Lettre CCCXXV
que ses mignons avaient plongé dans le luxe, ne profita guère d'une si bonne leçon. Au reste, les Suisses avaient alors d'autant plus de sujet de se plaindre, qu'il leur était dù des sommes immenses, puisqu'aux États de Blois de 1576 il se vérifia que les intérêts échus montaient déjà à 4,500 livres par jour (?)
Henri IV, étant parvenu à la couronne, se trouva dans un si mauvais état que, bien loin de pouvoir payer aux Suisses tout ce qui leur était dû de leurs pensions, il n'avait pas seulement la vingtième partie de ce qu'il lui fallait pour soutenir la guerre contre la Ligue, de sorte qu'il fut à la veille d'être abandonné des cantons, dans un temps où leur amitié lui était absolument nécessaire; mais il sortit heureusement de cet embarras par la prudente résolution de François Hotmann de Morfontaine, son ambassadeur, qui, faisant bouclier de son zèle pour le bien de l'État, contre les jugements d»> la cour, y vint sans permission pour représenter de vive voix au roi le danger prochain où il était de perdre l'amitié des Suisses s'il ne se hâtait de leur donner quelque satisfaction capable de les retenir dans son alliance. Et cela réussit si bien à Morfontaine, malgré les ministres du roi qui lui faisaient un crime d'État2 d'être venu sans ordre, que le roi lui en sut très-bon gré, et le renvoya avec une somme d'argent dont les Suisses voulurent bien se contenter, pour le présent, quoiqu'elle fût médiocre : tant ils furent édifiés de la sagesse et de la constance de l'ambassadeur. Cela se passa en 1598.