Seconde et dernière audience du procès Esterhazy
Dépositions du colonel Picquart, du commandant Curé, du colonel Henry. Confrontation des colonels Picquart et Henry. Dépositions du commandant Lauth et du général Gonse.
A la reprise de l’audience, audition des autres témoins. Confrontation de M° Leblois avec le colonel Henry. Confrontation du colonel Picquart avec le général Gonse. (Cass. : dép. Picquart, I, 205-206.)
M: Leblois ayant offert au Conseil de lui indiquer par quels moyens il pourrait s'assurer qu'Esterhazy avait été, pendant plusieurs années, un espion aux gages de la Triple-Alliance, le président lui répondit que les débats ne pouvaient porter que sur la question du bordereau et sur celle du petit bleu ; que, si la culpabilité d’Esterhazy venait à être établie ultérieurement, on reprendrait les poursuites... (ce que la généralité des termes de l’acte d'accusation et l'absence de toute date rendaient d’ailleurs impossible). Néanmoins, le général de Luxer paraissait disposé à examiner, avec les membres du Conseil, la question d’un complément d'information et d’une remise de l'affaire, lorsque le général de Pellieux intervint et dit que e’était inutile.
M: Leblois ne se retira toutefois qu'après avoir déclaré que « pour l'honneur du Conseil, pour l'honneur du pays même, il importait que la vérité se fit Jour avant le jugement plutôt qu'après ».
A l'instruction Fabre, le général de Pellieux ne contesta plus aucun de ces fails.
(Insr. Fagre, 135, 136 ; Comp. Pr. ZoLa : 1, 274, 276, 277.
Après avoir entendu les conclusions du commandant Hervieu et la plaidoirie de M° Tézenas, le Conseil se retire pour délibérer. Bientôt après, les juges rentrent dans la saile d'audience. Le général de Luxer lit le jugement suivant; rendu à l'unanimité : è
Cejourd'hui, 11 janvier 1898, le premier Conseil de guerre du Gouvernement militaire de Paris, délibérant à huis clos, le président a posé la question suivante :
Le nommé Walsin-Esterhazy (Marie-Charles-Ferdinand), est-il coupable d’avoir pratiqué des machinations ou entretenu des intelligences avec une puissance étrangère ou
BR CL: Ven Janvier 1898.
avec ses agents, pour les engager à entreprendre la guerre contre la France ou pour leur en procurer les moyens ? Crime prévu et puni par les articles 2 et 76 du Code pénal, 189, 267 et 202 du Code de justice militaire, l’article 7 de la loi du 8 octobre 1830, l’article 5 de la Constitution du 4 novembre 1848, l’article 42 de la loi du 8 juillet 1850 ;
Les voix recueillies séparément en commençant par le grade inférieur, le président ayant émis son opinion le dernier, le Conseil de guerre déclare :
A l'unanimité, M. Walsin-Esterhazy est déclaré non coupable.
En conséquence, le Conseil acquitte le nommé Esterhazy (Marie-Charles-Ferdinand), sus qualifié, de l'accusation portée contre lui et le président ordonne qu'il soit mis en liberté s’il n’est retenu pour une autre cause, conformément à l’article 186 du Code de justice militaire ainsi conçu :
« Si l'accusé n’est pas retenu coupable, le Conseil prononce son acquittement et le résident ordonne qu'il soit mis en liberté s’il n’est retenu pour une autre cause. »
Enjoint au commissaire du Gouvernement de faire donner immédiatement en sa présence lecture du présent jugement à l’acquitté devant la garde assemblée sous les armes.
Ce jugement est accueilli par les applaudissements de la majorité de l’assistance et les cris de : « Vive l’armée ! Vive le commandant ! » (Voir le récit du Temps, daté du 13 janvier.)
Il y a lieu de mentionner. au sujet de cet acquittement, les déclarations faites par le général Billot à Poincaré et à Develle. Au premier, il avait dit, avant la comparution d’Esterhazy devant le Conseil de guerre, « qu’il était convaincu de la culpabilité de Dreyfus, mais qu'il ne serait nullement étonné qu’Esterhazy eût également trahi ». À Develle il a dit, en mars 1898 (voir plus loin), après avoir affirmé que Dreyfus était coupable : ,« Je crois bien qu'Esterhazy l’est aussi. » (Cass. : dép. Poincaré, I, 294 et Develle, T, 334.)
— Dans l’Aurore du 28 juin 1899, M. Lhermitte affirme que le général de Pellieux se présenta, à l'issue de l'audience, chez la comtesse Esterhazy en la suppliant «au nom de lhonneur de l’armée » de reprendre la vie commune avec son mari.
Comme elle refusait, le général de Pellieux la menaça en vain d’un scandale. Esterhazy se présenta le soir même chez sa femme qui ne le reçut pas.
— Arrestation de M"° Jouffroy d’Abbans, pour tentative de chantage, sur la plainte du capitaine de Vaulserre.
— L'Écho de Paris, daté du 12 mars, annonce que le colonel Picquart va être déféré à un Conseil d’enquête,