Cinquième audience du Conseil de guerre
Suite de la déposition du général Roget. — Déposition de M. Bertulus. — Confrontation entre M. Bertulus et M"° Henry. — Déposition du lieutenant-colonel Picquart.
— M. de Freycinet adresse de Bruenig au directeur du Temps le télégramme suivant :
— 909 — Août 1899.
Mon cher monsieur,
Quelques personnes s’étonnent de mon silence au sujet du passage qui me concerne dans la déposition du général Mercier. Les journaux ayant annoncé que la défense allait me citer devant le Conseil de guerre, j'ai dû attendre cette occasion pour m'expliquer. Mais, si je ne suis pas appelé à Rennes, je produirai mes explications sous une autre forme.
Votre dévoué.
— Le colonel Panizzardi, protestant contre certains passages de la déposition du général Roget du 16 août (RENNES : 7, 279-281), où il est question de rapports adressés par lui à l'ambassadeur d'Italie, télégraphie de Rome au Figaro, à 10 h. 45 m. du soir :
Je vous prie, en hommage à la vérité, de bien vouloir publier dans votre journal la déclaration suivante :
M. le général Roget, d’après le compte rendu de la séance du Conseil de guerre, aurait déclaré qu'à l’époque de l'arrestation du capitaine Dreyfus, j'aurais adressé à M. Ressman un rapport dans lequel j'aurais déclaré que le colonel de Schwartzkoppen était en relation avec Dreyfus.
J'affirme que ce rapport n’a jamais existé, j'affirme que cette déclaration n’a jamais existé : je n'ai appris le nom du capitaine français qu’à l’époque de son arrestation, comme, du reste, je l'ai déclaré par écrit et par voie officielle, sur mon honneur de soldat et de gentilhomme.
Le lendemain soir, Panizzardi télégraphia au même journal :
J'ai confirmé l’authenticité de ma dépêche d'hier par une lettre adressée ce matin à l’ambassadeur d'Italie à Paris.
— Le colonel Schneider, protestant contre la produelion faite par le général Mercier, à l'audience du 12 août, d’un écrit de lui, daté par le général du 30 novembre 1897 (RENNES : /, 76; cf. ibid., 197, dép. Cavaignac, et 339, dep. Roget), télégraphie d'Ems au Figaro, à 10 h. 20 m. du soir :
Lettre du 30 novembre 1897, attribuée à moi et reproduite dans le Figaro, le mercredi 16 août 1899, est un faux.
Rentré à Paris, le colonel écrivit, le 22 août, au même journal, la lettre suivante :
Le 17 de ce mois j’adressais au Figaro le télégramme suivant :
« Lettre du 30 novembre 1897 attribuée à moi et reproduite dans le Figaro le mercredi 16 août est un faux. »
Puisque vous avez bien voulu le publier, je vous prie aujourd'hui d'y ajouter ceci :
Le 30 novembre 1897, mon opinion était absolument contraire à celle qui se trouve exprimée dans la pièce en question.
L’apposition de la date susdite et de ma signature au texte que l’on m'’attribue cons-
titue un faux.
Ce faux subsisterait même dans le cas où, ce dont je ne puis juger sans J’avoir sous les yeux, le texte lui-même émanerait de moi à une autre date.
Le 20 août, l'Agence Havas avait reçu de Vienne la dépêche suivante :
La Nouvelle Presse libre écrit à propos du démenti du colonel Schneider :
« Nous apprenons de source autorisée que le colonel Schneider a envoyé son démenti de son propre mouvement. C'était son droit de le faire. Le Gouvernement austrohongrois tient à éviter toute apparence qu’il voudrait s’immiscer dans une affaire française purement intérieure. » |
A la même date, le correspondant du Temps à Vienne avait télégraphié à ce journal :
Le Fremdenblatt, organe du ministère des Affaires étrangères, ne contient jusqu'ici aucun communiqué officiel au sujet de l'incident du colonel Schneider dans l'affaire Dreyfus. Les autres journaux s’en occupent en prenant parti pour le colonel Schneider et contre l’Etat-Major français.
Le 27 août, le correspondant du Temps à Vienne lui télégraphia :
Le colonel Schneider est arrivé à Vienne. On croit généralement, dans les cercles militaires, que la pièce produite est un projet de notes qui n’a jamais servi et qui aurait été volé parmi ses papiers sans qu'il eût jamais été destiné à son gouvernement. De véritables rapports sont toujours chiffrés et soigneusement gardés.
304 — Août 1899.
Dans les cercles diplomatiques, on assure que l'incident Schneider ne donnera lieu à aucun échange de communications entre les gouvernements et qu’il peut être considéré comme une affaire réglée.
Enfin, le 28 août, le Temps publia les déclarations suivantes du directeur de l’Agence de Paris, correspondance hongroise :
Le colonel Schneider avait l'habitude, pour préparer ses rapports, de faire des brouillons, et la lettre lue par le général Mercier est un de ces brouillons. Elle a été écrite, — sans date ni signature — non pas quinze jours avant le procès Esterhazy, mais quinze jours avant l’enquête qui a précédé le procès Esterhazy.
Pendant cette enquête, l'opinion du colonel Schneider sur la culpabilité de Dreyfus se modifia, et il n’utilisa pas le brouillon de sa note.
Le texte en est, par conséquent, authentique, et la pièce lue par le général Mercier n'est un faux qu’en ce qui concerne la signature et la date.
Une note analogue de la même Agence avait déjà paru dans les journaux de Budapest.
Cf. les dépositions Cuignet (Rennes : Z, 499), Gonse (ibid., 547), Gribelin (ibid., 590) et Roget (III, 55).
— La Gazette de Francfort regrette que Schwartzkoppen n’aille pas affirmer à Rennes l'innocence de Dreyfus, et ajoute : « La France a un Picquart, l’Allemagne n’en a pas ». (Siecle du 25 août.)
— On lit dans /a Croix :
.… Me Labori est légèrement frappé au grand profit de son client, au moment où celui-ci va être perdu si l’on n’invente pas quelque truc nouveau.
.…. Bien entendu, nous sommes tout prêt à faire pleine amende honorable à Me Labori — qui n’a pas toujours été notre ennemi, — s’il daigne faire sonder sa plaie par un jury impartial, et nous ferons même prier pour sa guérison.