SCÈNE VI
LE MARQUIS, LE BARON; TIMANTE, FRONTIN, cachés,
le baron, au marquis.
Vous avez toujours prévenu mes désirs, marquis ; et il semble que vous veniez au-devant de moi , comme si vous aviez su- que j'allois chez vous.
LE MARQUIS
L'amitié qui nous joint justifie assez notre em* pressement.
LE BARON
Je vous amène mon fils le chevalier. C'est un fils obéissant, celui-ci, qui n'a jamais été gâté par Frontin , et qui , par sa soumission , me console de toutes les extravagances de son frère. (cherchant le chevalier. ) Approchez, mon fils. (appelant.) Chevalier ! (àpait.)Qu'est-ii devenu ? frontin, bas, à Tintante.
Voilà son fils l'obéissant !
le baron, appelant.
Holà ! chevalier ?. . .
frontin, à part.
Il est déjà bien loin.
i{i LE MUET.
le barok, au marquis.
II faut, sans doute, qu'il lai ait pris soudainement quelque foiblesse. Il y a quelques jours qu'il est d'une langueur et d'un abattement qui m'affligent ; mais la vue d'une jolie personne lui fera revenir ses forces. Nous pouvons toujours les accorder dès ce soir, quitte pour différer les noces de quelques jours, si son indisposition continue. Mais tenons les choses secrètes, pour nous garantir des fourberies de Frontin, qui m'a, déjà débauché Timante , et qui pourrait encore gâter le bon naturel du chevalier, dont je suis sûr que je ferai tout ce que je voudrai : un agneau n'est pas plus doux. Cest tout le contraire de ce pendard de Timante : aussi va-t-il servir d'exemple de la manière dont on doit punir les fils désobéissants.
LE MARQUIS
En vérité, baron, il faut que je vous aime comme je fais pour consentir à ce mariage avec votre second fils ; et le procédé de Timante suffirent pour me rebuter d'une alliance que j'ai toujours ardemment souhaitée.
LE BARON
Votre fille , au moins , voudra bien accepter le chevalier en la place de Timante?