‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 101 sur 520 · ACTE I, SCÈNE II. i6f · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. i6f

toutes les belles ont droit de nous charmer, et Favantage d*étre rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos coeurs. Pour |noi, la beauté me ravit par-tout où je la ti^ouve, et je cède facilement à cette douce yiolence dont elle nous entraine. J'ai beau être engagé, Ta* mour que j'ai pour une belle n'engage point mon ame à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit , je ne puis refuser mon coeur à tout ce que je vois d'aimable ; et dès qu'un beau visage me le demande , si j'en avois dix mille , je les donnerois tous. Les inclinations naissantes , après tout , ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduirepar cent hommages le cœur d'une jeune' beauté; à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait ; à combattre , par des tranports , par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une ame qui a peine à rendre les armes; à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose ; à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur ; et à la mener doucement' où nous avons envie de la faire venir. Mais lors-

i6a LE FESTIN DE PIERRE,

qu'on en est maître une fois , il n y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, etnous nous endormons dans la tranqnillitë d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur 'les charmes attrayants d*une conquête à faire. Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne ; et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire , et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs; je me sens un coeur à aimer toute la terre; et, comme Alexandre, je souhaiterois qu'il y eût d'autres mondes pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

SG\TTARELLE.

Vertu de ma vie ! comme vous débitez ! Il semble que vous ayez appris cela par cœur, et vous parlez tout comme un livre.

D. JCAN. -

Qu'as-tu à dire là-dessus?

SG AKARELLE.

Ma foi , j'ai à dire... Je ne sais que dire : car vous tournez les choses d'une manière, qii'il semble que vous avez raison ; et cependant il est vrai que vous ne l'avez pas. J'avois les plus belles pen-

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