ÂNNITERSAIRE DE LA NAISSANCE
DE Racine.
Iphigénie. — Les Plaideurs, — A Racine, — ^ MM. Got et J.-Paul Mounet.
La solennité avait cette année un attrait tout spécial. Le Théâtre-Français donnait Iphigénie, dont la reprise remporta un si éclatant succès le 37 février dernier, et il y joignait les Plaideurs, avec M. Got dans le rôle de l'Intimé.
La salle était superbe, et M. Grangeneuve a eu la bonne fortune de faire connaître à un très nombreux public Pà-propos de circonstance que M. Claretie lui avait demandé.
C'est M. J.-Paul Mounet qui a prêté à Pauteur l'appui de son bel organe^ de sa noble prestance, et quand, sous les traits d'Agamemnon, il a déclamé les vers si
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chauds, si vibrants do patriotisme, du panégyriste, l'entfaovmsnM a éclaté de toutes parts.
L*à-propos de M. Grangeneùve est, en effet, un sursum cordée à l'adresse de la France actuelle, dont l'éloge de Racine ne saurait être que le prétexte. Voyez le début :
Qjitad U Patrie appelle mx armes, Ptet rictt qae llioniiear ne pvénmt :
Si rodes qiie soieat les alannes.
Fias d*éprenves valant des larmes.
Plus de sacrifice trop lunt.
Rappelez-Tous que c'est « le Roi des rois 9 qui parle et qu'il a immolé sa fille à son pays.
La transition était indiquée. Après avoir chanté Agamemnon et son héroïque sacrifice, célébré l'immortel génie de Racine, à la fois doux et terrible, tendre et tragique, mais toujours français, l'auteur est naturellement ramené à la pensée inspiratrice de son œuvre : Racine £ait passer en nous sa grande âme,, la France le comprend, et c'est elle qui, parlant en son Agamemnon, nous dit (M. Grangeneùve reproduit ici les strophes du commencement) :
Qpand la Patrie appelle anx armes,
Si pv quelque pqbtiqu ofintc L'itnBga uudu à ISu de nou.
■e panégjrique est quelque peu is ces deroiera vers ; mail doitcher à M. Grangeneuve de s'être inf aux généreui £lans de son | ne?
Une Conversion (i** représentation).
M. FebTre; M»** Barretta, Ludwig.
M. Charles de Courcy^ l'auteur de la pièce, ou plutôt de la spirituelle bluette dont la Comédie-Française a donné ce soir la première représentation, est à la fois un homme charmant et un écrivain aimable ; aussi . tout le monde (amis et public) a-t-il été enchanté du succès d^Une Conversion,
Les rôles, disons-le, étaient distribués d'une façon fort judicieuse : M. Febvre jouait Raoul de Briche, un homme du monde très correct dans sa tenue, d'une distinction irréprochable dans ses manières, mais, au fond, un enjôleur et un franc mauvais sujet; M>^«Barretta figurait Régine de Champnolin, une délicieuse petite bourgeoise, quelque peu tapageuse, évaporée, mais, au demeurant, la
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plus honnête femme du monde; enfin M^^ Ludwig paraissait sous le costume d'une soubrette pétillante de finesse et de malice.
Je crois à propos, maintenant, de vous conter la chose en deux mots.
A la suite d'une légère bouderie conjugale, Georges de Champnolin a quitté Régine, sa femme, pour aller chasser en province. Celle-ci, qui ne s'amuse guère, se laisse alors courtiser par un certain de la Tour, personnage invisible, et dont les bouquets, expédiés de la cantonade, révèlent seuls l'existence.
Mais Raoul veille. « Il aime tant son ami Georges! » Il prêche et moralise si bien Régine sur sa légèreté qu'il la convertit... à son profit^ ou du moins il le pense. Un bouquet de lui succède à ceux de M. de la Tour, et il décide M">« de Champnolin à dîner en tête-à-tête et à l'accompagner ensuite aux Variétés.
Cependant, je vous l'ai dit, Régine est une honnête femme, et elle n'a cédé à son indélicat soupirant que pour le mieux mystifier. Après une déclaration en bonnes formes, qu'elle a sournoisement accueillie, pendant le repas, elle accepte une voiture que Raoul court chercher.
Pois, quand celui-ci, au comble de la joie,
s'est éloigné, elle file à l'anglaise, laissant au faux ami de Georges un billet où elle lui annonce qu'elle va rejoindre son mari.
On conçoit la déception de Raoul au retour. Il ne lui reste qu'à opérer sa retraite, « honteux comme un renard qu'une poule aurait pris ».
La piécette de M. Charles de Courcy n'est qu'une esquisse de mœurs, mais si gaie, si parisienne, qu'on lui a fait un accueil chaleureux, dans lequel il y avait autant de sincérité que de sympathie.
Je n'ai rien à penser du début de M. Got dans le rôle de Tartuffe, sinon qu'il n'a pas ajouté à sa gloire de comédien. L'illustre doyen de la Comédie- Française rêvait de jouer le personnage, son ambition est aujourd'hui satisfaite!
39 décembre.