‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 62 sur 244 · Le Figaro publie l'information suivante · texte numérisé non relu

Le Figaro publie l'information suivante

M. Scheurer-Kestner va saisir le Garde des sceaux de l'affaire Dreyfus.

— Esterhazy adresse à Picquart une lettre anonyme ainsi conçue :

A craindre; toute l'œuvre découverte; retirez-vous doucement ; écrivez rien.

— Deux télégrammes sont expédiés, de Paris, à Picquart, lun à Tunis, l’autre à Sousse. (Cass. : ZI, 262.) Le premier (envoyé dans la matinée) était libellé ainsi : Colonel Piquart (sic), Tunis.

Arrêtez le demi-dieu. Tout est découvert. Affaire très grave. ' SPERANZA.

Voici le second (expédié à 10 heures du soir) : Colonel Picquart, Sousse, Tunisie. On a preuve que le bleu a été fabriqué par Georges. BLANCHE.

(Cass. : dép. Picquart, 1, 198 ; dép. du Paty, 1, 449; dép. Strong, 1, 749; eng. Bertulus, dép. Esterhazy, II, 225; eng. Bertulus, 211, 266, 273, 276, 278, 279.)

11. — Picquart reçoit à Sousse la lettre que lui a adressée Esterhazy à la date du 7 novembre. (Cass. : 7, 199; eng. Bertulus, dép. Picquart : 11, 211, 266, 274.)

— Le Siècle du 28 décembre 1897 affirme qu’à cette date Esterhazy aurait dit, chez un coiffeur du passage du Saumon, que Dreyfus était innocent et qu'il en possédait les preuves.

Au cours de l'enquête Ravary, Esterhazy nia ce propos. (Cass. : ZI, 119.)

12. — Picquart demande au général Leclerc et obtient l'autorisation d'aller à Tunis d’où 1l adresse au ministre de la Guerre copie de la lettre d'Esterhazy datée du 7 novembre.

Il demande en même temps qu’une enquête soit ouverte; cette demande devait rester sans réponse. (Cass. : eng. Bertulus, dép. Picquart, IT, 211.)

13. — Date à laquelle Esterhazy prétend que du Paty lui a dicté une lettre au ministre de la Guerre, destinée à « lui remettre » le document dit libérateur. D’après Esterhazy, ce document serait la pièce : « Ce canaille de D... ». (Cass. : dép. Esterhazy, 1, 583.)

44. — Scheurer-Kestner adresse à un de ses amis du Sénat la lettre suivante, publiée le lendemain par le Temps :

Mon cher ami,

Vous avez bien raison; je dois une explication à mes amis et au public, qui est notre juge à tous, et je comprends fort bien les impatiences dont, chaque jour, des manifestalions m’arrivent tantôt sous des formes affectueuses ou sympathiques, comme celle que vous leur donnez et dont je suis profondément touché, tantôt sous forme de sommations plus ou moins impérieuses, auxquelles je reste indifférent.

Je dois donc au public, à celui qui est bon, généreux, et qui entend rester équitable, à celui dont le concours m'est si précieux dans l’œuvre de réparation et de justice que j'ai entreprise et sans lequel mes efforts risqueraient d’être tenus en échec par des résistances irréductibles, l'indication des raisons pour lesquelles j’ai dû m'’imposer un silence et une réserve qu’on m'a rendus difficiles, mais que j'ai scrupuleusement observés.

Après quinze jours d'attente, je suis libre aujourd’hui; je vous autorise donc à faire de ma lettre l'usage que vous jugerez le meilleur dans l'intérêt de la justice et de Ja vérité.

Mais il m'importe avant tout de vous déclarer que, tout en regrettant l’illégalité, qui parait certaine, de la production aux juges, en chambre du conseil, d’une pièce qui n'avait été communiquée ni à l’accusé ni à son défenseur, je n’ai jamais, soit dans mes paroles, soit dans ma pensée, mis en doute la loyauté ni l'indépendance des officiers qui ont condamné le capitaine Dreyfus. Mais des faits nouveaux se sont produits, qui démontrent l’innocence du condamné, et si, convaincu qu’une erreur judiciaire a été

0) Novembre 1897.

commise, j'avais gardé le silence, je n'aurais plus pu vivre tranquille, avec cette pen-ée sans cesse renaissante que le condamné expie le crime d’un autre.

J’ai donc affirmé ma conviction, me réservant d’en communiquer les éléments, en premier lieu, au gouvernement lui-même; il me paraissait meilleur à tous égards que le gouvernement eût tout l'honneur et le mérite de la réparation. 1

Dès le 30 octobre, dans un entretien oflicieux avec le ministre de la Guerre, j'ai démontré, pièces en mains, que le bordereau attribué au capitaine Dreyfus n’est pas de lui, mais d’an autre: je l'ai prié de faire une enquête sur le vrai coupable. Le ministre, sans d’ailleurs me demander de lui laisser ces pièces, me promit cette enquête qui ne devait porter que sur des faits postérieurs au jugement. J’eus soin de le mettre en garde contre de soi-disant pièces de conviction plus ou moins récentes, qui pourraient être l’œuvre du vrai coupable ou de personnes intéressées à égarer la justice et l’opinion. Il me demanda par conlre de ne rien ébruiter de notre conversation pendant quinze jours, et prit l'engagement de me faire connaître le résultat de ses recherches. Depuis lors, j'ai attendu en vain, et les quinze jours sont écoulés. Voilà la cause de ce qui à paru si long.

C'est inutilement, d’ailleurs, que j'ai demandé à voir les pièces qui établiraient la culpabilité du capitaine Dreyfus. On ne m'a rien offert, on ne m'a rien montré; et, cependant, j'avais spontanément déclaré que, devant des preuves, je m'empresserais de reconnaître publiquement mon erreur. Vous qui me connaissez, mon cher ami, vous savez bien que je n'aurais pas hésité devant une rétractation à laquelle m'’eût obligé l'honneur. PDC |

Je répète donc, sans crainte d’un démenti, qu'il y a quinze jours déjà, j'ai soumis au gouvernement des pièces démontrant que le coupable n’est pas le capitaine Dreyfus. Une enquête régulière, qu’il appartient au ministre de la Guerre d'ouvrir et de mener à bonne fin, établira sans peine la culpabilité d’un autre.

Votre affectionné,

A. SCHEURER-KESTNER

— Le Figaro publie, sous la signature Vidi, un article intitulé : Le dossier de M. Scheurer-Kestner.

L'auteur du bordereau, dit l’article, est un ancien officier, écarté de l’armée « à raison de ses allures singulières, de ses relations louches » :

… Cet officier n’appartenait pas au ministère de la Guerre. Il tenait garnison en province, dans uné ville non éloignée de Paris, et il était d’ailleurs fort connu et fort répandu à Paris même. Il a d’ailleurs, à cette heure encore, son domicile dans un des quartiers riches de la capitale. Il e:t titré, marié et très apparenté.

L'article se termine par une allusion à la pièce connue depuis sous le nom de faux Henry, et en conteste l'authenticité :

Dans cette pièce, le nom de Dreyfus est en toutes lettres, et c'est ce document qui constituerait le « coup de massue » dont il a été question dans les journaux.

Cette pièce, très grave en effet si elle est authentique, est à la connaissance des auteurs de la requête (la requête au Garde des sceaux projetée) ; ils savent qu'elle leur sera opposée et déjà ils se sont inscrits en faux contre elle.

(Cass.: Eng. Bertulus, II, 274.)

— Du Paty déclara à la Cour de cassation n’avoir appris qu’à cette date l'existeuce du faux Henry.(Cass.; 1, 444.)

— La Liberté désigne un très honorable commandant d'artillerie démissionnaire, M. de R., comme pouvant être l’officier visé par l’article Vidi.

Scheurer-Kestner protesta le lendemain contre cette impulation, par une lettre adressée au commandant.

— Esterhazy dépose au ministère de la Guerre, vers onze heures du soir, une lettre personnelle pour le ministre, contenant le document libérateur. (Cass. : dép. Esterhazy, I, 583; 11, 97, 108; dép. Roget, 1, 100 ; dép. Gonse, 1, 566 ; enq. Bertulus, dép. Esterhazy; 11, 225, 247.)

Devant la Cour de cassation, du Paty répéta à plusieurs reprises que là personne qui remit le document libéraleur n’est pas Esterhazy, qui n’a jamais eu le moindre document entre les mains. (Cass. : 7, 451-452.)

14 ou 15. — Picquart adresse au ministre de la Guerre une plainte accompagnée

Page 1