ACTE I, SCÈNE II
SIMON
Mon fils, qui la plaignoit dans son malheureux sort,
Ne l'a ban don noit pas, même depuis sa mort;
Et tout se disposoit pour la cérémonie
De ces tristes devoirs qu'on rend après la vie.
Plus attentif alors, je Texaminois mieux.
J'aperçus qu'il tomboit des larmes de ses yeux.
Je trouvois cela bon , et dîsois en mon ame :
Il pleure , et ne connotf qu'à peine cette femme ;
S'il l'aimoit, qu'eût-ïl fait en un pareil malheur?
Et si je mourois, moi, que feroit sa douleur?
Je prenois tout cela pour la marque infaillible
De la bonté d'un cœur délicat et sensible.
Mais, pour trancher enfin d'inutiles discours,
On emporte le corps : il y vole, j'y cours.
Je me mets dans la foule, et lé tout pour lui plaire.
Je ne sonpçonnois rien encor dans cette affaire.
SOSIE
Comment! que dites-vous?
SIMON
Attends ; tu le sauras.
Nous allions, nous suivions, nous marchions pas à pas. Plusieurs femmes pleuraient , mais sur-tout une blonde Me parut...
sosie, Vinterrompant.
Belle?... Hein?
SIMON
La plus belle du monde , Mais dont la modestie égaloit la beauté;
334 LANDRIENNE.
Et tant de grâce jointe à tant d'honnêteté La mettoit au-dessus de tont ce qu'où admire. Poussé par un motif que j'aurois peine a dire, Soit qu'elle m'eût touché par son affliction , Ou qu elle eût sur mon cœur mit quelque impression , Je voulus la connoitre; et dans l'instant /appelle Doucement le valet qui uarchoit après elle : Quelle est cette beauté, mon ami, que tu suis? Lui dis-je. Il me répond : c'est la sœur de Chrysis. L'esprit frappé, surpris, et le cœur en alarmes , « Ah ! ah ! dis-je, voici la source de ses larmes... « Voilà donc le sujet de sa compassion! »
SOSIE
Je crains que tout ceci n'amène rien de bon.
SIMON
On arrive au tombeau. Là, selon la coutume,
Le corps sur le bûcher se brûle, se consume.
Cette sœur de Chrysis, dans ces tristes moments,
Faisant retentir l'air de ses gémissements,
Se jetant sur ce corps que la flamme dévore,
Pour la dernière fois veut l'embrasser encore.
Pamphile, pénétré des plus sensibles coups,
S'avance, presse , accourt, se fait jour parmi nous.
Et, de ses feux cachés découvrant le mystère,
L'arrête; et, tout rempli d'amour et de colère,
« Ma chère Glicérie, hélas! dit-il, hélas!
m Mourons ensemble, au moi us!... » Elle tombe en ses bras.
Leurs yeux se rencontrant nous firent trop entendre
Qu'ils s'aimoient,dès long-temps, de l'amour le plus tendre,