‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 153 sur 269 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

Gomme le roi de Danemark et ses alliés avaient pris pour prétexte de la guerre qu'ils avaient faite à la Suède quelques hostilités que les Suédois avaient faites contre l'électeur de Brandebourg, en conséquence de leur alliance avec la France, Louis le Grand crut qu'il était de son honneur de faire rétablir le roi de Suède dans tous ses États. Ainsi Sa Majesté Très-Chrétienne, dans le projet de la paix qu'elle proposa, au mois d'avril 1678, mit pour première condition l'entière satisfaction de la Suède. Le roi de Danemark refusa d'abord d'accepter la paix à ces conditions , fit fout ce qu'il put pour empêcher ses alliés de faire leur accommodement particulier avec la France, et protesta plusieurs fois contre les traités que les États généraux, le roi d'Espagne et l'empereur firent successivement sans l'y avoir compris.

Enfin quand il vit que les ducs de Brunswick, l'évêque de Munster, et même l'électeur de Brandebourg, avaient aussi été obligés de faire la paix, et que restant seul en guerre contre la France et contre la Suède, tout l'orage fondrait sur lui, il résolut de donner aussi les mains à la paix plutôt que de se mettre en danger d'en faire une encore plus désavantageuse.

Le roi de France, ayant appris cette bonne disposition, donna ordre au marquis de Feuquières , son ambassadeur en Suède , de savoir du chancelier du roi de Danemark s'il agréait que, pour avancer les choses, les conférences pour faire la paix fussent transférées à Lunden , en Scanie, le roi de Danemark ayant consenti à cette proposition, les deux rois envoyèrent leurs plénipotentiaires à Lunden pour y conclure la paix avec l'intervention du marquis de Feuquières et de l'envoyé de l'électeur de Saxe, qu'ils acceptèrent aussi pour médiateur. Mais pendant qu'ils traitaient de la paix à Lunden, le sieur de Meyercrone, envoyé extraordinaire du roi de Danemark en France , la conclut à Fontainebleau avec le sieur de Pomponne, que le roi lui avait donné pour commissaire.

Par ce traité, qui fut signé le 2 de septembre 1679, le roi de France , tant en son nom qu'en celui du roi de Suède , d'une part, et le roi de Danemark de l'autre, rétablirent la paix entre eux, consentirent que toutes les ligues qu'ils avaient faites au préjudice l'un de l'autre fussent rompues, et promirent de n'en plus faire de pareilles. Ils

m HISTOIRE DES TRAITÉS DE PAIX.

convinrent que les traités de Rotscliild , de Copenhague et de Westphalie,et les actes dépendants de celui de Copenhague, demeureraient en leur force et vertu, et qu'ainsi le roi de Danemark reslituerait à la Suède tout ce qu'il possédait des terres cédées à cette couronne par ces traités, ou qui lui apparlenaient avant ces traités, comme Lanscron, Helsinbourg, Mastrand, Vismar, Carlsbourg et le fort de Swinger et autres, cl les îles de Gotland et de Rugen; que le roi de Suède restituerait aussi de sa part au Danemark les places qu'il pourrait avoir occupées dans les États du roi de Danemark ; que les commissaires de Danemark et de Suède s'assembleraient pour régler, en présence et par l'intervention d'un ministre du roi de France, les différends qu'ils avaient au sujet des exemptions des Suédois dans le Sund et dans le détroit du Belt , en sorte que ces exemptions seraient conservées aux Suédois, et qu'on corrigerait les abus qui s'y seraient glissés; que les sujets des deux rois dont les biens auraient été saisis et confisqués à l'occasion de celte guerre, y seraient rétablis, et ne pourraient être recherchés à cause du parti qu'ils auraient suivi, qu'ils pourraient changer de demeure , moyennant quoi ils ne prêteraient serment qu'au roi sous la domination de laquelle ils se trouveraient, et néanmoins jouiraient des biens qu'ils auraient dans les Ktats de l'autre roi ; et enfin que le comte d'Ahlefeld-Langeland serait rétabli dans son comté de Rinxengcn, que le roi avait fait confisquer sur lui, et dans tous ses autres droits. Le roi s'obligea de fournir la ratification du roi de Suède, qui recouvra ainsi par ce traité toutes les places que le roi de Danemark lui avait ôlées pendant le cours de cette guerre.

Traite de paix de Ltraden entre Christian V et Charles XI (1879).

Le roi de Danemark accepta et ratifia sans difficulté le traité de Fontainebleau tant en considération du roi de France qui l'avait passé, que de la paix que ce traité lui donnait. Néanmoins les deux rois ayant jugé à propos que leurs plénipotentiaires examinassent encore les articles de ce traité . afin de lui donner les explications néces-

Page 1