‹ Répertoire du théâtre français (volume 2)Chapitre 209 sur 514 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

SOSIE

Que me dites-vous là?

SIMON

Je retourne au logis, Dans le fond de mon cœur pestant contre mon fils, Et n'osant pourtant point lui montrer ma colère; Car il n'eût pas manqué de me dire : « Mon père , a Quel mal ai -je donc fait? Quel crime ai-je commis? m J'ai donné du secours à la sœur de Chrysis ; • Dans la flamme elle tombe , et ma main l'en retire. » Tu vois bien qu'à cela je n'aurois riep à dire.

SOSIE

C'est savoir à propos dompter sa passion.

Le quereller après une telle action !

Après un mauvais coup que pourroit-il attendre?

SIMON

Chrêmes ne voulant plus de mon fils pour son gendre,

Vint dès le lendemain pour me le déclarer,

Ajoutant qu'on n'eût pu jamais se figurer

Que mon fils, sans égard , sans respect pour son père,

Vécût, comme il faisoit, avec cette étrangère.

Moi , de nier le fait; lui , de le soutenir.

Je m'emporte... Mais lui, ne cherchant qu'à finir,

J'eus beau lui rappeler sa promesse et la mienne,

Il me rend ma parole et retire la sienne.

SOSIE

A Pamphile aussitôt vous fîtes la leçon ?

SIMON

La réprimande encor n'étoit pas de saison.

SOSIE

Comment?

SIMON

Il m'auroit dit, comme je m'imagine :

« Mon père, en attendant le cfcoix qu'on me destine , « Et pour lequel enfin je vois tout disposer , « Prêt a subir le joug que l'on va n'imposer, » Dans le reste du temps, qui ne durera guère, « Qu'il me soit libre, au moins, de vivre à ma manière. »

sosie.

Quel lieu donc aurez- vous de le réprimander?

SIMON

Le refus ou l'aveu me fera décider.

S'il recule ou s'oppose à ce feint mariage,

Tu m'entendras pour lors prendre un autre langage :

D'un ridicule amour, par lui-même éclairci,

Je lui montrerai bien si l'on 4oit vivre ainsi...

Mais suffit. A l'égard de ce maraud de Dave,

Qui depuis si long-temps et me joue et me brave,

Et qui , pour me tromper, fait agir cent ressorts ,

Il fera pour mon fils d'inutiles efforts.

A me fourber aussi le traître veut l'instruire,

Et songe à le servir beaucoup moins qu'à me nuire.

sosie.

Eb! pourquoi donc cela?

Quoi! tu ne le sais pas?

Ah! c'est un scélérat qui ne peut faire un pas... Mais bas te!... Si j'apprends qu'en cette conjoncture Le fourbe contre moi prenne quelque mesure,

Page 1