Section XII du liv. I,r de son Ambassadeur
libéral et plus vertueux en toutes choses, que tous les princes qui régnaient de son temps1.
Quant aux deux ambassadeurs qui conclurent cette paix d'Arras avec le Bourguignon, je ne puis, à cause de la connexité que les ambassades et les traités ont ensemble, m'exempter de faire quelques remarques sur le conseil qu'ils se mêlèrent de donner à ce duc de faire avancer son armée, afin que le roi, leur maître, au nom de qui ils avaient juré la paix, ne pût différer de lui rendre Amiens et Saint- Quentin2. Je dirai donc qu'il n'est pas permis à un ambassadeur de conseiller le prince auprès duquel il réside, au préjudice de celui dont il représente la personne ; et que l'ambassadeur qui le fait est criminel de lèse-majesté et mérite d'être puni du supplice des traîtres, d'autant qu'il entre dans un intérêt contraire à celui du maître et de l'État qu'il sert. Et si l'on me dit que le seigneur de Craon et le chevalier Doriole avaient conseillé au duc de ne retirer point de la frontière de Picardie son armée, qui était la plus belle et la plus nombreuse qu'il eût jamais eue, que le roi ne lui eût rendu les deux villes promises par le traité ; parce qu'ils savaient en leur âme que le roi n'avait nulle intention de les rendre , et qu'il ne les rendrait jamais si le duc ne l'y contraignait les armes à la main : je répondrai que cette raison est bonne pour prouver qu'ils avaient traité de bonne foi et sans fraude avec le duc ; mais que, bien loin de les justifier envers le roi, à qui ils devaient doublement leur foi, et comme sujets et comme ambassadeurs, elle les convainc de trahison, puisqu'ils découvraient le secret de leur maître à celui à qui leur caractère et l'intérêt de l'État les obligeaient de le cacher ; d'autant plus qu'ils ne pouvaient pas ignorer que la haine du roi et du duc était irréconciliable. C'est pourquoi je ne doute point que si Louis XI eût su l'avertissement qu'ils avaient donné au duc, il ne leur eût fait couper la tête, lui qui, trois ans auparavant, avait fait emprisonner le cardinal de La Balue, et enfermer dans une cage de fer Guillaume d'Haraucourt, évêque de Verdun, pour avoir conseillé a son frère de n'accepter point d'autre partage que celui de Champagne et de Brie, que le Bourguignon lui avait