ACTE I, SCÈNE II. i
X). JUAN
Et quelle réponse as-tu faite?
SGANARELLE
Que vous ne m*en aviez rien dit,
D. JUAN
Mais encore , quelle est ta pensée là-dessUs ? Que t'ima^nes-tu d^ cette affaire ?
SOANARELLE.
Moi? je crois, sans vous faire tort, que vous avez quelque nouvel amour en tête.
D. JUAN
Tu le crois?
SOANARELLE.
Oui.
D. JUAN
Ma foi, tu ne te trompes pas; et je dois t'avouer qu*un autre objet a chassé Elvire de ma pensée.
SGANARELLB.
Hé ! mon dieu ! je sais mon don Juan sur le bout du doi{>^, et connois votre cœur pour le plus grand coureur du monde; il se plait à se promener de liens en liens, et naimè (][uèr^ à demeurer en place.
D. JUAN
Et ne trouves-tu pas, dis-moi, que j'ai raison d*en user de la sorte ?
i6o LE FESTIN DE PIERRE.
SGÀNARELLE.
Hé! monsieur...
D. JUAN
Quoi ? parle.
SGANARELLE
Assurément que vous avez raison , si vous le voulez; on ne peut pas aller là contre: mais, si vous ne le vouliez pas, ce seroit peut-écre une autre affaire.
< D. JUAN
Hé bien ! je te donne la liberté de parler, et de me dire tes sentiments.
SGANARELLE
En ce cas, monsieur, je vous dirai franchement que je n'approuve point votre méthode, et que je trouve fort vilain d'aimer de tous cètés comme vous faites.
Quoi ! tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne? La belle chose de voploir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux! Non, non : la constance n'est bonne que pour des ridicule»;