D. ALONSE, D. CARLOS, D. JUAN, SGANARELLE
D. ALONSE, parlan t à ceux de sa suite , sans avoir vu don Carlos ni don Juan.
Faites boire là mes chevaux , et qu'on les amène après nous ; je veux un peu marcher à pied, (lès apercevant tous deux. ) O ciel! que vois-je ici? Quoifmon frère, vous voilà avec notre ennemi mortel ?
D. CARLOS
Notre ennemi mortel !
D. JOAR, mettant la main sur la garde de son
épée.
Oui, je suis don Juan moi-même ; et l'avantage du nombre ne m'obligera pas à vouloir déguiser mon nom. ^
D. ALONSE, mettant Vépée h la main.
Ah! traître, il faut que tu périsses, et... ( Sganarelle court se cacher. )
330t LE FESTIN DE PIERRE.
D. CARLOS
AL, mon frère, arrêtez : je lui suis redevable de la vie; et saos le secours (le son bras, j*aurois été tuë par des voleurs que j'ai trouvés.
D. ALOHSE.
Et voulez-vous que celte considération empêche notre vengeance ? Tous les services que nous rend une main ennemie ne sont d*aucun mêrjte pour engager notre ame ; et , s'il faut mesurer l'obligation à l'injure, votre reconnoissance , mon frère , est ici'ridicule ; et , comme l'honneur est infiniment plus précieux que la vie , c'est ne devoir rien proprement que d'être redevable de la vie à qui nous a 6té l'honneur.
D. CARLOS
Je sais la différence , mon frère , qu'un gentilhomme doit toujours mettre entre l'un et l'autre, et la reconnoissance de l'obligation n'efface point en moi le ressentiment de l'injure : mais souffrez que je lui rende ici ce qu'il m'a prêté, que je m'acquitte sui'-le-champ de la vie que je lui dois , par un délai de notre vengeance, et lui laisse la liberté de jouir durant quelques jours du fruit de son bienfait.
n. ALONSE.
]Son, non ; c'est hasarder notre vengeance que de la reculer, et l'occasion de la prendre peut ne