Seizième audience du Conseil de guerre
Déposition de M. Paul Meyer. — Déposition de M. Auguste Molinier. Déclaration du général Mercier. Lecture d’un passage de la déposition de M. Grenier devant la Cour de cassation. — Déposition de M. Giry. — Déposition de M. Emile Picot. Déclarations du général Roget. — Déposition du général Deloye. Le commissaire du Gouvernement lit une lettre du ministre de la Guerre, transmise par le général Chamoin. Jugement ordonnant le huis clos pour l'examen des documents qui seront remis par le général Deloye, et admettant au huis clos les témoins Hartmann et Ducros.
— Lettre de Barthou, ancien ministre de l'Intérieur, à Trarieux (Rennes :/11. 447) :
Mon cher Sénateur et Ami, , Votre lettre adressée à Paris m'a été retournée ici et je ne l’ai trouvée qu’en rentrant d’un nouveau voyage : c’est mon excuse de n'avoir pas répondu plus tôt,
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— 359 — Août 1899.
Je n'éprouve aucun embarras à vous déclarer, dans l'intérêt de la vérité, que pendant mes deux ans de ministère je n’ai jamais été avisé ni directement ni indirectement que « des fonds fussent venus de l'étranger pour aider à soutenir la revision du procès Dreyfus ».
La direction de la Sûreté générale et la Préfecture de police ne m'ont jamais fait a cet égard la moindre communication, soit écrite, soit orale.
M. Lasies, député du Gers, a, il est vrai, affirmé à la tribune de la Chambre que javais été saisi par les rapports d’un préfet de la frontière, plus tard frappé par M. Brisson, de l’envoi de fonds secrets venant de l'étranger. Certains journaux hostiles à la revision précisèrent en désignant M. Laurenceau, ancien préfet du Nord. +
Cette allégation est tout à fait inexacte, qu'elle vise M. Laurenceau ou qu’elle s’applique à un autre des fonctionnaires qui furent sous mes ordres, préfets ou commissaires de police.
M. Charles Dupuy à fait, pendant son ministère, à l’occasion de ces bruits qui prirent une consistance nouvelle après la mort de M. Laurenceau, une enquête décisive.
Il en est résullé qu'aucun fonctionnaire n’a, à aucun moment, adressé au ministère de l'Intérieur aucun rapport signalant l'envoi de fonds provenant de l'étranger en vue de la campagne revisionniste.
Je tiens cette déclaration catégorique de M. Charles Dupuy lui-même.
Croyez, etc.
Louis BARTHOU.
Voir au 16 mars et au 23 août.
— On lit dans /e Figaro :
On annonce de Madrid que M. de Valcarlos, ancien attaché militaire à l’embassade d’Espagne à Paris, vient d’être admis à la retraite.
M. de Valcarlos, désigné récemment comme étant la « personne honorable » à laquelle le bureau des renseignements avait donné une somme de 1.200 francs pour les avis communiqués à l’agent Guénée sur la trahison d’un officier du deuxième bureau, a, par son silence, confirmé cette désignation.
De là, la mesure prise à son endroit par le gouvernement espagnol.
— Le Siècle reproduit les passages suivants d’une correspondance adressée de Berlin, le 26 août, au Journal de Genéve :
Après la publication des démentis des colonels Schneider et Panizzardi, quelques journaux ont demandé au gouvernement allemand de publier également les documents authentiques relatifs au capitaine Dreyfus. Le Correspondant de Hambourg vient de publier une note officieuse d'un caractère absolument authentique, d’après laquelle le gouvernement allemand n’est pas en mesure de publier de tels documents, parce qu'ils n'existent pas; ni le gouvernement, ni aucun oflicier, ni aucun agent allemand n'ayant jamais eu des relations directes ou indirectes avec le capitaine Dreyfus. S
Après la dépêche envoyée par le chancelier de l’Empire au nom de l’empereur Guillaume à l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, pour être communiquée au président de la République française, après la déclaration officielle faite au Reichstag par le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, la note officieuse récemment publiée et transmise par l’agence Wolff à tous les journaux, ne peut que convaincre les plus sceptiques de l'innocence du capitaine Dreyfus.
D'autre part, il faut constater que cette note authentique ne conteste nullement l'existence possible de documents concernant les relations entre l’attaché militaire allemand, le colonel de Schwartzkoppen, et le sieur Esterhazy. En vérité, ils sont aussi nombreux qu'irréfutables. Les chancelleries de Vienne, de Rome, de Londres, de Saint-Pétersbourg ne doutent pas de l'authenticité de ces documents, dont quelques originaux se trouvent même ailleurs qu’au grand Etat-Major général de Berlin. Comme les pièces livrées par le sieur Esterhazy, l’ami intime du colonel Henry, n’intéressaient pas toutes l’Allemagne, le colonel de Schwartzkoppen fit un triage, en sorte que, par exemple, la pièce relative à Madagascar fut donnée au colonel Panizzardi. D'autre part, c’est le secret de Polichinelle que le sieur Esterhazy a livré non seulement les pièces énumérées dans le bordereau écrit par lui, mais encore un grand nombre de pièces beaucoup plus intéressantes.
On comprend que le gouvernement allemand ne dénonce pas officiellement le véritable traître, dont on connaît authentiquement les relations au grand Etat-Major général français. La seule chose que l’on à constatée à plusieurs reprises d’une manière officielle, c’est l'innocence du capitaine Dreyfus, parce qu’on ne voudrait pas laisser souffrir cet innocent des crimes commis par les sieurs Esterhazy et Henry.
900) Août 1899.
Le Siècle ajoute que, d’après une note de la Gazette de Cologne, des démarches sont faites auprès du gouvernement allemand pour que le colonel de Schwartzkoppen soit autorisé à faire une déclaration publique au sujet de l'affaire Dreyfus, mais que le gouvernement ne peut rien faire :
Quand l'Allemagne (continue la note) a fait par l'organe de M. de Bulow, secrétaire d’État aux affaires étrangères, la déclaration connue en faveur de Dreyfus, cela était un acte officiel d’une valeur exceptionnelle. Quand le ministre des Affaires étrangères parle sous une pareille forme, il agit comme le représentant du gouvernement et de l’empereur allemand. De telles paroles ont un droit absolu à être crues; car il n’est pas admissible qu'un Etat ayant le sentiment de sa dignité dise, dans des circonstances pareilles, autre chose que la vérité pure. Du reste, M. de Schwartzkoppen a assuré en 4897, sur sa parole d'honneur, qu'il n'avait eu ni directement, ni indirectement, aucunes relations avec Dreyfus, et cette déclaration a été transmise officiellement par l’ambassadeur d'Allemagne au ministre des Affaires étrangères de France.
Si donc il y a des gens en France qui doutent de l’exactitude de ces déclarations, cela ne constitue qu’une preuve contre leur propre caractère. Il est regrettable de devoir constater un tel fait dont un innocent doit souffrir. Mais, en aucun cas, l’Allemagne ne peut s’abaisser à fournir, soit au moyen de témoignages, soit au moyen de preuves matérielles, de nouvelles garanties pour confirmer l'exactitude de sa déclaration solennelle.