu procès, il ne s’agit pas de savoir si le misérable individu qu'on a ramené de la Guyane, pour les nécessités de la mise en scène, est coupable ou innocent... è
.… Il s’agit de savoir si les juifs et les protestants, avant-garde de l'Allemagne, de l'Angleterre et de leurs alliés, représentants interposés de la Suisse, de la Scandinavie et de l’Amérique du Nord, sont ou ne sont pas les maitres de ce pays, en vertu des conséquences sous-entendues du traité de Francfort, c'est-à-dire des conséquences politiques, sociales, économiques de notre défaite.
— De son côté, L'Écho de Paris dit :
Ce n’est point, en effet, le procès d’un homme qui va se dérouler, mais la bataille suprême qui va se livrer autour de cet homme pour savoir si l’armée sera la victime d’une coalition où les collectivistes font leur partie intéressée.
— On lit dans /e Petit Journal :
Contrairement aux bruits que se sont plu à répandre les dreyfusards, le commandant Carrière conclura très nettement à la culpabilité de l'accusé.
— On lit dans /a Libre Parole :
La santé du colonel du Paty de Clam s'étant aggravée, il ne pourra se rendre à Rennes, les médecins qui le soignent s’opposant formellement à ce déplacement.
— La Patrie imprime en dernière heure : Coup de théätre. Dreyfus a avoué. Elle s’en excusa, le lendemain, sur une mauvaise transmission télégraphique.
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— 946 — Août 1899.
8. — Séance à huis clos du Conseil de guerre, pour l'examen des dossiers secrets.
9. — Séance à huis clos du Conseil de guerre, pour l’examen des dossiers secrets.
— L'Agence Nationale communique la note suivante :
On a fait courir le bruit d’une visite du général Mercier au colonel Jouaust.
Voici ce qui s’est passé :
En arrivant à Rennes, le général Mercier s’est rendu avec le général de Saint- Germain chez le colonel Jouaust qui recut les deux généraux et les entretint durant un quart d'heure.
Depuis l'ouverture des débats, le général Mercier n’a fait aucune démarche, et, de son côté, M. Jouaust n’a recu personne.
— Note de l’Agence Havas :
Après avoir publié, il y a quelques jours, le texte d’une fausse dépêche attribuée au tsar, le journal le Soir a annoncé, hier, que M. l’ambassadeur d'Allemagne se serait rendu chez le général de Galliffet et aurait insisté auprès de lui pour obtenir des garanties contre toute indiscrétion préjudiciable à l'Allemagne,
Cette information est, comme la précédente, absolument inexacte.
— Charles Maurras écrit dans /a Gazette de France :
Comme on lui demandait s’il était vrai qu'il eût voulu poignarder un attaché militaire, Alfred Dreyfus a répondu : « Je n’ai pas tenu ce propos. J'ai dit: Mais qui donc a pu me livrer ? Si je le tenais ! »
L’accusé a parlé. Un de ses premiers mots a été d’avouer qu'on a pu le livrer. On n’eût pu le livrer s’il n’avaif point trahi. Sur cet aveu flagrant, le colonel Jouaust avait parfaitement le droit de lever la séance pour entrer dans la salle des délibérations, le verdict eût été rendu en cinq minutes.
— Le Siècle reproduit l’article suivant du Nouvelliste de Lyon :
Nous savions, depuis quelque temps déjà, que M. Villon, un négociant honorablement connu à Lyon, homme d’un caractère droit, esprit calme et réfléchi, avait demandé à être entendu au procès Dreyfus. Il avait écrit dans ce but à M. Mazeau, premier président de la Cour de cassation, et au colonel Jouaust, président du Conseil de guerre.
Les faits très graves dont M. Villon va déposer devant le Conseil de guerre de Rennes remontent au mois de février 1894, c’est-à-dire à une époque bien antérieure à l’arrestation de Dreyfus.
A cette époque, M. Villon s'était rendu à Berlin, pour ses affaires commerciales ; il y était descendu au Central Hôtel, et c'est là qu’il surprit une suggestive conversation entre deux officiers allemands, conversation qu’il rapportera fidèlement devant le Conseil de guerre, car elle est restée profondément gravée dans sa mémoire. :
M. Villon prenait son repas du soir dans la salle du restaurant de l'hôtel, une grande salle divisée en deux parties par des tentures relevées au centre pour laisser un passage libre. Le négociant lyonnais se trouvait seul à une table, près de la tenture, quand il vit arriver deux officiers allemands en uniforme, un général et un colonel, qui s’installèrent à une table placée de l’autre côté de la tenture. Les officiers se mirent à converser en allemand, mais bientôt, pour ne pas être compris des autres consommateurs, ils firent usage de la langue française. M. Villon, qui était seul, ne pouvait manquer d'entendre tout ce qui se disait à côté de lui; il assista à toute la conversation qui était des plus intéressantes.
Un des officiers racontait à son collègue qu'on avait reçu, récemment, des communications importantes de Dreyfus sur les modifications apportées à la mobilisation de l’armée française.
— C'est tout de même fort, dit l’un des interlocuteurs, d’avoir trouvé, au ministère de la guerre, un officier français pour trahir son pays. Ce Dreyfus est un misérable, mais il nous rend de très grands services.
La conversation se poursuivit ainsi quelques instants en français et à plusieurs reprises le nom de Dreyfus vint sur les lèvres des officiers allemands.
M. Villon avait été vivement intrigué par les révélations qu’il venait d’entendre si fortuitement. Aussi restèrent-elles gravées dans sa mémoire.
M. Villon hésita longtemps à parler, car c’est un homme qui aime le calme. Cependant, devant l'audace des sans-patrie, il estima que sa conscience lui faisait un devoir
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de ne plus se taire. Il s’ouvrit d'abord à quelques honorables personnes de Lyon connues et estimées de tous, qui lui donnèrent le conseil d'écrire à M. Mazeau, puis à M. le colonel Jouaust.
Et voilà comment M. Villon, par devoir de conscience, se trouve être un des témoins du procès de Rennes.
Le Siècle fait suivre cet article des réflexions suivantes :
Le Nouvelliste de Lyon raconte une histoire d'officiers allemands s'étant fait des confidences au Central Hôtel et ayant employé la langue francaise pour, probablement, ne pas se faire comprendre !
J'ai voyagé très longtemps en Allemagne et suis descendu fort souvent au Central Hôtel, vaste caravansérail où sont toujours représentées toutes les nationalités.
Pas un domestique de cet hôtel n'ignore le français — ni l'anglais.
Etant donné que les officiers allemands sont très sobres de conversations politiques ou militaires dans les endroits publics, le choix de la langue française employée devant des domestiques qui ne quittent pas votre table paraîtra à tous ceux qui connaissent l'Allemagne comme moi, tout au moins bizarre.
Le Temps publia, le 19 août, la dépêche suivante de son correspondant de Grenoble :
Un journal de Grenoble publie, ce matin, les résultats d’une enquête qu'il a faite sur Villon, boyaudier à Lyon, lequel doit déposer devant le Conseil de guerre à Rennes, au sujet d’une conversation sur Dreyfus que ledit Villon aurait entendue dans un hôtel de Berlin.
Après avoir rappelé que Villon était boyaudier, à Grenoble, il y a moins de deux ans, notre confrère déclare qu’il était connu ici comme un joyeux fumiste et il ajoute :
Dix personnes nous racontent successivement qu'il lui arrivait souvent de raconter que M. de Bismarck, l’ancien chancelier de l'empire allemand, n'avait aucun secret pour lui.
Il lui racontait couramment son rôle en 1870 et lui donnait, au dessert, sa parole d'honneur que, lui vivant, l’Allemagne ne chercherait plus jamais noise à la France, et ce qu’il y a de plus fort, c’est qu’à force de raconter ce conte monumental, M. Villon était arrivé à se persuader de son authenticité.
Je dois ajouter que les renseignements fournis par mon confrère de Grenoble m'ont été également affirmés dans la journée d'hier par diverses personnes ayant en des rapports avec M. Villon.
Voir d'autre part, le Temps daté du 12 août.
— Trarieux écrit au président du cercle Voltaire, à Bordeaux (Siecle du 12 août) :
.…. La cause de Dreyfus est ainsi peu à peu sortie de son cadre naturel. Elle n'a plus été seulement celle d'un malheureux auquel nous devions nous montrer humains et fraternels; elle est devenue la cause mêime de nos libertés menacées.
Voilà bientôt deux ans que, pour ma part, ce danger m'est clairement apparu, et je n'ai cessé, depuis lors, de faire entendre mon cri d'alarme. Vingt lettres adressées à divers de nos amis de la Gironde en portent témoignage.
Las enfin d'écrire sans être entendu, j'ai fini par grouper autour de moi tous ceux qui partageaient mes inquiétudes, et nous avons fondé ensemble la Ligue pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, dont nous avons fait le symbole de l'idée républicaine.
On a cherché à couvrir nos voix sous les calomnies et les injures. On nous avait vendus aux juifs et à l’étranger. Toutes les Croix, tous les Pélerin, tous les Nouvelliste, toutes les Libre Parole, toute la presse jésuitique et menteuse, ont cherché à ameuter contre nous le fanatisme des foules ignorantes. Mais nous n'’étions pas de ceux qui, suivant les cyniques conseils d’un ministre sans pudeur, règlent leur conscience sur leurs intérêts électoraux, et nous avons laissé hurler la meute, sûrs que l'évidence de la vérité finirait par nous frayer à travers elle un passage.
Nous avons passé, en effet, sans trop souffrir de tant de morsures impuissantes, et nous avons vu, enfin, peu à peu s’éveiller autour de nous l'esprit public.
— Rencontre au pistolet, sans résultat, entre M. de Tinan, lieutenant au 16° dragons, et M. Bragiotti, secrétaire de rédaction à l’Eclair.
HAS — Août 1899.
Georges Montorgueil, auteur de l’article qui avait provoqué la rencontre, envoie des témoins à M. de Tinan. (Temps daté du 13 août.) (Sur les causes de la rencontre, voir le Temps daté du 2 août.)
— Rencontre au pistolet, sans résultat, à la suite d’une discussion sur laffaire Dreyfus, entre les capitaines Denis et Picard, du 30° d'artillerie, à Orléans. (Temps daté du 12 août.)
— Jules Guérin envoie des témoins à Paul Marin, au sujet de son livre : Le Lieutenant-colonel du Paty de Clam, publié à la fin de 1898. (Temps daté du 12 août.)
10. — Séance à huis clos du Conseil de guerre, pour l’examen des dossiers secrets.
— La Lanterne publie la dépèche suivante de Rennes :
Un fait grave s’est produit cet après-midi.
Dans la propriété Lajeanney, sise à six kilomètres de Rennes, séjour de M. Cavaignac, celui-ci à réuni un certain nombre de généraux, témoins au procès, pour déterminer, d'accord avec eux, les termes des dépositions à faire devant le Conseil de guerre.
— Le Gaulois publie une lettre de Déroulède à Galli, datée du 7 août :
Oui, cher ami, vous avez raison, cette première audience est de très bon augure. Les perpétuels: « Ce n’est pas vrai » de Dreyfus ont la malhabileté et l'impudence de mensonges d’écolier. — Le frère et ami de Reinach et de Jaurès est bien mal conseillé ou bien mal inspiré.
A moins que, selon le vieil adage, ces gens-là ne soient affolés, comme tous ceux que Dieu veut perdre.
Et il serait, en effet, grand temps que le parti de l’étranger füt perdu et que la France se retrouvât.
Quant au général Mercier que l’obstination des juifs va contraindre à violer des secrets d'Etat, dites-lui bien qu'il n’est pas un patriote sincère qui puisse lui en faire un reproche, qu'il n’en est pas un qui ne lui en fasse un titre à la reconnaissance du pays.
Mais qu'il ne taise plus rien de ce qui doit être utilement dit.
Sa longue réserve a suffisamment prouvé ses longs scrupules.
Quelles que soient désormais les conséquences de ses révélations, elles ne sauraient être pires ou plus dangereuses pour la nation que les résultats de son premier silence.
Toutes les consignes, tous les ordres de tous les Galliffet du monde pèsent d’un poids bien léger en face de cette loi suprême : « Le salut du peuple ».
— Le Figaro écrit :
Nous ne savons ce que M. de Muller à vu, mais le fait suivant, dont les détails sont minutieusement exacts, montre assez que l’empereur Guillaume s’occupait fort peu de Dreyfus :
Au mois de février 1898, l'Empereur dinait à Potsdam avec l'Impératrice, leur second fils et une quatrième personne que nous ne croyons pas devoir nommer.
L'Impératrice parla de la France et demanda à l'Empereur ce qu’il pensait de l'affaire Dreyfus, s’il n’interviendrait pas en faveur d’un homme qu’on croyait innocent.
— L'affaire Dreyfus ne me regarde pas, répondit Guillaume IL. Elle agite la France et les Français, et je n’ai aucune qualité, comme Allemand, pour intervenir.
— Et l'humanité? répliqua l’Impératrice.
— L'humanité, pour moi, finit aux Vosges.
Et comme, à ces mots, l'Impératrice fit une moue significative, l'Empereur s'empressa d'ajouter :
— Une intervention de ma part ferait plutôt du tort à Dreyfus. Je ne sais positivement de cette affaire que ce que mes ministres ont dit à la tribune du Reïichstag. Ces choses ne sont pas de mon ressort.
Quelques jours auparavant, le 28 janvier, M. de Bulow avait, en effet, déclaré que jamais l'Allemagne n’avait eu de rapports avec le capitaine Dreyfus.
— On lit dans la Gazette de Cologne :
L'Agence Havas a déjà déclaré qu'il était faux que le gouvernement allemand eût
— 349 — Août 1899.
demandé au général de Galliffet des garanties contre des indiscrétions relatives à l’Allemagne au cours du procès de Rennes. Quiconque a suivi avec quelque peu d'attention l'attitude de l'Allemagne pendant toute cette affaire, n'avait pas besoin de ce démenti. En Allemagne, on s’en tient, maintenant comme toujours, au point de vue que l’on p'a pas à s’immiscer dans un procès qui est une affaire d'ordre exclusivement intérieur pour la France. Comme l'Allemagne n'a jamais eu quoi que ce soit à faire avec Dreyfus, il ne peut rien se trouver dans le dossier secret ou ultra-secret de nature à la compromettre et, pour ce qui nous concerne, ces dossiers pourraient être publiés intégralement. Après tout ce qui a déjà vu le jour dans le procès Dreyfus, on ne peut repousser la supposition qu'il doit se trouver dans le dossier secret des faux dont la publication retomberait sur les auteurs et non sur l'Allemagne.
Par ce motif, nous n'avons aucun intérêt à la publication ou à la non-publication de ce dossier. Tout récemment on a parlé, en France, d’un nouveau témoin qui aurait vu dans la chambre à coucher de l’empereur Guillaume un numéro de la Libre Parole, portant le timbre du cabinet militaire et avec ces mots écrits au crayon bleu : Hauptmann Dreyfus ist verhaftet (le capitaine Dreyfus est arrêté). En soi, cette circonstance pedirait rien ni pour ni contre Dreyfus ; mais toute l’histoire est en soi hautement invraisemblable; elle porte même la marque de l'invention surle front, en ceci que c'est d’une toute autre façon que l’on procède pour les nouvelles des journaux à signaler à l'Empereur. On ne remet pas à l'Empereur le journal tout entier, avec une note au crayon : les articles intéressants sont découpés, collés sur une grande feuille de papier, en tête de laquelle le titre, le numéro et la date du journal sont inscrits. Il est sans doute vrai qu'en dehors de ces extraits, l'Empereur lit des journaux entiers, mais nous osons révoquer en doute qu'il ait jamais eu en mains une feuille comme /a Libre PRO RER EE RO ln secs eu dec Loeul ac te NN 2e I RE
— L'Aurore ayant renouvelé contre Paul Belon, rédacteur au Petit Journal, l'accusation d’avoir communiqué à l’Eclair la pièce « Ce canaille de D », et le journaliste ayant télégraphié à l’Aurore et à l’Éclair pour obtenir des démentis, l’Éclair déclare que l’auteur de la communication est un autre rédacteur du Petit Journal, Lissajoux, et appuie cette déclaration de la publication de la déposition faite par M. Sabatier dans l'enquête Tavernier :
Je déclare, tout d’abord, que l’Éclair n’a jamais eu aucun rapport, ni direct, ni indirect, avec M. le lieutenant-colonel du Paty de Clam, et que, personnellement, je ne le connais pas, même de vue.
Vous venez de faire allusion à deux articles de l’Eclair.
Le premier a été écrit complètement par M. Georges Montorgueil, mon collaborateur. Il s’est contenté, pour le faire, de prendre les renseignements qui trainaient, à ce moment, dans toutes les rédactions et de les réunir d’une façon aussi serrée que possible.
Le second article à été également écrit, en entier, par M. Georges Montorgueil ; mais les renseignements, plus inédits, qu'il contient m'ont été apportés par un journaliste de profession, étranger à la rédaction de l’Eclair, M. Lissajoux, alors rédacteur au Petit Journal. Eu égard à sa position que pouvait compromettre une collaboration, ne fût-eile que d’un article, dans un journal autre que le sien, il me demanda de pe point le nommer; sa situation s’est modifiée depuis et lui-même, devant une accusation portée à faux, m'a délié du secret.
M. Lissajoux, que je ne connaissais que de nom, était venu, à la suite du premier article, m'offrir des renseignements pour un second article destiné à compléter le premier. Il nous en fit la lecture, à M. Montorgueil et à moi.
Après cette lecture, nous lui fimes observer que l’article était beaucoup trop long pour l’EÉclair; nous lui demandâmes de laisser M. Montorgueil le refondre; il y consentit. Et c’est ainsi que mon collaborateur le récrivit, en ne se servant que des renseignements inédits, et notamment de la partie concernant la communication qui aurait été faite au Conseil d’une pièce secrète contenant ces mots : « Cet animal de Dreyfus ». Comme M. Lissajoux affirmait que cette pièce, dont il n’avait entendu parler que par oui-dire, portait le nom de Dreyfus en toutes lettres, nous insistâmes pour lui demander s’il en était bien certain. Il nous dit être sûr de ses souvenirs sur ce point.
M. Lissajoux revint le jour de la publication de l’article ; je lui en remis le prix convenu dont il me donna un reçu conforme aux indications figurant à la date de ce même jour sur les livres de caisse de l’Eclair.
Je dépose ledit reçu entre vos mains.
— 300 — Août 1899.
Le 19 août, Pierre Giffard écrivit dans le Velo : . M. Lissajoux est un ancien officier qui, lorsqu'il était au service, a plusieurs fois fait partie des Conseils de guerre. C’est lui qui, au moment du procès Dreyfus, en 1894, fut chargé de faire au Petit Journal, non pas le compte rendu des débats. puisque le huis clos avait été prononcé, mais de glaner des informations autour de l'affaire. . Il avait lui-même demandé à remplir cette mission en faisant valoir qu’il était très lié avec le greflier du Conseil de guerre chargé de juger le capitaine Dreyfus.
Cette information provoqua, le lendemain, la protestation suivante du greffier Vallecalle :
Je connais, il est vrai, M. Lissajoux, qui est un de mes vieux camarades; mais il m'aurait été impossible de lui communiquer quoi que ce soit, attendu que j'ignorais moi-même que des pièces secrètes eussent été communiquées aux juges du Conseil de guerre.
Une instruction judiciaire fut ouverte le 26 août et confiée à M. Josse, qui fit procéder à des perquisitions et à l’arrestation de Lissajoux. (Temps, numéros datés des 28, 29 et 30 août.)
Voir, d'autre part, un article du Vélo, reproduit par /e Siécle du 31 août.
41. — Séance à huis clos du Conseil de guerre, pour l’examen des dossiers secrets.
— Le Times publie en tête de ses colonnes, sous le titre Esterhazy et Henry, les lignes suivantes :
Nous sommes en mesure d'affirmer que, outre les communications de valeur relative qui se trouvent énumérées dans le bordereau, plus de cent soixante documents d'importance considérable ont été livrés à diverses époques à M. le colonel de Schwartzkoppen, attaché militaire allemand, par Esterhazy, agissant comme intermédiaire et complice d'Henry.
Un de ces documents contenait des informations détaillées relatives au plan général de mobilisation de l’armée française. Les profits du trafic étaient partagés entre Esterhazy et Henry. Dans les cercles diplomatiques de Paris, Henry était considéré comme le véritable traître, plusieurs mois avant son arrestation et son suicide. Et, en dehors de l’Allemagne, qui était la puissance la plus directement intéressée, plus d'un gouvernement a reçu des informations à cet égard, dès le début de 1898.
Le journaliste russe Séménof ayant télégraphié à ce sujet à M. de Blowitz, reçut de lui cette réponse : « Nous avons les preuves de ce que nous avançons. »
Cf. les déclarations de Joseph Reinach à l’Agence nationale. (Temps daté du
— On lit dans la Libre Parole :
Le général Mercier a en sa possession des lettres d’une personne que des liens très étroits rattachent à l'ambassade d’Allemagne. Ces lettres, adressées, paraïit-il, à un jeune diplomate à Berlin, et qui étaient transmises par la valise diplomatique, étaient tombées en la possession du service des renseignements.
Elles sont au nombre de quarante-trois. Le général Mercier en a gardé trois. Les quarante autres, partagées en quatre paquets de dix, ont été confiées à quatre personnes différentes et dont on est absolument sûr.