‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 75 sur 244 · On lit dans /’Echo de Paris · texte numérisé non relu

On lit dans /’Echo de Paris

Depuis la condamnation de Dreyfus, le service des renseignements a recueilli de

nouvelles preuves probantes de sa trahison. Ces preuves seront communiquées au Conseil de guerre.

4. — M° Leblois dépose au parquet la plainte en faux du colonel Picquart contre les auteurs des télégrammes Speranzsa et Blanche et contre leurs complices. (Cass. ; Instr. Bertulus, Il, 261.)

— Un groupe de jeunes gens des Écoles répond à l’appel qu'Émile Zola avait adressé à la jeunesse. {Siècle du à janvier 4898.)

5. — Bertulus, juge d'instruction, entend Joseph Reinach, qui lui remet l’original chiffré du faux Ofto et une lettre, en date du 10 novembre, d’un individu s’offrant à jouer le rôle d'homme de paille (le nommé Voland, condamné ultérieurement pour escroquerie).

— Lettre de Scheurer-Kestner à un de ses amis du Sénat :

Mon cher ami,

En revenant d'Alsace, où j'ai trouvé une fois de plus, tant de sympathies réconfortantes, j'apprends avec surprise que certaines personnalités ont vu dans ma courte absence un aveu de découragement ou d'incertitude.

Comment serais-je découragé, cher ami, moi qui sais que le triomphe de la vérité ne dépend pas du bon vouloir des hommes, et qu’il ne saurait y avoir de prescriptions contre la justice ni contre le droit ? Comment serais-je hésitant quand l’évidence me parait chaque jour plus claire, à mesure qu’elle se dégage des voiles dont les passions veulent l’obscureir.

Ce qui me reste de force et de vie, je l’ai mis au service de l'innocence opprimée ; ce don de moi-même n’est pas révocable, et je tiendrai mon engagement, dussé-je rester seul. Mais je ne suis pas seul. Je vois autour de moi de nombreux amis que j'estime et qui m'approuvent. Nous attendrons, forts de notre conscience, la juste, l’inévitable réparation.

Votre affectionné, A. SCHEURER-KESTNER.

6. — Lettre de Trarieux au ministre de la (tuerre. Il lui demande d’élucider avant la réunion du Conseil de guerre, les points suspects du procès de 1894 et les manœuvres qui semblent protéger Esterhazy. (RENNES : /11, 480.)

— Le contrôleur général Martinie ayant démenti le récit fait, le 4, par /e Siecle, de sa démarche du 16 septembre auprès de M. Hadamard, celui-ci affirme l'exactitude du récit du Siecle, par une lettre adressée à l'Agence nationale (Siècle du 7 janvier).

— Le Figaro publie la dépêche suivante de son correspondant de Berlin :

La Gazette de Cologne déclare que ni le gouvernement allemand, ni l'ambassade, ni des officiers allemands n’ont été, à un moment quelconque, en rapport avec Dreyfus. Elle ajoute que, du côté de l'Allemagne, aucune objection ne s’élèvera pour que le jour le plus complet luise sur les débats de lundi prochain.

La Post appuie l’article de la Gazette de Cologne, qui est reproduit aussi en tête de la Gazette de l'Allemagne du Nord.

— Dreyfus demande au gouverneur de la Guyane de faire cäbler la dépêche suivante :

A Monsieur le Président de la République, (PAR CABLE)

Ne recevant pas de lettres des miens depuis deux mois, le cerveau affolé, je viens vous déclarer encore que je n’ai jamais été, que je ne suis pas le coupable, que je ne saurais l’être,

DREYFUS

HD — Janvier 1898.

— Gabriel Monod écrit à Hanotaux :

Mon cher ami, je vous prie instamment de me dire, ne füt-ce que par un mot, si vous avez obtenu sur l'affaire Dreyfus des lumières qui aient dissipé les doutes que vous avez conservés depuis trois ans et qui vous faisaient me dire que cette affaire est le plus grand malheur de votre vie.

Cette lettre reste sans réponse. (Cass.: dép. Monod, I, 459.)

7. — Le Siècle publie in extenso le rapport du commandant Besson d’Ormescheville, tenant lieu d'acte d'accusation contre le capitaine Dreyfus.

— Joseph Reinach écrit au ministre de la Guerre pour lui demander que le huis-clos ne soit pas prononcé au procès Esterhazy, où toutes les pièces, même secrètes, seront nécessairement mises sous les yeux d’un espion avéré. Il signe sa lettre : Député, membre de la commission de l’armée.

— Émile Zola publie en plaquette une Lettre à la France.

— Le ministre de la Guerre écrit au ministre de la Justice (Rennes : Z11, 486) :

Monsieur le garde des Sceaux et cher Collègue,

M. le sénateur Trarieux, ancien garde des Sceaux, s'est présenté hier, en mon absence, au ministère de la Guerre, demandant à me remettre en mains propres des documents importants. Reçu par M. le lieutenant-colonel Thévenet, chef de mon secrétariat particulier, et conduit au général de Torcy, chef de cabinet, il a exprimé à cet officier son regret de ne pas m'avoir rencontré, attendu, a-t-il dit, qu'il aurait voulu me voir prendre connaissance en sa présence des documents précités et recueillir mes premières impressions sul Ces moyens.

M. le sénateur Trarieux a ultérieurement déposé le pli dont il était porteur entre les mains d’un huissier du cabinet, et j’en ai pris connaissance dans la soirée.

J'ai l'honneur de vous adresser ci-jointe la copie de ces documents, en vous priant de vouloir bien l’examiner d'urgence.

Il importe, en effet, que le général gouverneur de Paris et le président du conseil de guerre dans l'affaire Esterhazy soient prévenus en temps utile contre toute surprise.

Vous trouverez sans doute comme moi que M. Trarieux tend à prendre dans ces circonstances un rôle qu’on a peine à comprendre. Je me borne pour le moment à appeler votreattention sur ce simple fait, sur la prétention de faire assister à l'audience par un défenseur la partie plaignante, alors qu’un ancien garde des Sceaux ne saurait ignorer qu'aucune intervention de partie civile n’est admise devant le Conseil de guerre.

Je serais heureux qu'il vous fût possible de me fixer une heure aujourd’hui pour conférer sur cette question.

8. — Lettre de Duclaux, membre de l’Institut, directeur de l’Institut Pasteur, à Scheurer-Kestner : :

Cher Monsieur,

Vous voulez bien me demander ce que je pense, comme savant, de l’acte d’accusation porté contre le capitaine Dreyfus, tel qu’il a paru hier dans les Journaux. Je pense tout simplement que si, dans les questions scientifiques que nous avons à résoudre, nous dirigions notre instruction comme elle semble l'avoir été dans cette affaire, ce serait bien par hasard que nous arriverions à la vérité.

Nous avons des règles tout autres, qui nous viennent de Bacon et de Descartes : garder notre sang-froid, ne pas nous mettre dans une cave pour y voir plus clair, croire que les probabilités ne comptent pas et que cent incertitudes ne valent pas une seule certitude. Puis, quand nous avons cherché et cru trouver la preuve décisive, quand nous avons même réussi à la faire accepter, nous sommes résignés à l'avance à la voir infirmer dans un procès de revision auquel souvent nous présidons nous-mêmes.

Nous voilà loin de l’affaire Dreyfus ; et, vraiment, c'est à se demander si l'Etat ne perd pas son argent dans ses établissements d'instruction, car l'esprit public est bien peu scientifique.

Bien cordialement à vous.

DucLAUXx.

— Le Temps croit savoir que le parquet ne poursuivra pas d'office le Siècle, à raison de la publication de l'acte d'accusation Dreyfus, et qu'il n’agira que si le ministre de la Guerre demande l'ouverture d’une information.

do Janvier 1898.

— Article du Siécle sur les antécédents d’Esterhazy. Le 27 août 1880, il aurait offert à M. Ivan de Wéæstine, du Gaulois, de lui livrer les noms des officiers compromis dans une affaire de papiers dérobés et d'espionnage, qui se dénoua le 12 octobre 1880 en police correctionnelle. M. de Wéæstine aurait alors refusé de l'entendre. Avant lui, un rédacteur du Gil Blas aurait opposé à Esterhazy le même refus.

— Le Rappel (daté du 9) publie un long article intitulé /e Dossier secret. I y dénonce l’inauthenticité, notamment du faux Henry et des lettres de l'empereur d'Allemagne. Il signale la lettre écrite par Esterhazy à Maurice Weil en juin ou juillet 1894 (voir plus haut), et en cite un extrait caractéristique.

— La Lanterne insère une réponse de l'expert Varinard à un article du 4, qui lui avait attribué des appréciations contradictoires sur l'écriture du bordereau.

— L'Écho de Paris écrit:

D’après le syndicat, Dreyfus n’aurait jamais eu de relations suspectes, pas de maitresses, nous avait-on assuré. Sur ce point, le rapport est très caractéristique, mais les considérants qu’il contient à cet égard ne sont rien, comparés aux faits énoncés dans le dossier B, où il est question, nous l’aflirmons, des relations intimes de Dreyfus avec une personne étrangère, haut cotée, qui le perdit, qui le conduisit à la trahison.

Le rapport de 14894 ne dit rien non plus de l’attaché militaire étranger, avec lequel Dreyfus correspondait, avec lequel il se rencontrait au cours de ses nombreuses absences non autorisées. Et, pourtant, les relations dont il s’agit furent établies par des preuves irréfutables devant les juges du Conseil de guerre.

ne B contient, non des présomptions, mais des preuves flagrantes contre Dreyfus.

: Le syndicat réclame des débats publics. Nous l’avons dejà dit, et nous le répétons,

M. le commissaire du gouvernement sollicitera du Conseil un jugement prononçant le huis clos absolu. Le Conseil décidera.

Ajoutons qu’en dehors de M. Tézenas et de son secrétaire, aucun avocat ne sera admis à la barre du Conseil de guerre.

M. Mathieu Dreyfus sera appelé à déposer en tant que témoin; en aucun cas, la voie de la partie civile ne lui sera ouverte.

Page 1