Liv. I de ses Mémoires
4. Anne mourut en 451 4, le 9 janvier, et François épousa la princesse Claude le mois de mai suivant.
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prince de Castille, étant venu à Lyon avec une procuration 1 expresse, signée de la main du roi et de la reine d'Kspagne, et scellée de leur sceau royal, pour terminer en leur nom le différend qu'ils avaient avec le roi Louis, au sujet du royaume de Naples, offrant de leur part de transporter le droit qu'ils y avaient au prince, leur gendre, au cas que Louis voulût réciproquement céder le sien à madame Claude, sa fille, fiancée au duc de Luxembourg2, fils de l'archiduc. Le traité fut conclu le 5 avril, et juré solennellement de part et d'autre devant le grand autel de l'église cathédrale de .Saint-Jean, où l'on célébrait la messe. Aussitôt après le roi envoya, par rklouard Bouillot .son valet de chambre, deux copies de ce traité au duc de Nemours, son lieutenant général a
i, Mariana, chap. xix du livre XXVII de son Histoire, dit que colle commission élait fort limitée, et qu'âpre? le départ de l'archiduc Ferdinand, qui ne se fiait pas entièrement à lui et encore moins aux ministres flamands dont il se servait, lesquels il croyait être tout Français dans le cœur, lui envoya par l'abbe de Saint-Michel de Cuxa une nouvelle instruction et un nouveau pouvoir, avec ordre à l'abbé de ne lui point donner le pouvoir s'il m» suivait celle instruction; que l'archiduc ayant commencé à traiter avec le roi de Fiance et le cardinal de Rouen, tout autrement que son instruction ne |K>rlail, l'abbé l'avertit de no passer pas plus outre, sans en donner avis auparavant au roi son beau-père; mais que l'archiduc se voyant entre les mains du roi Louis, qui le pressait vivement, ne put s'exempter de conclure; d'autant moins que ceux de son conseil le lui persuadèrent ainsi : ce qui les lit soupçonner d'avoir été gagnes par argent. Quoi qu'il en soit, le Comincs espagnol raconte que Louis XII avait coutume de diie que les ministres de son voisin, l'archiduc Philippe, étaient aussi Français que le vin d'Orléans ; chap. l.vi, note m \. Quant à la commission de l'archiduc, le Nardi dit, au contraire, qu'elle était pirna et nssoluhi . et que pour cela il partit de Ljon très-mécontent du procédé du roi Ferdinand, qui n'avait point voulu ratifier son traité. Je rapporte ici ce que ces historiens en ont dit, afin que les lecteurs puissent mieux discerner la vérité que Mariana, homme d'ailleurs très-sincère, semble avoir deguiéeen cet endroit.
i. Mariana dit la chose autrement. « La substance de cet accommodement, dit-il, était, ou que le roi d'Espagne cédât à don Carlos, son petit-fils, la part qui lui appartenait au royaume de Naples, et le roi de France la sienne à Madame Claude, sa fille, promise à don Carlos; et qu'en attendant que ce mariage s'accomplit, la part de Ferdinand fût mise en dépôt entre les mains de l'archiduc ou de ceux qu'il nommerait, et l'autre demeurai au pouvoir des Français, ou que Louis XII et Ferdinand gardant chacun leur part, la Capilanaln, dont ils étaient en dispi le. lu! mise en dépôt. Mais, ajoute-t-il , ces deux expédients étaient hors de r.iison, car le premier laissait les Français maîtres de leur part et ôtait a Ferdinand la sienne, puisqu'il eût été obligé de retirer de ce rojaume tous les Espagnols qui y demeuraient ; et par le second, le différend qui était entre les deux rois, au sujet des limites de leur partage, restait au même état qu'auparavant. » Ibid.
66 OBSERVATIONS HISTORIQUES ET POLITIQtES
Naples, qui en rendit une à Gonç&lo Fernandez, lieutenant général de Ferdinand, auquel le prince Philippe en donna pareillement avis par Jean Edin, son fourrier principal ; mais Gonçalo ne laissa pas de continuer la guerre, et même avec plus de violence qu'auparavant, disant qu'il voulait avoir un ordre exprès de son roi. celui de l'archiduc ne suffisant pas. Mariana ajoute qu'il répondit qu'il n'exécuterait point ce que l'archiduc lui ordonnait jusqu'à tant qu'il eût informé le roi son maître de l'état où étaient les affaires de Naples, que les Français avaient commencé la guerre mal à propos et sans sujet, et que maintenant qu'ils avaient perdu le jeu, il ne pouvait ni ne devait accepter une semblable paix, qu'il savait bien ce qu'il devait faire, et qu'il irait en personne donner sa réponse au duc de Nemours. Tout cela montre que le prince et le ministre s'entendaient bien ensemble1, et que Ferdinand rompait aussi facilement un traité qu'une feuille de papier. Il était dit par celui de Lyon : « Que le roi très-chrétien signifierait le « présent traité a Monsieur de Nemours, et lui ordonnerait expressé- « ment de le faire observer et de faire cesser tous exploits et actes de « guerre, et que monsieur l'archiduc, au nom et de la part du roi et « de la reine d'Espagne, le signifierait en même temps à Gonçalo Ferci nandez, et lui ordonnerait de faire le semblable. » Or, si la procuration de l'archiduc était suffisante pour conclure la paix avec le roi de France, comme l'on n'en peut pas douter, il avait un pouvoir suffisant pourordonner a Gonçalo de faire cesser la guerre. Mais, dit Saint- Gelais, tout cela venait peut-être de l'ancienne cautclle de celui qui en savait bien faire d'autres. Le Nardi, à mon avis, a deviné la vraie cause de ce procédé, Gonçalo, dit-il, refusa d'obéir à cet ordre parce que, se trouvant alors le plus fort dans le royaume de Naples, il espérait qu'avant qu'il eût reçu nouvel ordre de son maître de mettre bas les armes et de vivre en paix, il aurait fait de si grands progrès sur les Français que Ferdinand ne voudrait point ratifier l'accord fait par l'archiduc son gendre avec le roi Louis. Et cela arriva comme il l'avait
\. Il n'en faut pas d'autre témoignage que œ que dit encore le même Mariana, que Ferdinand donnant avis à Gonçalo que l'archiduc allait en Franco pour y traiter la paix, lui commanda de ne rien faire de tout ce que son pendre lui ordonnerait concernant l'exécution de la paix ou de la tre\e qu'il pourrait conclure avec celle couronne.
SUR LES TRAITÉS DES PRINCES. kl
pensé1; car Ferdinand ne ratifia point le traité, se contentant d'envoyer un ambassadeur en France pour proposer au roi de rendre le royaume de Naples à don Frédéric . qui en avait été chassé en 1501 par les Français, parti qu'il savait bien que ce roi n'accepterait jamais, et qu'il ne proposait aussi que pour faire parade d'un faux désintéressement. Au reste, ce traité fut fatal à la France , d'autant que Louis XII, se reposant sur la foi de l'archiduc, négligea de prendre ses sûretés , et donna le temps à Gonçalo de se fortifier et de rétablir les affaires des Espagnols, qui avaient été chassés de la Capitanata*, de la Pouille et de la Calabre. Si bien que, l'année suivante, les généraux français qui, selon le Nardi, ne s'accordaient pas bien ensemble, ayant perdu deux batailles en huit jours : d'Aubigni, celle de Seminare, en Calabre, et le duc de Nemours, celle de Cerignole8, en la Pouille, où il fut tué dès le premier choc , Gonçalo n'eut presque point de peine a se rendre maître des villes de Naples, de Capouc et d'Averse, et de presque tout le royaume. Tant est vrai le dire de Louis XI qu'une bataille perdue a toujours grande queue.
La reine Isabelle de Gastille, femme de Ferdinand, étant morte vers la fin de l'année 1504 4, Ferdinand épousa, en 1505. Germaine de Foix, nièce de Louis XII, qui lui donna pour dot sa part et portion du royaume de Naples et tout ce qu'il y prétendait 5, à condition que