DONE ELVIRË, D. JUAN, SGANARELLE
DONE BLVIRE.
Me-fere^vons la grâce, don Juan, de vouloir bien me reconnoitre ? etpuis-je au moins e^érer que vous daigniez tourner le visage de ce côté?
D. JUAN
Madame, je vous avoue quefe suis surpris, et que je ne vous attendois pas ici.
iC6 LE FESTIN DE PIERRE.
DONE ELVIRE
Oui, je vois bien que vous ne m* y attendiez pas; et vous êtes surpris, à la vérité, mais tout autrement que jeneFespérois ; et la manière dont vous leparoissez me persuade pleinement ce que je refusois de croire. Tadmire ma simplicité, et la foiblesse de mon cœur à douter d^une trahison que tant d^apparences me confirmoient. J*ai été assez bonne , je le confesse , ou plutôt assez sotte, pour me vouloir tromper moi-même , et travailler à démentir mes yeux et mon ju{]fement. J*ai cherché des raisons pour excuser à ma tendresse le relâchement d'amitié qu elle voyoit en vous ; et je me suis forgé exprès cent sujets légitimes d*un départ si précipité, pour vous justifier du crime dont ma raison vous accusoit. Mes justes soupçons chaque jour avoient beau me parler, j*en rejetois la voix qui vous rendoit criminel à mes yeux , et j'écoutois avec plaisir mille chimères ridicules qui vous peignoient innocent à mon cœur. Mais enfin cet abord ne me permet pfus de douter, et le coup d'œil qui m*a reçue m*apprend bien plus de choses que je ne voudrois en savoir. Je serai bien aise pourtant d'ouïr de votre bouche les raisons de votre départ. Parlez, don Juan, je vous prie ; et voyons de quel air vous saurez vous justifier.