Lettre CXLI du cardinal d'Ossat
t. Art. 5. 3. Art. H.
SUR LES TRAITÉS PKS PH1NCKS.
contenter de celui-ci, dont la clause « si l'on peut convenir d'un équivalent à la satisfaction de 8a Majesté très-chrétienne », laisse au roi toute la liberté de ne point rendre Fribourg, sans avoir besoin d'alléguer d'autre raison, sinon qu'il n'agrée pas l'équivalent.
Il était dit, par le douzième article, que le prince Charles de Lorraine serait rétabli dans la libre et entière possession des États et des biens que le duc Charles, son oncle , possédait en 1670 lorsqu'ils furent occupés par les armes de France; mais h condition que la ville de Nanci et son finage demeurerait au roi en toute souveraineté, et qu'outre le chemin accordé par le feu duc au roi, en 1661, pour passer de la frontière de France en Alsace, le prince Charles lui en donnerait encore deux autres pour passer de Nanci à Metz, et de Nanci en Franche-Comté. Et pour le dédommager de la ville de Nanci, le roi, par l'article 17, lui cédait et transportait à lui et à ses hoirs et successeurs, la propriété et souveraineté de la ville de Toul, avec toute sa banlieue , promettant aussi de lui donner, en échange de la ville et prévôté de Longwy, une autre prévoté de pareille étendue et valeur dans l'un des trois évéchés. Mais tout cela ne s'exécuta point, le président Canon, ministre du prince Charles, ayant protesté que son maître n'acceptait aucun des articles stipulés pour lui dans le traité de l'empereur, et demandé qu'ils fussent rayés comme nuls à son égard. Tout ce que je puis dire, pour rendre témoignage à la vérité, c'est que si le feu prince Charles eût été l'oncle ou le prédécesseur de celui dont il a eu le malheur d'être le neveu et le successeur, la Lorraine serait encore tout entière entre les mains de ses ducs.
Quoi qu'il en soit, l'article de ce traité, qui fut le plus débattu et qui coûta davantage a l'empereur, fut le second, qui porte « que la paix de Munster sera rétablie en sa première force et vigueur, et demeurera à l'avenir en son entier; » d'autant que le roi très-chrétien avait obtenu par cette paix la liberté de passer par terre et par eau dans les terres de l'empire, toutes les fois que les princes d'Allemagne, ses alliés, auront besoin de son secours. Les plénipotentiaires de l'empereur, qui savaient combien cette convention resserrait étroitement l'autorité impériale, firent tous leurs efforts pour abolir ou pour ébréi. 13
194 OBSERVATIONS HISTORIQUES ET POLITIQl'KK
Cher au moins un droit qui servait de bouclier aux princes et aux Etats de l'empire sur la liberté desquels on voudrait entreprendre.
Enfin la guerre ayant recommence" en 1684, au sujet du comté d'Alost, dont le roi de France s'était saisi et dont le roi d' Espagne refusait de lui donner l'équivalent, après le lui avoir offert, il fit assiéger Luxembourg, et au bout d'un mois entra victorieux dans cette place, que les Espagnols et les Flamands croyaient inexpugnable.
Deux mois après la prise de Luxembourg, il se fit à Katisbonne une trêve pour vingt ans, entre l'empereur et le roi, et une autre de même date entre la France et l'Espagne, conclue par l'empereur au nom du roi catholique, en 1686. C'est à cette trêve, ou, pour parler plus juste, c'est à la bonne foi avec laquelle le roi l'a observée, que l'empereur est redevable des progrès qu'il a faits en Hongrie, après s'être vu à deux doigts de perdre ce royaume, ainsi que l'Autriche et tous ses autres pays héréditaires. Obligation dont toute la chrétienté tiendra compte à Louis le Grand dans les siècles à venir, puisque l'empereur et toute la maison d'Autriche en ont été si |>eu reconnaissants.
[C'est ici que se terminent les Observûtiotti sur 1rs Traités des princes. Elles nous ont offert la série des négociations les plus remarquables depuis la paix d'Amis, en 1435, qui préparait l'expulsion des Anglais hors de France, de môme que le traité de Cateau-Cambresis, de 1559, en leur enlevant le dernier poste qu'ils possédaient dans ce royaume, minait le plan qu'ils avaient formé depuis deux siècles, d'avoir toujours quelques places fortes sur les côtes, à la faveur desquelles ils pourraient toujours renouveler leurs invasions.
Cette étude, en faisant ressortir le caractère de la politique durant une longue et importante période, nous a conduits jusqu'au traité de Vervins. qui relève et constitue la France, anéantit la Ligue et ensevelit les prétentions de l'Espagne a la couronne de saint Louis.
C'est à cette mémorable époque de 159S que commence l'œuvre de Torcy.
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Nous n'hésitons pas à nommer ici tout d'abord le véritable auteur de ce manuscrit, bien qu'il ait été mis au jour sous le nom de M. de Saint- Prest, directeur des archives du Ministère des Affaires Étrangères, et assurément un des plus actifs collaborateurs de M. Torcy.
L'ouvrage, source précieuse de notions que l'on ne trouve point ailleurs, n'était originairement destiné qu'à l'usage particulier du Ministère; mais, assure-t-on (par un innocent artifice), une copie passa en des mains infidèles et fut remise aux libraires de Hollande, qui la firent imprimer et la publièrent en deux volumes in-folio, au millésime de 1725.
L'histoire des traités du xvn* siècle se compose de matériaux qui ont dû être dès longtemps et successivement réunis; et lorsque l'on se rappelle la carrière "que l'auteur a parcourue, on reconnaît facilement que ce travail est le fruit des études qu'il avait commencées de si bonne heure.
En effet, Torcy, né à, Paris le 14 septembre 1665, était encore fort jeune lorsque son père, le marquis de Croissy qui occupait le poste d'ambassadeur à Londres, le fit venir auprès de lui. Peu après la paix de Ximègue, le marquis de Croissy fut nommé Ministre des Affaires Étrangères, en remplacement de Pomponne. Torcy avait alors seize ans, et dès cette époque il fut initié aux travaux du département. La lecture des dépêches l'avait mis au courant des formes et de la marche des négociations ; dans ses missions en Danemark , a Hambourg, à Berlin, à Ratisbonne, à Vienne, à Munich, à Rome, à Naples et en Angleterre, il avait vu la plupart des hommes avec lesquels il devait avoir a traiter dans la suite. Quinze ans de travaux assidus, sous la direction de son père et du marquis de Pomponne, dont il avait épousé la fille, l'avaient instruit à fond des intérêts opposés des puissances, de leurs forces, de leurs projets, ainsi que des moyens a employer, soit pour les maintenir dans l'alliance de la France, soit pour rompre les ligues qui se formaient contre le royaume. Peu d'hommes sont arrivés au Ministère avec de pareils avantages; et jamais la France dans la position critique où elle se trouva bientôt, n'eut plus besoin d'un Ministre qui, comme le marquis
de Torcy, réunissait à un dévouement sans bornes un «'sprit fin, délié, fécond en ressources, et une grande habitude des affaires. Il dirigea le Cabinet pendant dix-neuf ans, avec autant d'habileté que de bonheur; et pour le caractère, pour le talent, il sVst montré le digne émule des Sully, des Jeannin et des Dossat.]
[Il manquait aux deux ouvrages que nous reproduisons, une indication chronologique fort utile. Le lecteur n'avait pas sous les yeux la liste des Ministres qui, en France, ont présidé aux différentes transactions que renferment ces livre>. Nous avons paré à cet inconvénient.
La liste que nous donnons ici remonte à l'époque où les Affaires Étrangères étaient partagées entre les quatre secrétaires d'Etat* suivant une répartition réglée par Henri II, en (547. Ce fut Henri III qui changea cet ordre d'expéditions « pour conserver le secret du gouvernement. > Le janvier 1^89, il remplaça messieurs de Villbhot, Pinard et Brislaht. on donnant la Guerre à M. de Rkvol et les Affaires Etrangères à M. RczB de Bkavubc. Les deux autres secrétaires d'Étal furent messieurs de (Jbsvbbs et de Fbesnb.
Afin de ne point scinder cptte liste, qu'il faudrait compléter plus tard, nous l'avons continuée jusqu'à ce jour.]