Jean de Bourgogne
4. Il est promis, par le traité du Crotoy, de lui rendre Amiens. Saint -Quentin, Roye et Montdidier, comme aussi les prévôtés de \ imeu et de Foulloy en Beauvoisis, avec toutes leurs ap|tarlenances et dépendances; mais il n'\ est point jiarlé de la promesse faite par le duc d'abandonner au roi les ducs de (Juienne et de Bretagne, comme le dil Comines, qui était encore au service du duc de Bourgogne et très-bien informé de ce qui se jasait à sa cour. Ainsi, pour ne rien ôler au témoignage d'un historien qui assure qu'il n'écrit rien qui ne soit vrai et qu'il n'ait vu ou su de personnes dignes d'être crues (chap. ni du liv. Y ), ou peut dire avec beaucoup de vraisemblance que cette promesse lut un article secret que le duc ne voulut pas laisser mettre dans le traité, pour éviter les plaintes et les reproches de l'ambassadeur de Bretagne, qui résidait actuellement auprès de lui et qui le suivait partout.
confesseur, ne voulut rien signer quand il eut appris la mort de ce prince1; de sorte que le duc de Bourgogne reçut trois mauvaises nouvelles à la fois : que le duc de Guienne, son bon ami, était mort ; que le roi avait déjà repris presque toutes les villes de cette province ; et que le nouveau traité d'Arras, où il disait que ses ambassadeurs avaient excédé leurs pouvoirs, ne serait point exécuté ni, par conséquent, Amiens et Saint-Quentin rendus. Punition bien méritée par le Bourguignon, qui n'avait conclu ce traité que pour ravoir ces deux places et pour se déclarer après contre le roi en faveur des ducs de Guienne et de Bretagne, qu'il avait promis et juré d'abandonner, ainsi que le raconte amplement Comines, qui a bien raison de dire que l'intention de ces deux princes n'était que de se tromper l'un l'autre.
Mais s'il m'est permis de juger ici de leur conduite, il me semble que la justice était toute du coté du roi ; et que c'aurait élé folie à lui de ratifier un traité dont le duc ne demandait l'exécution que pour le trahir après qu'il aurait recouvré Amiens et Saint-Quentin, sous couleur que le roi n'avait pas gardé les traités de Conflans et de Péronne. Ajoutez à cela que Louis, qui s'était prudemment abstenu de signer et de jurer la paix d'Arras, dont tout le profit allait au Bourguignon, ne pouvait être accusé de l'avoir violée ; et qu'au contraire, ce duc qui l'avait signée et jurée avec propos délibéré de tromper le roi et d'assister ses ennemis, comme le prouve la lettre de créance dont parle ici Comines, avait fait une action de perfide et de parjure qui mettait le roi en droit de le tromper lui-même2, selon ce beau mot de Tacite : Nec dégénères insidiœ adrersùs violatoretn fidei. Ainsi, je ne serais pas du sentiment de \Vicquefort,'qui dit que Comines fait ici en la personne de Louis XI le caractère de l'infidélité \ lui qui loue partout sa sagesse, et qui assure que Dieu l'avait créé plus sage, plus
\. Utcumquè se res inclinant, ilà ambulant Ferderaj dit Erasme ; c'est-à-dire les princes observent leurs traités selon que leurs a (Ta ires vont bien ou mal.
2. Jean de Saint-Gelais parlant de la mauvaise foi de ce duc envers Louis XI, loue ce roi de l'avoir trompé : « J'ai lu, dit-il, quelque poëHe qui dit que tromper un trompeur n'est point tromperie, mais louange. »