Cliap. xin du !iv. IV et ix du V
Louis avait désiré passionnément l'entrevue de Péronne, lui semblant que tout lui ayant réussi selon son intention, à l'égard des princes de la Ligue, il lui serait aisé de porter le Bourguignon à abandonner les ducs de Normandie et de Bretagne, ainsi qu'ils venaient de l'abandonner eux-mêmes1. Cependant cette entrevue produisit un effet tout contraire, et le jeta dans un précipice dont il ne fût jamais sorti si Comines et quelques autres serviteurs du duc eussent plus aimé leur maître que leur intérêt.
Le traité de Péronne (1468) ne fut pas plus heureux que ceux de Conflans et de Saint-Maur-des-Fossés, contre lesquels Louis avait protesté dans son parlement de Paris2. Le voyage de Liège, où le duc l'avait mené pour être le spectateur et l'instrument de sa vengeance sur les Liégeois, et où le souverain semblait avoir fait à son vassal une espèce d'amende honorable, ce voyage, dis-je, lui pesait trop sur le cœur pour résister à la tentation de se venger à son tour, quand il en trouverait l'occasion.
Au sortir de Liège, ayant demandé au duc ce qu'il voulait qu'il fît, au cas que son frère ne se contentât pas de la Champagne pour son partage, le duc lui avait répondu qu'il fit comme il l'entendrait, pourvu que son frère fût content. Réponse dont Louis, qui ne voulait pas que son frère gardât la Champagne, où du jour au lendemain il pouvait être secouru du Bourguignon, ne manqua pas de faire son profit ; en sorte que Tannée suivante il fit accepter à monseigneur Charles la Guienne au lieu de la Champagne, au grand déplaisir du duc de Bourgogne, qui lui avait procuré cet apanage pour leur sûreté commune, les deux pays étant limitrophes. En effet, cet échange leur fut fatal à tous deux : au duc de Guienne, parce qu'il l'éloignait de celui qui avait le plus d'intérêt à soutenir sa fortune et sa grandeur; au Bourguignon, parce que cet éloignement qui rompait leur communication rendit le roi plus hardi a lui déclarer la guerre, sous couleur que le duc étendait ses limites plus avant que le traité de Conflans ne portait3. Ce qui fut
i. Chap. i du liv. II.
t. Louis XI ne laissa pas de confirmer les traites d'Arras, de Conflans et de Péronne, par celui qu'il fit en 1471 avec le duc do Bourgogne, au château de Croloy. 3. Comines, chap. î du liv. III.
suivi de la prise des villes de Saint-Quentin et d'Amiens, dont la perte effraya si fort le duc que, tout fier qu'il était, il envoya prier le connétable de Saint-Pol de le vouloir épargner, et de n'échauffer pas davantage cette guerre1, où le duc de Guicnne servit d'autant mieux le roi, son frère, que désirant avec passion d'épouser l'héritière de Bourgogne, qui était le plus grand parti de l'Europe, le connétable lui avait fait entendre que le meilleur moyen pour y faire consentir le père était de l'épouvanter. Quoi qu'il en soit, si ce mariage eût réussi, les ducs de Guienne, de Bourgogne et de Bretagne eussent été en étal de maîtriser Louis XI, et peut-être de le ruiner entièrement. Car son frère, dit Comines2, eût été bien grand si ce mariage eût été fait, et le duc de Bretagne joint avec lui, l'État du roi et de ses enfants eût été en péril. Et c'est la seconde faute que fit le Bourguignon, qui n'avait qu'à donner sa fille au duc de Guienne5 pour faire repentir à jamais le roi de la guerre qu'il venait de recommencer.
Ce fut durant cette guerre4 que Louis XI fit tenir les Étals à Tours, pour procéder contre le duc de Bourgogne comme contre un vassal désobéissant et rebelle pour avoir pris alliance avec Édouard, roi d'Angleterre, ennemi capital de la couronne de France, et avoir reçu de lui l'ordre de la Jarretière ; pour être venu avec des navires de guerre dans les havres et ports de [Normandie, à dessein de s'en emparer et d'usurper la seigneurie de ce duché ; pour avoir fait saisir les deniers, denrées et marchandises des Français à la foire d'Anvers; et pour n'avoir pas tenu ni accompli plusieurs choses qu'il avait solennellement promises et jurées. Et pour ces causes il fut dit que le