RUE BONAPARTE
Témoin toujours jeune des temps héroïques de notre science
INTRODUCTION
En i885, M. E.Cartailhac écrivait dans les Matériaux (t. XIV, p. 66) : « M. de Mortillet avait eu, il y a quelques années, 1 heureuse pensée de grouper, en un album digne d’elles, toutes ces gravures et sculptures (de l’âge du renne). Bien peu de personnes connaissent rensemble de ces productions qui sont encore, en grande partie, inédites et qui trop souvent ont été mal reproduites. L’album auquel notre maître et ami ne peut pas avoir renoncé et pour lequel on obtiendrait un large secours du ministère des Beaux-Arts, serait, pour le plus grand nombre, une révélation et permettrait des observations fécondes pour l’histoire de l’art dans l’humanité. » Quatre ans après, dans le tome Ier de la Description raisonnée du Musée de Saint-Germain [Époque des alluvions et des cavernes ), j’écrivais à mon tour, en tête d’un chapitre sur l’art des chasseurs de rennes (p. 168) : « Il n'y a pas de travail d’ensemble sur ce sujet et il serait impossible d’en écrire un aujourd’hui, parce qu’un très grand nombre de documents précieux sont
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RÉPERTOIRE DE e’aRT QUATERNAIRE
encore inédits dans des collections privées presque inaccessibles. M. bielle annonce depuis (piinze ans, mais n’a pas encore publié, un recueil général des monuments de l’art à cette époque ; M. M assénai a commencé, en 1888, la publication de sa riche collection de Malemorl près Brive, » En kjo3, je réitérais l’expression des mêmes regrets (l'Anthropologie, t. XI V, p. 207 : « Il n’existe point de catalogue complet de ces diverses manifestations de l’art et le recueil qui doit en révéler les plus importantes, composé à grands frais par M. Pielte, 11’a pas encore été livré au public. On peut estimer à i5o au moins le nombre des gravures et sculptures recueillies dans les cavernes et offrant des motifs reconnaissables, empruntés surtout au momie animal. »
Depuis, grâce surtout aux découvertes de MM. Breuil, Peyrony, Capitan et autres explorateurs en France et en Espagne, grâce aussi à la publication longtemps attendue des albums promis par Pietteet par Massénat, le nombre des monuments de l’art quaternaire — sculpture, gravure et peinture — s’est accru dans des proportions telles que les spécimens connus en iqo3 ne forment plus qu’une faible partie de ce vaste ensemble. A côté de ce qui a été publié, tant dans les recueils périodiques que dans des ouvrages spéciaux, il y a des centaines de figures inédites et destinées à le rester quelque temps encore ; la moisson de ces dernières années a été si riche que les auteurs des découvertes, absorbés d’ailleurs par les découvertes qu’ils continuent de faire, n’ont pu les livrer toutes à la curiosité du public et les réservent, à l'état de dessins, dans
INTRODUCTION
leurs portefeuilles. Ceux de l’abbé Breuil contiennent peut-être autant de figures qu’on en trouvera reproduites dans le présent volume; les fouilles de la Dordogne en ont fourni également un grand nombre que je ne voudrais pas « déflorer », quand même j’en aurais le droit. 11 faut laisser à chacun l’honneur de ses trouvailles faites sur le terrain, pourvu qu’il n’abuse pas des délais qu’on lui accorde pour les publier, et se réjouir sans arrière-pensée de l’abondance sans cesse accrue de nos matériaux; mais ce n’est pas une raison pour se croiser les bras et pour attendre, comme le paysan d'Horace, que le fleuve ait fini de couler. Tout Répertoire, tout Corpus comporte des suppléments ; le mien en aura, dont les éléments me sont déjà en partie connus. Mais, tel que je le publie, il rendra service à tous les travailleurs et à moi tout le premier, car, engagé depuis vingt-cinq ans dans ces études si passionnantes sur les origines de l'art, j’en étais arrivé à ne plus m’y reconnaître et à chercher moi-même pendant des heures, à travers le dédale des livres, telles figures que je devais avoir sous la main.
C’est une mésaventure de ce genre qui m’a décidé à entreprendre ce Répertoire , après tant d’autres. Un étranger, venu au musée de Saint-Germain, me pria de lui faire voir les représentations d’éléphants dans l'art quaternaire. Je consultai ma mémoire et mes fiches; j'étalai devant lui une montagne de papier; il prit des notes et se retira. Cinq minutes après son départ, je m’aperçus avec confusion que j’avais omis de lui montrer quelques-uns des mammouths les plus authentiques. Je me dis alors : « 11 faut un Répertoire de U art qualer-
naire, ne fût-ce que pour mon usage personnel; ce soir même, je vais me mettre à dessiner ! » Après avoir dessiné pendant bien des soirs, comme le recueil commençait à prendre corps, je demandai à l’abbé Breuil, dont les excellents dessins me servaient le plus souvent de modèles, s’il ne voulait passe charger du reste de la besogne. Il me répondit très justement qu’il avait trop de documents inédits à faire connaître pour s’occuper de mettre au net ceux qui avaient déjà été publiés. Mais il m’assura que ses avis ne me feraient pas défaut et il a tenu parole, poussant l’obligeance jusqu’à parcourir plusieurs fois ce Recueil à l’état d’ébauche, pour me signaler telle erreur de dessin ou de provenance. Quand mes croquis eurent été refaits ou calqués par M. Weber, gravés et mis en pages, M. Breuil fut encore, au cours de l’impression, mon meilleur conseiller, mon guide le plus sûr. J’ai aussi des obligations envers MM. Marcellin Boule, Cartailhac, Déchelette, le comte Begouën, Lalanne, Didon ; je les prie de trouver ici mes remerciements.
Les œuvres de l’art quaternaire sont peut-être celles dont la provenance est la mieux connue : aussi les ai-je rangées par ordre alphabétique de provenance, seul moyen de faciliter les recherches. Lorsqu'il existe un grand nombre de monuments de la même provenance, je les ai classés (sauf exceptions motivées par les nécessités de la mise en pages) suivant l’ordre que voici :