Dixième audience du procès Zola
Incident : demande de saisie, au ministère de la Guerre, du bordereau Dreylfus- Esterhazy. Conclusions. — Déposition de P. Moriaud f{suite). — Incident relatif à la lettre dite du « uhlan ». Explications de Couard et Varinard et de Pellieux. — Déposition de Giry. — Déposition de Héricourt. — Rappel de Picquart. — Confrontation de Picquart avec de Pellieux et Gonse. — Incident : Déclaration du général de Pellieux, relative à l’existence d’une pièce, reçue au ministère de la Guerre en 1896, qui prouverait irréfutablement la culpabilité de Dreyfus (le faux Henry).
Voici cette déclaration :
Je demande alors à parler. non pas du procès Dreyfus, je n’en parlerai pas. Mais je répéterai le mot si typique du colonel Henry ; on veut la lumière : « Allons-y ! »
Au moment de l'interpellation Castelin, il s’est produit un fait que je tiens à signaler. On a eu,au ministère de la Guerre — et remarquez que je ne parle pas de l'affaire Dreyfus — la preuve absolue de la culpabilité de Dreyfus, absolue let cette preuve, je l'ai vue ! Au moment de cette interpellation, il est arrivé au ministère de la Guerre un papier dont l’origine ne peut être contestée et qui dit — je vous dirai ce qu'il y a dedans — : « Il va se produire une interpellation sur l'affaire Dreyfus. Ne dites jamais les relations que nous avons eues avec ce juif. »
Et, messieurs, la note est signée ! elle n’est pas signée d’un nom connu, mais elle est appuyée d'une carte de visite, et, au dos de cette carte de visite, il y a un rendezvous insignifiant, signé d'un nom de convention, qui est le même que celui qui est porté sur la pièce, et la carte de visite porte le nom de la personne.
Eh bien! messieurs, on a cherché la revision du procès par une voie détournée : je
— 156 — Février 1898.
viens vous donner ce fait. Je l'affirme sur mon honneur, et j'en appelle à M. le général de Boisdeffre pour appuyer ma déposition.
Voilà ce que je voulais dire ! {Applaudissements.)
(Pr. ZoLa : II, 118).
Du Paty déclare devant la Cour de cassation avoir exprimé, dès le mois de février 1S98, devant Gonse et Henry, les doutes que lui inspirait le faux Henry. (Cass. : 29 avril 1899, 7, 34.) Voir aussi les observations faites au sujet de ce faux par Picquart à Boisdeffre et à Gonse, le surlendemain de la déclaration de Pellieux. (Cass. : dép. Picquart, II, 217-218.)
— À Ja sortie du Palais de justice, M° Leblois est assailli parune bande d’antisémites lancée contre lui par Georges Thiéband.
— M. Petitjean, administrateur de l'imprimerie Kugelmann, où ont été tirés les clichés, relatifs à l'affaire Dreyfus, publiés par /e Siècle, proteste contre les appréciations émises à l’audience de la veille par le général de Pellieux. (Cf. Pr. Zora : II, 42.)
— Le comité de l’Association des journalistes républicains ne réélit pas Alphonse Humbert vice-président. Celui-ci démissionne.
— Louis Havet est acclamé à la Sorbonne par ses élèves.
— L'Intransigeant prétend que « le Syndicat » a offert 200.000 francs à Teyssonnières pour falsifier son rapport.
— Le Jour dit qu’une femme Nicolle, 62, rue Vaneau, recevant autrefois pour le colonel Sandherr des lettres d’espions, aurait décacheté l’une d'elles et y aurait trouvé la preuve de la culpabilité de Dreyfus.