TRAITÉS ENTRE LE DANEMARK ET LA SUÈDE
J'ai déjà marqué dans le chapitre précédent comment les rois de Danemark Christian I", Jean II et. Christian II furent successivement élus rois de Suède, et que ce dernier ayant été dépouillé de ces deux royaumes, les deux nouveaux rois, Frédéric et Gustave, pour se fortifier l'un l'autre dans leur invasion, tirent une étroite alliance ensemble. Celle bonne intelligence dura jusqu'au temps de Frédéric II, roi de Danemark, et d'Éric, roi de Suède, dont le premier était petitfils de Frédéric, et l'autre fils de Gustave. Ces deux rois curent guerre ensemble, et renouvelèrent toutes les anciennes prétentions que les rois de Danemark et de Suède avaient les uns contre les autres. Tous ces diiïérends furent terminés en 1570, par le traité de Steltin, qui a depuis servi de règle dans les huilés qui ont suivi entre ces deux couronnes, et dans lesquels il a toujours été confirmé, hormis duns les articles auxquels ces derniers traités apportaient quelque changement. Ainsi, encore que ce traité ayant été fait en 1570 excède de beaucoup l'année 1598 , que je me suis proposée pour mon époque , je crois néanmoins nécessaire de faire connaître ce qu'il portait , parce qu'il
LIVKE 11. — CHAPITRE 11.
fait encore loi entre les rois de Danemark et deSuède dans les articles auxquels les derniers traités n'ont point dérogé.
Traité de Stettin entre Frédéric II, roi de Dammark, et Jeun III, roi de Suéde ( 1570 j.
L'origine du difl'érend entre les rois de Danemark et de Suède provenait de ce que Magnus, duc de Holstein, frère de Frédéric 11, roi de Danemark , ayant cédé à ce roi le tiers qu'il avait au duché de Holstein, avait eu en échange les diocèses d'OEselet de Courlande.que ce roi avait achetés peu auparavant de l'évêque Jean de Munchause; et outre cela Magnus avait encore acquis de l'évêque de Revel ses droits sur la province de Revel que les Moscovites occupaient dans la Livonie, hormis la ville même de Revel qui était en la puissance des Suédois. Il arriva peu après que le gouverneur de Revel pour Fric, roi de Suède, se saisit d'un monastère que Magnus prétendait dépendre de son diocèse, et quelques autres places appartenant au roi de Pologne, et en môme temps il défendit à ceux de Lubeck le commerce de Narva, ville occupée par les Moscovites, voulant qu'ils portassent en droiture leurs marchandises à Revel. Cela obligea la ville de Lubeck, et ensuite les rois de Danemark et de Pologne, de lui faire la guerre, qui fut poursuivie avec divers succès, le plus souvent désavantageux au roi de Suède Éric et à Jean 111 , son frère et son successeur, sur lesquels Frédéric prit Flfsbourg et même renouvela ses prétentions sur la couronne de Suède, autrefois possédée par ses prédécesseurs; et, d'autre part, les rois de Suède renouvelèrent leurs prétentions sur la Norvège, la Scanie et plusieurs autres îles et provinces dépendantes du Danemark, qu'ils soutenaient avoir autrefois appartenu aux rois de Suède. Enfin la paix entre tous ces princes fut conclue à Stettin au mois de décembre 1570, par l'entremise de l'empereur Maximilien, dont le duc de Poméranie était le premier commissaire, du roi de France Charles IX, qui avait envoyé Charles de Sancy de sa part à cette conférence, et de plusieurs princes de l'empire.
Par ce traité, le roi de Suède céda à l'empereur les lieux qu'il possédait dans la Livonie, et que l'empereur donna en même temps en fief
au roi de Danemark, ensemble les diocèses de Rcvel et d'OEsel, l'abbaye de l'adis, Sonnebourg et Hapsel. On convint néanmoins que le roi de Suède garderait Revel et Vittenstein jusqu'à ce qu'on eût transigé avec lui touchant les frais qu'il avait faits dans la défense de Revel ; que le roi de Danemark tâcherait de faire retirer les Moscovites, et son frère Magnus qui avait pris leur parti , et qu'ils avaient déclaré roi de Livonie ; que les trois rois de Danemark, de Pologne et de Suède enverraient vers Magnus pour voir s'il voulait la paix , et que s'il la refusait ils lui feraient conjointement la guerre; que les limites du royaume de Danemark et de Suède demeureraient comme par le passé; que le roi de Danemark rendrait aux Suédois Elfsbourg, cl renoncerait de bonne foi à ses prétentions sur le royaume de Suède; que le roi de Suède renoncerait pareillement à ses droits sur la Norvège, la Gotland et la Halland, la Scanic et la Blekinge, et abandonnerait pour jamais les armes de Danemark, les provinces de Jemptic et de Heredalie, dépendantes de la Norvège, avec toute la juridiction ecclésiastique ; que chacun des deux rois pourrait retenir dans son écusson les trois couronnes qu'ils prétendaient l'un et l'autre être leurs propres armes, jusqu'à ce que la chose eût été décidée par l'empereur, assisté des électeurs de Saxe et de Brandebourg, de Jules, duc de Brunswick, et de George-Jean, comle palatin, au jugement desquels les deux rois déclarèrent qu'ils se rapporteraient ; qu'ils se rendraient réciproquement les vaisseaux pris de part et d'autre; que le roi de Suède payerait à celui de Danemark deux cent mille écus pour les frais de la guerre; que si un sujet d'un des deux rois, ayant encouru l'indignation de son roi pour quelque faute, se réfugiait dans les Etats de l'autre roi, il serait reçu et protégé, et qu'on y jugerait s'il était coupable, sur ce que le roi, son souverain, alléguerait et prouverait contre lui; que la liberté du trafic de Narva continuerait comme elle avait été par le passé à l'égard des deux royaumes et de la manière que l'empereur le réglerait à l'égard des sujets de l'empire; enfin ils convinrent qu'il y aurait alliance offensive et défensive entre les deux rois et leurs royaumes, et qu'en cas qu'il survint quelques différends entre eux à l'avenir, ils seraient réglés par un nombre égal de sénateurs de l'un et de l'aulre royaume, qui choisiraient des surarbitres s'ils ne convenaient pas.