G. CAVAIGNAC
— Réponse de Zola à l'Association générale des étudiants :
… Si j'avais attaqué l’armée, je comprendrais sa légitime émotion. Mais je n’ai pas attaqué l’armée; les preuves écrites sont là, absolues. J'ai dit au contraire toute ma tendresse et tout mon respect pour elle.
Ce n’est pas attaquer l’armée que de vouloir faire la lumière sur les agissements de certains chefs qui la compromettent. La confusion que les intéressés s'efforcent d’'établir entre ces chefs et la nation française en armes est une manœuvre abominable pour étouffer toute vérité et toute justice.
Et mon cœur se serre d'angoisse en voyant que la jeunesse se laisse prendre à cette manœuvre. Quels remords plus tard !
— Le romancier norvégien B. Bjoernson, écrit à Emile Zola pour le féliciter. (Siècle du 19 janvier.)
— Un certain nombre de membres de l’Institut, de professeurs, de médecins, etc. parmi lesquels MM. Duclaux, Friedel, Grimaux, Delbet, Séailles, Paul Desjardins, Albert Réville, Alexandre Bertrand, Anatole France, Jean Psichari, Gaston Bonnier, Louis Havet, Paul Reclus, Frédéric Passy, adressent une pétition à la Chambre.
Les soussignés, frappés des irrégularités commises dans le procès Dreyfus de 1894 et du mystère qui a entouré le procès du commandant Esterhazy, persuadés d'autre part que la nation tout entière est intéressée au maintien des garanties légales, seule protection des citoyens dans un pays libre, étonnés des perquisitions faites chez le lieutenant-colonel Picquart et des perquisitions non moins illégales attribuées à ce dernier officier, émus des procédés d’information judiciaire employés par l'autorité militaire, demandent à la Chambre de maintenir les garanties légales des citoyens contre tout arbitraire.
— Première réunion publique revisionniste, salle du Tivoli Vaux-Hall.
— Le général Saussier est mis en disponibilité hors cadres. Le général Jamont est nommé vice-président du Conseil supérieur de la guerre. Le général Zurlinden est nommé gouverneur militaire de Paris.
— Seconde lettre de l'ambassadeur d'Italie au ministre des Affaires étrangères. Il offre pour la seconde fois le témoignage de Panizzardi et renouvelle la déclaration que cet officier « n’a jamais eu, ni directement ni indirectement, ni de près ni de loin, de rapports avec Alfred Dreyfus, dont il a appris l'existence uniquement par le procès que tout le monde connaît ». (Cass.: 1, 393, 401.) — Voir au 28 novembre 1897.
— Le Petit Journal annonce que M, Lambelin, conseiller municipal, vient d'écrire au préfet de la Seine, pour l’aviser qu'il lui poserait une question, à la
EAAS = Janvier 1898.
rentrée du Conseil, sur le maintien en fonctions de M. Leblois, adjoint au maire du 7° arrondissement.
16. — M": Lucie Dreyfus écrit une nouvelle lettre à Cavaignac pour le prier de préciser : le témoignage qu'il invoque est-il ou n'est-il pas de la main de Lebrun-Renault.
— Déclaration du commandant Forzinetti : « M. Lebrun-Renault lui à dit il ya six mois: Je n'ai jamais reçu aucun aveu du capitaine Dreyfus. » {Aurore.)
— A la suite de la cérémonie des adieux du général Saussier, place Vendôme, des colonnes de manifestants se dirigent vers la rue Montmartre et la demeure de Zola.
— Eugène Clisson, dans une interview du Siècle, confirme son article du
Figaro du 6 janvier 1895. (Voir à cette date.)
47. — Le gouvernement, mis en demeure de rendre publics les prétendus aveux de Dreyfus à Lebrun-Renault, fait déclarer par l’Agence Havas « qu'il ne veut pas mettre en doute l'autorité de la chose jugée ».
— A la Chambre :
Interpellation de Cavaignac sur cette note de l'Agence Havas. Méline lit une déclaration où il accuse les partisans de Dreyfus « de restaurer une nouvelle agitation boulangiste ».
Le gouvernement pose la question de confiance et obtient 310 voix contre 252,
— Yves Guyot adresse dans le Siècle un appel aux républicains libéraux.
— Meeting du Tivoli Vaux-Hall, organisé par Drumont et Rochefort, qui ne sy rendent pas. Violent tumulte, bagarres et batailles entre antisémites et anarchistes; aucun discours ne peut être prononcé.
. 48. — Le général Billot remet au ministre de la Justice une plainte contre mile Zola et le gérant de l’Aurore.
— Le procureur de la République requiert une information sur les télégrammes Blanche et Speranza argués de faux par Picquart. (Cass. : eng. Bertulus, 112262 ;cf, 1, 220.)-7-
— Manifeste portant la signature de 32 députés socialistes. Ils déclarent ne pas s'intéresser au sort de Dreyfus qui « appartient à la classe capitaliste, à la classe ennemie ».
— Duclaux, membre de l’Institut, fait connaître ses doutes sur la culpabilité de Dreyfus (Matin). — Voir 8 janvier 1898.
— M. Henri Dumont, artiste peintre, confirme le récit fait par Eugène Clisson dans le Figaro du 6 janvier 1895 et affirme que, le soir de la dégradation, Lebrun-Renault n’a pas parlé d’aveux.
— Lettre de Lemercier-Picard à Reinach lui offrant de se mettre à sa disposition et à celle de Zola {Siecle du 24 mai 1899).
— Manifestations à Bordeaux, Clermont-Ferrand, Marseille, Nantes, Rouen, Lyon, contre Zola et les juifs. A Paris, deux mille individus conduits par Millevoye, vont crier : « Vive l’armée ! A bas les juifs! » devant le cercle militaire.
— Les étudiants des Universités de Roïne, Pise, Gênes, le cercle Patria et le barreau de Ravenne envoient des dépêches de félicitations à Zola. La Société artistique et littéraire de Finlande le loue de son courage.
19. — Rapport du commandant Bernard, « sur les faits qui se sont passés lors de la parade militaire pour la dégradation du capitaine Dreyfus ». (Cass. : ZE, 132.)
— On apprend que, depuis que Scheurer-Kesiner a dénoncé l'erreur judiciaire,
AA Janvier 1898.
le gouvernement fait mettre Dreyfus aux fers pendant la nuit, et que l’on ne communique plus à M®° Dreyfus que des copies des lettres du déporté.
— Lettre de Darlan, ancien garde des Sceaux, à la France de Bordeaux :
. « Je n'ai promis à personne la revision du procès Dreyfus. »
— Louis Havet et Louis Ratisbonne, dans des lettres rendues publiques, proclament la nécessité de la revision.
— L'Écho de Paris prétend qu'un policier de Mulhouse a acheté 300.000 marks en or à Dreyfus äes documents détournés au 4° bureau de PEtat-Major et relatifs à la mobilisation des 14° et 15° corps d'armée.
— Le Siècle commence la publication de la correspondance de Dreyfus depuis 1894, sous ce titre : Lettres d’un Innocent.
— Le Jour, l'Intransigeant et la Libre Parole préviennent Joseph Reinach qu'il peut se considérer comme otage.
— Aux Bouffes-du-Nord, où l’on donne Thérèse Raquin, le nom de Zola est acclamé par le public.
— Manifestation d'étudiants, de lycéens, d'élèves de l'Université catholique et du collège catholique aux abords du Sénat contre Scheurer-Kestner et Zola. Ces manifestations se renouvellent dans la soirée sur les boulevards et à la Bourse.
—— Manifestations à Rouen, Toulouse, Nantes, contre Zola et les juifs. — A Lille, on erie : « Vive Zola! », mais il se produit une contre-manifestation des étudiants catholiques.
20. — On apprend qu'aucun rapport constatant des aveux de Dreyfus à Lebrun-Renault n'existait au ministère de la Guerre le 17 janvier 1898; ce rapport s’y trouverait aujourd’hui.
— L’assignation est lancée contre Zola et contre Perrenx, gérant de l’Aurore. Dans un article de huit colonnes, elle ne retient que quinze lignes.
— Alexandre Bertrand, membre de l’Institut, G. de Molinari, rédacteur en chef du Journal des Economistes, et le poète Pierre Barbier, réclament la revision. Francis de Pressensé déclare qu’il s’associera de toutes ses forces à la campagne entreprise en faveur de la justice.
— Manifestations à Nancy, à Nantes, à Alger et au Havre. Bagarres à Rennes: cinq professeurs s'étant prononcés pour la revision, les étudiants envahissent la Faculté et y commettent des dégâts; aucune poursuite n’est exercée.
24. — Le général Billot donne au gouverneur militaire de Paris l’ordre de convoquer le plus tôt possible le Conseil d'enquête appelé à émettre son avis sur la mise en réforme du colonel Picquart. (Cass. : 11, 149.)
— Me Blanche de Comminges dépose devant le juge d'instruction Bertulus. (Cass. : II, 263.)
— Nouvelle lettre de Zola stigmatisant la pusillanimité du gouvernement, qui, sur tous les points, refuse le débat. Il réclame la liberté de là preuve (Aurore).
— Charles Dupuy et le général Mercier ont une entrevue au Palais-Bourbon. On assure que l’ancien ministre de la Guerre est venu à Paris sur la demande de Casimir-Perier, et qu'il lui a avoué que des pièces secrètes ont été communiquées au Conseil de guerre (Aurore, 5 février 1898).
— Les experts Belhomme, Varinard et Couard, visés dans la lettre « J'accuse!.…. », intentent un procès en diffamation à Zola.
— Pierre Vaux, député, dont le père fut victime d’une erreur judiciaire célèbre, écrit aux journaux quil se prononce « pour l'autorité de la chose jugée ».
— Judet, dans le Petit Journal, s'élevant contre la presse européenne unanime, déclare « qu’elle veut nous enlever la liberté de notre défense ».
| AUOT E Er RM À CLEA
— 145 — Janvier 1898.
— À Rennes, une bande de deux mille individus, conduits par trois prêtres en soutane, assaille la maison de M. Basch, professeur à la faculté des lettres. La police n'intervient pas. Le préfet dit à M. Basch : « J'espère que vous allez donner votre démission, car je ne réponds pas de votre personne, »
— Lemercier-Picard, sous la signature de Durandin, écrit à Séverine qu'il est menacé et qu'il a mis des papiers en lieu sûr.
— Le docteur Léon Marchand, professeur honoraire à l’école de pharmacie de Paris, donne sa démission de membre d'honneur de l’Association générale des étudiants, dans une lettre où il apprécie sévèrement l'attitude de cette association.
— Duel Ajalbert-Vervoort.
— Déclarations écrites du capitaine Anthoine et du commandant de Mitry au sujet des aveux de Dreyfus. (Cass. : Dossier des aveux, IT, 155-134.)
— À la Chambre :
Cavaignac interpelle sur les prétendus aveux de Dreyfus au capitaine Lebrun- Renault et somme le gouvernement de produire la pièce qu’il possède. Méline répond «qu'on prépare une nouvelle édition de la Débäcle » et déclare défendre, en s’'opposant à la revision, «les intérêts permanents du pays, sa puissance militaire, le bon renom de la France devant l'étranger ». Cavaignac retire son interpellation. Jaurès la reprend. Bernis l’insulte et le frappe. Bagarre générale, On fait évacuer la salle.
— Le Siècle publie le premier article de la série « Propos d’un solitaire » de Duclaux.
— Manifestations : à Paris, de garçons bouchers, contre Dreyfus et Zola; à Grenoble, contre Zola; à Lyon, en l'honneur de Zola, meeting organisé par le Peuple el par le parti ouvrier.
— Troubles à Alger : trois commissaires et de nombreux agents sont blessés.