Rochefort écrit dans l’Intransigeant
… Gouverner, c’est mentir. La note de l'Agence Havas niant aujourd’hui la pièce secrète qu’on avouait la semaine dernière n’a donc aucune espèce de valeur.
— Émile Zola publie un appel aux étudiants, sous le titre : Lettre à la Jeunesse,
— L'Echo de Paris publie un article intitulé: Les déclarations de M. le général Mercier :
Dans une communication verbale qu'il adressa au Conseil des ministres afin de le mettre au courant des motifs qui avaient amené l'arrestation du capitaine Dreyfus, M. le général Mercier, alors ministre de la Guerre, s’exprimait en ces termes :
« Des notes qui me sont parvenues m'ont révélé qu’un officier des bureaux de l'étatmajor général avait communiqué aux agents d’une puissance étrangère des documents dont il avait eu connaissance en vertu de ses fonctions. Cet officier est le capitaine d'artillerie hors cadre Alfred Dreyfus, stagiaire à l'état-major général. »
Nous tenons de source certaine que M. le général Mercier ajouta :
« Avant de faire procéder à l'arrestation d'Alfred Dreyfus, j'ai fait procéder à une enquête secrète sur son compte. Les résultats de cette enquête ont démontré l'entière culpabilité de Dreyfus. »
.… M. le général Mercier aurait, à notre connaissance, renouvelé et confirmé ses déclarations antérieures devant M. le général de Pellieux.
Le général Mercier aurait ajouté que des rapports circonstanciés d'agents sûrs, des conversations surprises, eussent largement fixé son opinion et celle du chef de l'Etat- EE général, si les notes qu'ils avaient eues en leur possession n’y avaient déjà suffi.
44. — L'Intransigeant affirme à nouveau l'exactitude de ses informations sur la « pièce secrète » :
Rochefort a dit, hier, son fait au gouvernement. |
Entre sa parole et celle d’un Méline ou d’un Dupuy, il ne saurait y avoir un instant d'hésitation.
Sous le titre : Silence obligatoire, les dossiers À et B, le même journal donne des détails, inexacts d’ailleurs, sur l’entrevue que Casimir-Perier eut avec le comte de Munster, en janvier 1895, puis il écrit :
Un dernier mot :
Le dossier du procès Dreyfus est divisé en deux parties : A et B.
. Le dossier A est celui que tout le monde connait désormais, depuis que tous les Journaux en ont publié de larges extraits, C’est le dossier que possédait Me Demange.
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= 40e Décembre 1897.
Le dossier B est le dossier secret, divisé lui-même en 1 et 2. La partie 4 contient les photographies — inconnues de l’ambassade d'Allemagne — des huit lettres dérobées et rendues, ainsi que des notes de moindre importance; la partie 2 contient les rapports secrets du service de contre-espionnage.
C’est ce dossier secret, le dossier B, dont le gouvernement nie — naturellement — l'existence; nous venons d'expliquer pourquoi.
— Note de l'Agence Havas :
En présence des aftirmations réitérées d’un journal du matin, le gouvernement oppose de nouveau le démenti le plus catégorique et le plus absolu aux allégations sensationnelles qui continuent à se produire.
Le gouvernement se préoccupe de la campagne d’inventions et de récits imaginaires poursuivie systématiquement par certains Journaux. Il est résolu, si cette campagne Rontne à prendre, avec le concours du Parlement, les mesures nécessaires pour y mettre fin.
47. — M° Leblois demande à Trarieux de saisir officieusement le gouvernement de la question des faux télégrammes Speranza et Blanche. {PR. ZoLa : I, 185.) Voir aux 18, 23 et 28 décembre.
48. — Trarieux entretient le garde des Sceaux de la question des faux télégrammes Speranza et Blanche. (Pr. Zora : 1, 189.)
— Le Figaro abandonne sa campagne revisionniste. Fernand de Rodays, directeur du Figaro, déclare que, son journal «n'ayant visiblement pas eu toute l'opinion publique avec lui », il cède momentanément la direction à son associé Périvier.
49. — L'éditeur Léon Hayard, dit « le roi des camelots », raconte dans la Revue le fait suivant :
« Quelque temps après la publication dans le Matin du fac-similé du bordereau. trois messieurs vinrent à ma librairie me dire : « Le Matin n’explique pas assez la » trahison; voici, outre le cliché du bordereau, le cliché du décalque qui décida les » juges et convaincera le public. Faites crier cela ; si la vente ne marche pas, nous » remboursons les frais », Quelques jours après, ils revinrent voir si la vente marchait. Mais hélas, c'était un four; on me solda la différence et je rendis les clichés. »
Ce décalque reproduisait sur papier transparent des fragments de mots cier (d'officier), àx-exte (d'in extenso), uvres (de manœuvres) et les chiffres 2 et 2°. Le public était prié d'appliquer cette feuille sur le bordereau et de constater la superposition mathématique des chiffres et des syllabes avec les chiffres et syllabes correspondants du bordereau. Le décalque était fait, disait-on, grâce à des emprunts à la correspondance intime de Dreyfus ou à la dictée de du Paty.
Ce placard fut crié sous ce titre : La Preuve de la Trahison de Dreyfus.
« Nous apportons au public, disait l’auteur anonyme de ce papier, la reproduction exacte des deux pièces décisives qui amenèrent le Conseil de guerre à condamner à la dégradation militaire et à la déportation à vie le traître Dreyfus. On va pouvoir recommencer ici l'expérience que firent les membres du Conseil et qui les convainquit que Dreyfus était coupable. »
Dans les numéros du Siecle des 22 et 30 avril et du 6 mai 1899, Raoul Allier, après s'être inscrit en faux contre ce document, démontre que ce décalque a été fait, sur le bordereau méme, et pour les besoins de son expertise, par Teyssonnières,
en 1894.
20. — Yves Guyot, directeur du Siécle, demande une entrevue au président du Conseil pour lui communiquer le rapport d'Ormescheville. Méline se refuse à cet entretien.
— Ravary entend le colonel Croissandeau au sujet de la lettre de menaces envoyée par Esterhazy à Hadamard, par l'intermédiaire de l’agence postale Féret- Pochon.
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ol — Décembre 1897.
— Lettre de Scheurer-Kestner à Leblois :
Paris, 20 décembre 1897.
Cher monsieur,
Je pars pour Thann jeudi matin, M. Ravary m'ayant affirmé qu’il ne me convoquerait plus. Je sens le besoin de me reposer, au milieu de ma famille, des fatigues de la rude campagne que nous venons de soutenir.
Je serai de retour le 5 janvier. Si vous avez quelque communication à me faire, c’est donc à Thann que je vous prie de me l’adresser. Maisil me paraît qu’en ce qui me concerne, j'ai conquis le droit de m'effacer, chaque fois que mon intervention ne sera pas indispensable; et je veux espérer que l'affaire prendra une tournure telle que je pourrai reprendre « mes chères études » et ma modeste place dans le monde politique, celle qui convient à mes facultés et à mes goûts.
Toutefois, ne vous méprenez pas sur mes intentions; je reste et resterai au service de la cause à laquelle vous m'avez attaché, par votre confiance, le 13 juillet dernier. Si l'innocence de Dreyfus est établie, c’est vous qui en aurez été le réel artisan : je le dirai toujours à qui voudra l'entendre.
Je vous serre cordialement la main.
A. SCHEURER-KESTNER
21. — Esterhazy, avisé par Ravary de la déposition du colonel Croissandeau, fait une démarche auprès de Féret-Pochon, convoqué pour le lendemain.
23. — Le garde des Sceaux fait connaître à Trarieux que le président du Conseil a entretenu de la question des faux télégrammes le ministre de la Guerre et que celui-ci a répondu qu'il procéderait personnellement à un examen des écritures. (Pr. ZoLa : 1, 189.) — Voir au 17 décembre.
24. — Rochefort publie dans l’Intransigeant (daté du 25), le faux document « Otto », que le Figaro, l’Aurore et le Radical avaient successivement refusé d'acquérir. — Voir au 25 novembre.
— L'Echo de Paris publie un article intitulé : L’Affaire Dreyfus. Récapitulation :
.… L'état-major général acquiert la conviction qu’il existe un traître dans les bureaux du Ministère de la Guerre.
Une surveillance sévère est exercée sur tout le personnel et, après avoir procédé par voie d'élimination, les soupçons se portent sur Alfred Dreyfus. Les enquêtes et les filatures démontrent que les soupçons sont fondés.
On communique à Dreyfus des ordres factices, soi-disant d’une nature confidentielle. Le service des renseignements découvre encore la preuve que ces ordres ont été communiqués à l'étranger!
Durant deux mois Dreyfus est épié, suivi pas à pas par les agents du service des renseignements, qui lui découvrent des fréquentations louches et coùteuses. Dreyfus fréquente d’une manière assidue chez une dame connue par ses relations avec les agents de l'étranger.
Interrogé à propos de cette fréquentation, Dreyfus prétend, pour s’en justifier, n'avoir eu d'autre but que de se façonner davantage à l’usage de la langue allemande.
A Nice, M. Cochefert, chef de la Süreté, découvre aussi des relations autant compromettantes que coûteuses à Dreyfus.
Enfin les agents du service des renseignements filent Dreyfus jusqu’en Belgique où, à Bruxelles, il a des rapports avec un agent de l'étranger.
On tend divers pièges à Dreyfus qui, à tous, se fait prendre.
Une pièce capitale qui démontre la culpabilité de Dreyfus est remise au ministre de la Guerre par le service des renseignements. — Cette pièce est d’une authenticité indiscutable et un procès-verbal régulier de saisie en certifie l’origine. — Le nom de Dreyfus figure en entier sur ce document.
Il est démontré qu’en différentes occasions Dreyfus avait copié lui-même, ou fait copier par autrui, des pièces confidentielles, — il ne put indiquer ce qu'’étaient devenues ces copies.
Enfin, des ordres à classer avaient disparu des cartons de classement, — des témoins affirmèrent avoir vu ces ordres entre les mains de Dreyfus. — Tout comme pour les copies, le traître se refusa à faire connaître l'application de ces ordres.
Le ministre de la Guerre fait procéder à l'arrestation de Dreyfus; il en rend compte au conseil des ministres dans les termes suivants, bons à reproduire :
« Des notes que j'ai eues en ma possession m'ont révélé qu’un officier des bureaux
SANTE Décembre 1897,
de l’État-Major avait communiqué des documents dont il avait eu connaissance en vertu de ses fonctions.
» Cet officier, par ses allures bizarres, ses fréquentes absences, son attitude contrainte vis-à-vis deses camarades, aurait autorisé toutes les préventions avant que des rapports circonstanciés d'agents sûrs, des conversations surprises, eussent définitivement fixé l'opinion du chef de l’Etat-Major général.»
Une instruction est ouverte contre Dreyfas, — le traitre ne peut parvenir à produire même un semblant de justification, — il se borne à nier l’évidence même à propos du bordereau, pièce accessoire, nous le répétons.
.… Quand nous parlons du syndicat, c'est avec toutes sortes de bonnes raisons que nous le faisons ; il est à notre connaissance, en effet, qu'une souscription importante a eu lieu entre une trentaine de personnes qui auraient versé des sommes importantes avant que l’affaire à présent soumise à l’instruction de M. le commandant Ravary ne fût lancée. La moyenne de chaque souscription recueillie était de cent mille francs.
— Rapport des experts Belhomme, Varinard et Couard, remis le 26 à Ravary. En voici les conclusions (Cass. : (oct. 1898), 80, 92, 468) :
En conséquence des constatations et observations qui précèdent, nous, experts soussignés, déclarons à l'unanimité que :
Le bordereau incriminé n’est pas l’œuvre du commandant Walsin-Esterhazy. Nous affirmons en honneur et conscience la présente déclaration. Paris, le 24 décembre 1897.