MATHIEU DREYFUS
(Cass. : eng. de Pellieux, dép. Esterhazy, IT, 91.)
— Cessation de la surveillance exercée par Gonse sur Esterhazy. (Cass.: dép. Roget, T1, 118.)
— La Libre Parole publie l’article Dixi (voir plus haut 25 octobre.)
Le 16, elle publia l’article: Les Copains, et le 17, l’article: À Monsieur Scheurer-Kestner, dont Esterhazy fournit également les éléments. (Cass.: dép. Picquart, 11, 220-223 ; dép. Bertulus, I, 222; dép. Esterhazy, T, 584; eng. Bertulus, dép. Esterhazy, IT, 223, 226; 259-260; 274.)
Du Paty déclara devant la Cour de cassation avoir apporté quelques corrections au premier de ces articles. (Cass.: 7, 453.)
— Les élèves de l'École normale supérieure adressent à Gabriel Monod la lettre suivante :
Monsieur, Indignés des attaques injurieuses dont vous avez été l’objet dans différents journaux, les élèves de l'Ecole normale supérieure tiennent à vous exprimer la respectueuse sympathie qu'ils ont pour votre personne et votre caractère.
15 ou 16. — Le général Leclerc communique à Picquart un nouveau télégramme officiel dans lequel le Gouvernement dit avoir été informé que Picquart a fait des révélations à des personnes étrangères à l’armée ou communiqué des documents de son service à des personnes étrangères à l’armée au sujet de faits relatifs à son service.
Picquart répond au général qu'il n’a jamais fait de communications de ce genre, sauf dans une circonstance, à la réception d’une lettre de menaces d’une personne appartenant au ministère de la Guerre, et ajoute qu'il a mis en lieu sûr les pièces nécessaires à sa défense. (Cass. : eng. Bertulus, dép. Picquart, IE, 215; plainte Picquart, IL, 267 ; dép. Picquart, I, 200.)
16. — Lettre d'Esterhazy au ministre de la Guerre : . Monsieur le Ministre, à Je lis dans les journaux de ce matin l’infâme accusation portée contre moi.
Je vous demande de faire faire une enquête et me tiens prêt à répondre à toutes les accusalions.
ESTERHAZY
. Vers midi, Esterhazy se rend dans les bureaux du Jour (Jour daté du 1T et Echo de Paris daté du 18). Il va ensuite chez M. Bazille, député de la Vienne,
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— 11 — Novembre 1397.
— Le commandant Pauffin de Saint-Morel, chef du cabinet du général de Boisdeffre, se rend chez Henri Rochefort et lui fait les déclarations suivantes :
Nous savons, au ministère de la Guerre, que le comité constitué pour travailler au sauvetage de Dreyfus a fait démarches sur démarches, depuis près de deux ans, pour réunir un certain nombre d’autographes, une cinquantaine environ, provenant d’ofliciers susceptibles de remplir les conditions morales et matérielles nécessaires pour être substitués, au besoin, au traitre.
Parmi ces autographes, un, après mûr examen, fut mis à part; il était de la main du commandant Esterhazy.
L'écriture du commandant a, en effet, une certaine analogie avec celle du traître.
De là, le choix qui fut fait par les amis de Dreyfus.
Non seulement nous possédons la preuve indubitable que le commandant Esterhazy est la victime d’un infâme complot, mais, en ce qui concerne Dreyfus, je suis autorisé à vous dire que nous possédons des documents absolument probants qui, tout en dégageant complètement le commandant Esterhazy, établissent péremptoirement la culpabilité du prisonnier de l’île du Diable.
Ces documents, le syndicat Dreyfus en ignore même l'existence. Lorsque le moment sera venu, on les lui servira.
(Patrie datée du 18 novembre ; cf. {e Jour.) La Presse écrit, au sujet de la même démarche :
Ce que M. Henri Rochefort ne dit pas, ce qu'il ne pouvait dire, c'était le nom de l’auteur de la communication qui lui a été faite. Mais M. Rochefort appartient par sa vie et par sa personnalité au publie. Tandis que, par un scrupule respectable, il taisait le nom de son interlocuteur, nous avons pu savoir qu'il avait reçu hier la visite du commandant Pauflin de Saint-Morel, chef de cabinet du général de Boisdeffre, chef de l'Etat-Major général de l’armée.
Pour préciser, disons que c’est hier, vers midi, que cet officier a été vu sortant de la villa Dupont, où demeure le rédacteur en chef de l'{ntransigeant.
E£ nous avons tout lieu de croire que c’est de cette visite que l'éminent polémiste a voulu parler. Personne au ministère de la Guerre ne nous démentira donc lorsque nous dirons que les importantes déclarations qui précèdent émanent du général de Boisdeffre lui-même. On voit quelle est leur importance; dans ces conditions, elles constituent l’un des documents, peut-être le plus précis, qu'on ait pu apporter à l'affaire Dreyfus.
Il reste à mettre d'accord la courageuse initiative de M. le général de Boisdeffre avec l'hésitation équivoque du général Billot.
(CF. procès Zola, 1, 144, 252.)
— En réponse à une question du comte d'Alsace, député des Vosges, le général Billot fait, à la tribune, la déclaration suivante :
L'honorable M. d'Alsace demande des explications au Gouvernement au sujet des lettres qui ont été publiées dans les journaux d’aujourd’hui et de ce matin.
J'ai eu, en effet, au sujet de l'affaire Dreyfus, un entretien confidentiel avec M. Scheurer-Kestner
Dans cet entretien, M. Scheurer-Kestner m'a annoncé l'intention de poursuivre la revision du procès Dreyfus et m'a montré des pièces qu'il ne m'a pas laissées et que je n'avais pas qualité pour recevoir.
Il m'a, ensuite, demandé d'ouvrir une enquête sur les faits qu'il m'a signalés. Je lui ai répondu que, conformément à l’ordre du jour de la Chambre en date du 18 novembre 1896, invitant le Gouvernement à rechercher, s’il y avait lieu, les responsabilités qui seraient révélées à l’occasion, et depuis la condamnation, je n’avais pas cessé de poursuivre l’enquête permanente à laquelle la Chambre m'avait invité. -
J'ai ajouté que le résultat de ces recherches n'ébranlait nullement dans mon esprit l'autorité de la chose jugée.
Depuis cette entrevue, j'ai fait prendre de nouveaux renseignements de nature à m'éclairer sur cette affaire. Alors, le Gouvernement, saisi de la question, fut d'avis de mettre un terme à des démarches officieuses et à des indiscrétions répétées en invitant M. Scheurer-Kestner à le saisir dans les formes prescrites par la loi, s’il eroyait le devoir faire.
Cette décision a été portée à la connaissance de M. Scheurer-Kestner qui n'a fait aucune objection.
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— 119 — Novembre 1897.
Aujourd'hui, M. Scheurer-Kestner parait disposé à entrer dans cette voie et à saisir lui-même la justice.
Mais la famille Dreyfus intervient par une lettre adressée au ministre de la Guerre et rendue publique, dans laquelle elle accuse un officier de l’armée d’étrele véritable coupable.
Dans ces conditions, le devoir du Gouvernement est tout tracé : il a entre ses mains une dénonciation formelle. Il doit à Ja justice, à l'honneur même de l'accusé ainsi mis en cause, de mettre l’auteur de la dénonciation en demeure de produire ses justifications.
Il sera ensuite statué conformément à la loi.
Le ministre de la Guerre, gardien de l'honneur de l’armée et chargé de veiller à la défense nationale et à la sécurité du pays, ne manquera pas à son devoir.
Le texte de cette déclaration avait été distribué aux journaux par le service des comptes rendus de la Chambre. Cependant le Petit Temps déclare qu’en parlant de Scheurer-Kestner, le ministre a dit « exactement le contraire », et s'est exprimé ainsi :
Aujourd’hui, M. Scheurer-Kestner ne paraît pas disposé à entrer dans cette voie et n'a pas saisi lui-même la justice.
—Au Sénat, Le Provost de Launay demande la mise à l’ordre du jour de la prochaine séance du projet de loi sur la trahison et l’espionnage. Le Provost de Launay, Trarieux, Darlan et Morellet prennent la parole, La proposition est repoussée.
— Le chef de bataillon Forzinetti est relevé de ses fonctions de commandant des prisons militaires de Paris.
— A. Bertillon fait à un rédacteur du Temps les déclarations suivantes :
Je ne m'occupe pas de graphologie. La graphologie, voyez-vous, c’est de l'astrologie, el ici c’est de l'astrologie judiciaire. Je ne veux pas discuter ça. Je n’attache qu’une valeur probante très limitée, très minime à l’expertise en matière d'écriture. Au surplus, mon intervention dans l'affaire Dreyfus n’a qu'accessoirement porté sur l’expertise en écriture. Ma déposition forme, dans son ensemble, une démonstration (et non pas une affirmation) qui engendre une certitude mathématique. Ce n’est pasune affaire de flair, d'opinion ou de croyance; c’est un enchainement logique de raisonnements qui conduit à des preuves matérielles indiscutables, et il ne s’agit pas ici du bordereau: ce qui atteste la valeur de mon témoignage, c'est qu'il n’a été discuté ni par l'accusé, ni par son défenseur. Ce que j'ai dit est absolument péremptoire, irréfutable.
Je reste immuable sur le terrain de cette déposition, et l'on ne m'en fera pas sortir. On m'a objecté depuis, il est vrai, qu'elle n’a pas été comprise. Il aurait fallu qu’on m'en fit l'observation au moment où je déposais, et j'aurais recommencé. Mais l’attitude des personnes présentes à l'audience et même de l'accusé, m'a montré que j'avais été compris bien suffisamment.
Quant à raconter ma déposition, je ne saurais le faire. Mais si l’on m'invite à la divulguer, je la publierai in extenso.
— Le ministre de la Guerre accuse réception à Esterhazy de sa lettre du 14 novembre et du document libérateur, dans les termes suivants (RENNES : /11, 488) :
Le Ministre de la Guerre à M. le Commandant Walsin-Esterhazy, à Paris.
Commandant,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 14 novembre, par laquelle vous m'avez fait parvenir la photographie d’une pièce qui vous avait été remise par une femme inconnue, comme provenant du ministère de la Guerre.
P. O. Le Chef du Cabinet : Torcy.
16. — Dépêche d'un attaché militaire, rendant compte au gouvernement d’une conversation qu'il vient d’avoir sur l'affaire Dreyfus avec le souverain « d’un pays limitrophe ». (Déclarations du commandant Cuignet à l’audience du 4 septembre 1899, RENNES : /11, 350, s. s.)
Vers le 16. — Le général de Boisdeffre défend à du Paty de voir Esterhazy. (Cass.: dép. du Paty; 1, 449). Au cours de l'enquête Renouard (9 septembre 1898), du Paty plaça cette interdiction vers le 18 (Cass.: 11, 193).
— 113 — Novembre 1897.
Le colonel continue toutefois, par ordre, à communiquer avec Esterhazy par l'intermédiaire de Marguerite Pays, de Christian Esterhazy et de M° Tézenas.
16 ou 47. — Picquart reçoit la lettre anonyme envoyée le 10 par Esterhazy à l'adresse : « Colonel Picquart, Tunis ». (Cass. : dép. Picquart, I, 200; enq. Bertulus, dép. Picquart, IT, 212.)
47. — Le comte de Munster déclare à Hanotaux que le colonel Schwartzkoppen affirmait, sur l'honneur, n’avoir Jamais eu, ni directement, ni indirectement, aucune relation avec Dreyfus (Cass.: dép. Paléoloque, 1, 392 ; dép. Hanotaux, 1, 644). — Voir au 24 novembre.
— Henry et Gonse disent à Paléologue qu'ils n’ont jamais prétendu que Dreyfus eût des rapports directs avec l'ambassade d'Allemagne (Cass.: dép. Paleoloque, 1, 390, 395).
Gonse ne croit pas avoir parlé, au cours de cet entretien, de la dépêche du 2 novembre 1894 (Cass. : I, 562).
— Le général de Pellieux, commandant le département de la Seine, chargé de faire une enquête sur la dénonciation de Mathieu Dreyfus, entend Esterhazy et Mathieu Dreyfus qui lui demande d'entendre également Scheurer-Kestner. Le général ayant précédemment écrit à Bertulus, juge d'instruction au Tribunal de la Seine, pour savoir comment il devait diriger son enquête, le garde des Sceaux, consulté par Bertulus, avait ordonné à ce dernier de fournir à de Pellieux tous renseignements utiles relativement à des questions de forme, mais de déclarer au général qu'il ne lui était pas possible « de le suivre dans le travail qu’il avait commencé ». (Cass. : dép. Bertulus, 1, 219.)
— Le député Bazille entretient Billot de l'enquête ouverte contre Esterhazy. Il reçoit dans la soirée la visite du colonel Thévenet, officier d'ordonnance du ministre. Cependant l’Agence Havas communique aux journaux la note suivante :
Nous sommes autorisés à déclarer que le ministre de la Guerre n’a pas vu M. Bazille et n’a eu aucun entretien avec lui au sujet de l'affaire Dreyfus.
(Voir plus loin : 18 novembre 1897).
— M° Leblois dit à un rédacteur des Débats qu’il se regarde comme tenu au secret sur le fond de l'affaire, et qu’il réserve à l'autorité militaire les communications confidentielles qu'il peut avoir à faire.
Parlant de l'intervention de Scheurer-Kestner, il dit à un rédacteur du Temps :
Si, dans une affaire aussi grave, il était plus facile de conserver son sang-froid, on aurait certainement été frappé de ce fait que, au moment de la condamnation du capitaine Dreyfus, aucune voix alsacienne ne s’est élevée pour le défendre, tandis qu'aujourd'hui l’homme le plus qualifié pour représenter l’Alsace française prend ouvertement la défense du condamné.
(Cf. Pr. Zora : dép. Lalance, IT, 177.)
— Plusieurs journaux publient des interviews d’'Esterhazy. Déclaration d’Esterhazy à un rédacteur du Matin :
.… Il nous répond que ses rapports peu fréquents, mais très ouverts, avec le colonel de Schwartzkoppen, qui était l’ami de sa famille, et qui voyait souvent les siens à Carlsbad, ont dû le désigner comme la victime possible. En outre, les amis de Dreyfus avaient pu se procurer de son écriture, de ses lettres, et plus particulièrement un gros travail qui lui avait été demandé par le ministère. C’est sur ce dernier document qu ont décalqué des mots qui figurent sur le fameux bordereau publié par le Matin.
« L’allure générale de l'écriture, nous dit le commandant, n’est pas la mienne ; mais il y a des mots qui semblent absolument être écrits de ma plume. J'écrirais cioq cents fois le mot procurer, que le dessin de ce mot serait identique à celui qui se trouve sur le bordereau. Tout cela a été fabriqué.
» Quant à ma conduite, elle n’a jamais eu rien d'équivoque. Je suis allé quelquefois à l’ambassade d'Allemagne. J'avais si peu à me cacher, que je m'y rendis plusieurs
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