‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 12 sur 520 · ACTE I, SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE H

Et reprenons le fil de ce que j'avois dit. Qaai-jedit?

EURTALE.

Tu parlois d'exercice pénible.

MORON

Ah ! oui. Succombant donc à ce travail horrible ,

Car en chasseur fameux j'étois enharnaché ,

Et dès le point du jour je m'étois découché ,

Je me suis écarté de tous en galant homme ,

Et, trouvant un lieu propre à dormir d'un bon somme ,

J'essayois ma posture, et, m'ajustant bientôt,

Prenois déjà mon ton pour ronfler comme il faut,

Lorsqu'un murmure affreux m'a fait lever la vue ,

Et j'ai , d'un vieux buisson de la forêt touffue

Vu sortir ud sanglier d'une énorme («rondeur

Pour...

EURTALE.

Qu'est-ce ?

MORON

Ce n'est rien. N'ayez point de frayeur : Mais laissez^moi passer entre vous deux, pour cause ; Je serai mieux en main pour vous conter la chose. J'ai donc vu ce sanglier qui, par nos gens chassé, Avoit, d'un air affreux, tout son poil hérissé ^ Ses deux yeux flamboyants ne lançoient que menace , Et sa gueule faisoit une laide grimace , Qui , parmi de l'écume , à qui l'osoit presser Moutroit de certains crocs... je vous laisse à penser. A ce terrible aspect, j'ai ramassé mes armes ; Mais le faux animal , sans en prendre d'alarmes,

Est venu droit à moi qui ne lui disois mot.

ARBATE.

Et tn Tas de pied ferme attendu?

MOROK

Quelque sot...

J*ai jeté tout par terre, et couru comme quatre.

ARBATE.

Fuir devant un sanglier, ayant de quoi l'abattre ! Ce trait , Moron , n*est pas généreux.

MORON

J*y consens ; IL n est pas généreux , mais il est de bon sens.

ARBATE.

Mais par quelques exploits si Ton ne s*éter&ise....

MORON

Je suis votre valet. Taime mieux que Ton dise, Cest ici qu en fuyant sans se feire prier Moron sauva ses jours des fureurs d*un saitglier; Que si l'on y disoit. Voilà Fillustre place OU le brave Moron, d'une héroïque audace Affrontant d'un sanglier l'impétueux effort, Par un coup de ses dents vit terminer soi) sort.

ETTATALË.

Fort bien.

MORON

Oui, j'aime mieux, n'en déplaise à la gloire, Vivre au mondé deux jours que mille ans dans l'histoire.

Page 1