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UE Août 1899.
dans l'hôtel même de l’ambassade d’Allemagne, couvert par tous les privilèges et toutes les immunités diplomatiques, qu'il opéra impunément. Personne ne l’ignorait à Berlin, ni le grand Etat-Major, auquel il adressait ses rapports, ni le cabinet militaire de l'empereur.
On savait donc qu'il violait la parole impériale, les promesses sur l'honneur faites par l’ambassadeur au nom de son maître, et qu’il se livrait à ces actes sans péril, à l'abri du drapeau allemand et couvert par le principe de l’extraterritorialité.
On ne lui sut pas mauvais gré de ses procédés en haut lieu, car, successivement, il était nommé lieutenant-colonel, colonel, aide de camp de l’empereur, chef d’un régiment de la garde impériale, et, quand il eut été pris largement la main dans le sac, le gouvernement français le nomma chevalier de la Légion d'honneur.
Le colonel Sandherr ne se tenait pas de fureur, devant toutes ces félonies.
Des fuites nombreuses, se succédant ininterrompues depuis 1893, étaient constatées par les agents que nous avions à Berlin; le gouvernement français se refusait formellement à mettre la main sur certains émissaires qui allaient et venaient couramment de Paris en Allemagne. La nature de ces fuites indiquait clairement qu'elles ne pouvaient avoir leur source qu’au ministère de la Guerre lui-même. D’autres renseignements, venus d’une autre source étrangère, mais d’une amie celle-là, et que veut détourner M. Delcassé, confirmaient de la manière la plus absolue tous ces faits.
C’est alors que le colonel Sandherr me proposa, en juillet 1894, d'entrer en relations avec le colonel de Schwartzkoppen.
C'était un acte vil dont Sandherr «était incapable», a dit majestueusement M. le général Gonse, qui n’a pas craint de singulièrement altérer la vérité à mon sujet, à propos de ses rapports avec moi, de sa conduite au cours de mon instruction, ainsi qu'il me sera trop facile, hélas! de le prouver.
A ce compte-là, bien des officiers employés aux renseignements auraient commis des actes vils, et y a-t-il, au surplus, un acte vil quand il s’agit de défendre son pays contre de pareilles intrigues et qu'on est réduit à ses propres forces, ne pouvant ni s’appuyer ni compter sur un gouvernement, manquant, par peur, à tous ses devoirs.
S’il est un acte vil pour un soldat, mon général, c’est, après la lâcheté sur le champ de bataille, de ne pas avoir le courage de ses actes.
J'entrai donc, à la demande du colonel Sandherr, en relations avec M. de Schwartzkoppen, et ceci, je le répète, en juillet 1594.
Très infatué de lui-même, infiniment moins au courant que je ne l’eusse cru des choses les plus élémentaires de notre système militaire, cet oflicier n’était pas très difficile à abuser.
Je m'y employai de mon mieux, en me conformant strictement aux prescriptions qui m'’étaient données, aux indications que je recevais.
Et c’est dans une discussion très vive, voulue par mon chef et amenée par moi, sur la supériorité du service des renseignements allemand comparé avec le service français, que M. de Schwartzkoppen, qui affirmait avoir à son service un grand nombre d’officiers français, fit allusion en propres termes à un officier dont il disposait : « Au ministère de la guerre, un capitaine, et un artilleur, encore! » (sic).
Je rendis immédiatement compte au colonel Sandherr de cette conversation.
« Je sais ce que c’est, et je tiens mon homme », me dit-il.
Quelques jours après, il me dictait le bordereau que j'écrivis au crayon et recopiai chez moi et que, conformément à ses instructions, je portai ensuite à l’ambassade d'Allemagne, profitant d’une époque où nous savions Schwartzkoppen absent de Paris, en congé.
Je ferai remarquer que ce bordereau ne pouvait en aucune manière s'appliquer à ma personnalité; que je n'ai jamais fourni et n'ai jamais été à même de fournir, quelles que soient les discussions qui aient eu lieu à ce sujet, un des documents qui y sont énumérés; que je n’ai jamais été et n’ai jamais dù être désigné, à aucune époque de l’année 1894, pour aller prendre part aux manœuvres.
Le bordereau à été pris à l’ambassade, dans la loge du concierge : il a été pris intact dans son enveloppe et apporté par un sujet et employé allemand, notre agent, Il a été déchiré pour faire croire qu’il venait du cornet.
Telle est la vérité absolue. Toutes les discussions sur l'écriture de cette pièce, sur le papier pelure, qu’on trouve très aisément dans le commerce, sont imbéciles.
La lettre du 25 octobre 1897, qui m'a été dictée pour le ministre de la Guerre, l’histoire du capitaine Bro qui y fait suite, prouvent que c’est moi qui ai écrit, dans les conditions que j'affirme, cette pièce. Vous avez saisi dans les bureaux du Matin, l’article dans lequel j'ai raconté en détail ces faits. Cet article est de ma main, je n'ai rien à y changer et je jure qu'il est l'expression de la vérité. . .
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— 345 — Août 1899.
— L'Éclair publie une interview d’un «ami intime» du général Mercier : « Je reste un accusateur!... Les preuves matérielles abondent », aurait déclaré le général. «L'ami intime » ajoute :
Sur le bordereau et la discussion des experts à ce sujet et qu’il tient pour exacte, le vénéral réserve quelque chose dont ses amis n’ont pu lui arracher le secret. Il connait l’origine et la paternité de ce bordereau.
Il s'est documenté de pièces justificatives qu’il a recueillies lui-même. Et si le Conseil lui permet, sur documents, une démonstration scientifique appuyée sur des faits et confirmée par des incidents diplomatiques de la plus haute portée, la déposition du général Mercier sera sensationnelle.