ACTE I, SCÈNE IV. i
FRONTIN
Je crois pourtant que si.
TIMÀNTE.
Je n'ai pas changé de sentiment.
FROHTIH.
Que venez-vous donc faire ici?
TIMANTE
Je ne la veux revoir que pour lui reprocher sa perfidie.
Oh! oh!
TIMANTE
Que pour rompre avec elle.
FRONTIN
Malepeste !
TIMANTE
Et ne la revoir jamais après cela.
FRONTIN
Tudieu !
TIMANTE
Tu ne le crois point? Tu le verras. Elle me fait rappeler; elle voit le tort qu'elle a; elle veut se justifier : je la défie de me tromper. Elle s'imagine qu'elle me fera croire tout ce qu'il lui plaira; mais je lui ferai bien voir qui je suis. Hélas ! j'ai perdu pour elle les bonnes grâces de mon père ; il a tourné toute son affection du côté de mon frère.
i36 LE MUET.
Je risque tout pour elle ; Mais , assurément , je
ne serai plus sa dupe.
FROHTIN.
Tenez , monsieur, plus vous raisonnerez, plus vous pesterez contre cette jeune veuve ; plus je croirai que vous aurez de la peine à vous dépêtrer d'elle. Vous savez que je ne suis pas nouveau en ces sortes d'affaires? Je sais qu'en amour ce n'est que soupçons, brouilleries , raccommodements: aujourd'hui guerre, demain trêve ; puis on refait la paix. Dans un dépit bien fondé, comme le vôtre, la raison dit fort juste ce qu'on devroit faire; mais il arrive toujours qu'on fait * le contraire de ce qu'a dit la raison.
TIMA5TE.
Va, va, je saurai bien accorder mon amour avec ma raison : nion conseil est pris.
FROtfTlW.
Eh! monsieur, 11 y a long-temps que l'amour et la raison sont brouillés ensemble : ils ne prennent plus conseil l'un de l'autre.
TIMANTE
Tu crois donc que je serai assez lâche pour souffrir son injuste préférence?
PROtfTÏN.
Pardonnez- moi, monsieur : je crois que vous vous plaindrez, que vous vous lamenterez; mais