Les sieurs Megret et Boisrigaut
royaume 4. Et peu de jours après, il reçut en effet la nouvelle de la paix faite par l'entremise de ses ambassadeurs entre les cantons catholiques et ceux de la confession d'Augsbourg. Et les uns et les autres s'en tinrent si obligés que, pour lui en témoigner leur reconnaissance, non-seulement ils lui accordèrent, l'année suivante, une levée de dix mille hommes de leur pays, avec offre de lui en fournir tel nombre qu'il voudrait ; mais encore ils chassèrent honteusement l'ambassadeur qui résidait auprès d'eux de la part de l'empereur, lui reprochant que toutes les cabales qu'il faisait, pour les détacher des intérêts de la France, ne tendaient qu'à les détruire eux-mêmes 5.
En 1549, ils renouvelèrent avec Henri 11 l'alliance perpétuelle que le roi son père avait faite avec eux, malgré toutes les oppositions qu'y firent les cantons protestants, qui n'étaient que trop informés du cruel plaisir que ce roi prenait à faire et à voir brûler à Paris les luthériens et les calvinistes.
En 1551, Henri, qui avait alors besoin de leur amitié, leur accorda quelques nouvelles franchises pour ceux de leurs sujets qui fréquentaient les foires de Lyon ; et l'année suivante, pour se les rendre encore plus affectionnés, il leur fit l'honneur de les choisir pour parrains de son quatrième fils qu'ils nommèrent Hercule, lequel prit le nom de François après la mort du roi son père.
Pour François II et Charles IX, ils furent assez occupés à traiter, malgré qu'ils en eussent, avec les huguenots de France. Ainsi, l'on ne trouvera point ici de traités faits de leur temps (1551).
En 1579, Henri 111 en fit un particulier avec les cantons de Berne et de Soleure qui, alarmés des bruits qui couraient de plusieurs entreprises que le duc de Savoie formait contre la ville de Genève, leur alliée par combourgeoisie, avaient imploré son secours et son assistance pour maintenir et conserver cette ville et son territoire en l'état où elle se trouvait alors, de peur que venant à changer de main, la paix et tranquillité générale du pays des Ligues dont elle est une des clefs et des boulevards, n'en fût troublée, et qu'il ne s'allumât en ce
4. Lettre do François I" à François de Dintevillc, évoque dWuxerre, son ambassadeur à Rome, du il no\eml>re 1.V3I.
2. Lettre d'Anne de Montmorency au même ambassadeur, du 26 'Oùt 1 532 .
pays-là. quelque guerre dont le feu se répandît dans les États des princes voisins. Et c'est pour cette même raison que Henri IV fit comprendre la ville de Genève dans la paix de Vervins : non pas nommément, de peur de choquer le Pape, mais sous la clause générale des alliés et confédérés des seigneurs des Ligues. Et quant à l'intérêt qu'avait la France de protéger Genève contre les ducs de Savoie, le cardinal d'Ossat en parlait très-pertinemment lorsqu'il représentait à la cour de Rome que cette protection importait à la couronne de France, non pour aucune affection que le roi très-chrétien portât à cette ville qui, par la contagion de l'hérésie, avait causé tant de maux à son royaume, mais parce que c'était le seul passage que la France eût pour faire venir les Suisses quand elle en aurait besoin , et qu'ainsi elle ne devait pas souffrir que ce passage lui fut fermé *. Et parlant de l'entreprise que le duc Charles-Emmanuel fit sur Genève à la fin de 1602, il dit que ce fut de concert avec les Espagnols pour donner lieu au roi de France de recommencer la guerre et pour faire tomber sur lui toute la haine de l'infraction de la paix, comme il serait arrivé sans doute si cette entreprise eût réussi au duc qui savait trèsbien que Henri IV ne le laisserait pas jouir paisiblement de Genève, et que la guerre qu'il lui ferait au sujet d'une ville qui est le siège et le souverain tribunal du calvinisme, le rendrait odieux au Pape et à tous les princes catholiques 2; de quoi les Espagnols prétendaient tirer un grand avantage.
Le Journal du règne de Henri III fait mention d'une ambassade des cantons suisses venue à Paris en 1582 pour demander le payement de leurs pensions, et de la réponse qu'ils firent, à ce qu'on leur dit, que le roi n'avait point d'argent : « Qu'il n'était pas croyable qu'il en « manquât, lui qui, pour célébrer les noces d'un simple gentilhomme « (c'était le nouveau duc de Joyeuse), venait de dépenser 1,200,000 « écus en habits, en festins, en tournois et en mascarades ; qu'au con- '« traire il fallait qu'il eût de grands trésors amassés dans ses coffres , ou « qu'il eût perdu l'esprit, s'il n'avait pas gardé de quoi payer ses dettes, « ni de quoi subvenir aux autres besoins de son État. » Mais Henri,