Chap. v du liv. VI et u du liv. VU de ses Mémoires
6. François, marquis de Saluées, le reconnaît ainsi dans une lettre datée du 31 janvier 4533, où il mande à François de Dintvielle, évèque d'Auxerre, alors ambassadeur
L'an 1501, Louis XII fit en octobre un traité de confédération avec l'empereur Maximilien, par le second et troisième articles duquel il était dit que les deux rois approuveraient, ratifieraient et confirmeraient le mariage conclu entre Charles, duc de Luxembourg1, fils de l'archiduc Philippe, et Madame Claude de France2, fille du roi très-chrétien, et que le dauphin de France, s'il en naissait un, soit au roi ou à son successeur, épouserait, dans le temps, une des filles de l'archiduc, à son choix. En faveur du premier mariage, Maximilien promettait de donner à Louis XII l'investiture du duché de Milan, moyennant l'hommage et le serment accoutumés.
Ce traité fut confirmé par un autre fait à Blois en 1504, au mois de septembre, par lequel Louis promettait, au cas qu'il vînt à mourir sans enfants mâles, que les gouverneurs des duchés de Milan, de Gênes et de Bretagne, des comtés d'Ast et de Blois, et de toutes les autres ferres et seigneuries qui étaient de son patrimoine, remettraient, après sa mort et après la consommation du mariage du duc de Luxembourg avec Madame Claude de France, lesdits duchés, comtés et terres patrimoniales entre les mains de cette princesse, à la charge que si elle avait alors quelques sœurs elle serait tenue de leur donner une dot en argent convenable à leur état. Mais ce mariage était trop avantageux à la maison d'Autriche pour pouvoir être accompli de la part de la France. C'est pourquoi, dans une assemblée qui se tint en 1506 au Plessis-Ies-Tours. un docteur célèbre de l'Université de Paris, nommé de Bricot, supplia le roi, au nom de tous les États du royaume, de vouloir donner pour époux à sa fille le duc de Valois, l'héritier présomptif de la couronne, remontrant les grands inconvénients qui arriveraient si Madame Claude épousait Charles d'Autriche ou aucun autre prince
à Rome, que le pape lui ayant envoyé messire Brace Martel avec un bref, pour lever un décime sur les églises de son marquisat, il a répondu : « Que pour être ledit marquisat une dépendance du flauphiné, il devait se régler selon l'ordre de France; et que l'évèque divrée, nonce en Savoie, lui ayant apporté un autre bref semblable , il s'est excusé d'y obéir, disant que son marquisat dépend du roi, au préjudice duquel il ne veut rien faire. »
4. C'est le titre qui lui fut donné le jour de son baptême, au lieu que, selon l'usage de la maison de Bourgogne, il devait être appelé comte de Charolais.
2. Madame Claude lui avait été fiancée le 20 d'août de la même année.
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étranger. Véritablement, dit Jean de Saint-Gelais, le roi, pour vivre en paix et pour s'accommoder au temps, avait tenu quelque propos de marier sa fille avec le petit-fils de Maximilien, mais sans avoir eu jamais intention de l'exécuter, car il était trop sage pour vouloir faire une si grande plaie a son royaume1. Ainsi le Nardi* a quelque raison de dire que, selon l'opinion commune d'alors, ce fut le roi qui se fit présenter cette requête en faveur du duc de Valois, pour avoir de quoi s'excuser honnêtement envers Maximilien et Philippe son fils *. Un cavalier espagnol dit que Louis XII ne rompit ce mariage promis de sa fille avec le prince Charles que pour le frustrer de la couronne de France qui, à son dire, lui appartenait déjà. Et voilà comme il établit son problème : Le roi Jean de Valois, dit-il, eut pour fils Charles, qui lui succéda, et Philippe, duc de Bourgogne. Depuis Charles V, il y eut toujours succession masculine jusqu'à Claude, fille de Louis XII et femme de François d'Angoulême, et pareillement depuis Philppe. frère de Charles, jusqu'à Marie, femme de Maximilien, roi des Romains. Selon ces deux lignes, dont tous les historiens conviennent. Votre Majesté (il parle à Philippe IV, à qui il soutient que le royaume de France appartient plus justement qu'à Louis XIII) est du sang de France, du côté de Marie, épouse de Maximilien, et le roi Louis, qui règne aujourd'hui, en est du côté de Claude, femme de François I"; mais il y a cette différence essentielle que, lorsque Louis XII mourut, Charles, prince d'Espagne, petit-fils de Marie, lequel avait alors quatorze ans, devait, comme mâle, hériter de la couronne plutôt que François d'Angoulême qui y succéda, pour avoir épousé Claude avant la mort de
4. Histoire de Louis XII. i. Liv. IV de son Histoire de Florence.
3. François de Beauquerre dit que Louis XII envoya des ambassadeurs à Philippe, qui depuis peu avait succédé à la couronne de Castille. pour lui représenter qu'il n'avait pas pu refuser une si juste demande aux trois Étals du royaume, qui sont en droit de contraindre les rois dans les choses qui regardent la tranquillité publique. « Id per legatos Philippo régi Castulonensi , quem titulum nuper usurpaverat, statim « significavit, atque excusationem addidit, se tèm grave postulatum. quod ad publiram « totius Gallise tranquillitatem pertineat, tribus ordinibus uno consensu flagitantibus, « qui reges gallos nonnunquàm in ordinem redigere soient, denegare nullo modo po » tuisse. » (Belcarius, Comment, rerum (iallic, lib. X, num. 1.) L'auteur de l'histoire Pacification u m austro-hispano-gallicarutn dit que c'est l'ordinaire des rois de France d'amuser la maison d'Autriche par dos promesse» de mariage. [Chap. n. )
Louis XII, qui la maria tout exprès avec François pour fortifier le droit de celui-ci par un plus proche degré de parenté, d'autant qu'avant ce mariage ils n'étaient que parents éloignés. Era desviado el parentesco. Et une page après il conclut ainsi : par cette loi « que les lis ne filent point, » le royaume de France tombait alors a Charles, prince d'Espagne, et appartient aujourd'hui à son arrière-fils, qui est Votre Majesté l. Je ne rapporte ce raisonnement que pour faire voir la vanité des prétentions espagnoles, qui roulent sur un faux principe, savoir, que François 1er succéda à Louis XII pour avoir épousé sa fille, et que si le prince d'Espagne fût devenu son mari, François ne fût jamais parvenu à la couronne; car il est certain que quand même le prince d'Espagne aurait épousé la fille de Louis XII, il n'aurait pu succéder au plus qu'au duché de Bretagne, dont elle était la légitime héritière, et que François, en vertu de la loi salique, serait demeuré roi de France, du consentement de tous les peuples, comme le plus proche de la ligne masculine, et cousin issu de germain de Louis XII.
Il était dit, par un autre article du traité de Blois, que si le mariage de madame Claude avec Charles venait à manquer par le dédit du roi très-chrétien ou de la reine sa femme, le roi Louis consentait dès ce jour que les duchés de Bourgogne et de Milan et le comté d'Ast demeurassent au duc de Luxembourg, auquel en ce cas il les cédait et transportait avec tous les droits et prétentions qu'il y avait,, et pareillement que si la rupture de ce mariage venait de la part de l'Empereur ou de l'archiduc, son fils, l'un renoncerait à tous les droits qu'il avait ou qu'il pouvait avoir au duché de Milan et aux autres seigneuries que le roi tenait dans l'empire, et l'autre à toutes les prétentions qu'il avait au duché de Bourgogne et aux comtés de Màcon et d'Auxerre et à la seigneurie de Bar-sur-Seine, transportant dès lors au roi très-chrétien et à Madame Claude les comtés d'Artois et de Charolais et les seigneuries de Noyers et de Château-Chinon. Mais quoique le roi Louis eût manqué à sa parole, Maximilicn, qui manquait toujours d'argent, aima encore mieux lui donner l'investiture du duché de Milan que de lui rendre les
1 . Don Juan Jauregui, dans un Mémoire adressé au roi d'Espagne après la rupture dos deux couronnes, en 4635.
kk OBSERVATIONS HISTORIQUES ET POLITIQUES
deux cent mille francs qu'il avait reçus par avance pour cette investiture** Où il est à remarquer que cet empereur donna deux investitures de ce duché à Louis XII, Tune le 7 avril 1505, l'autre le 14 juin 1509. La première, qui est celle d'Haguenau, comprend conjointement madame Claude et Charles, duc de Luxembourg, en qualité de futurs époux (pro illustri Cfaudid, filid sud primuyenitd, oc pro illustri Carolo, archiduce Austricp, principe Castellœ et duce Lu.remburgi , prœnominatœ Claudiœ sponso) ; mais la seconde, qui est datée de Trente, porte : pro illustrissimâ domind Claudid, ejus filid, illiusque fufuro sponso, sans exprimer le nom de ce futur époux, quoique madame Claude eût été fiancée solennellement avec François, duc de Valois, dès l'année 1506 2. Il est bien vrai que quelques lignes après François est compris à son tour dans cette investiture, mais non point en qualité d'époux de cette princesse, tant ce mariage causait de douleur a Maximilien, qui par là se voyait frustré pour la seconde fois de l'espérance de faire entrer dans sa maison le duché de Bretagne, dont Claude était l'unique héritière. Si l'on en croit Martin du Bellay -\ la reine Anne n'étaiï pas plus contente de ce mariage que Maximilien même, dont elle aimait mieux le petit-fils pour sa fille (car elle avait le cœur autrichien) , que le duc de Valois, de qui elle haïssait extrêmement la mère, ainsi qu'il arrive d'ordinaire entre le? dames qui se trouvent à peu près égales en naissance, en beauté, en fortune et en crédit. De* sorte que si Louis XII fût mort le premier, comme elle s'y était fort attendue, elle aurait sans doute entièrement rompu ce mariage, qui de son vivant n'avait jamais pu s'accomplir, quoique sa fille et le duc eussent l'âge requis plus de deux ans avant qu'elle mourût*.
Si Louis XII trompa Maximilien, dans les traités de Trente et de Blois, il fut trompé lui-même à son tour dans tous ceux qu'il fit avec Ferdinand, roi d'Aragon. L'an 1502. Philippe, archiduc d'Autriche et
\. Ducmla miUia francoritm, (/utr tircrpimux pro ilirtà inrrsliturâ. Dans Parle de l'investiture expédié à Haguenau.
1. Le 2i mai, auquel se rencontrait la fêle de l'Ascension, selon Sevssel.