D. ALONSE
Tous ces discours sont superflus; il faut qu'il meure.
D. CARLOS
Arrêtez, vous dis-je, mon frère; je ne souffrirai point du tout qu'on attaque ses jours; et je jure le ciel que je le défendrai ici contre qui que ce soit, et je saurai lui faire un rempart de cette même vie qu'il a sauvée ; et , pour adi^sser vos coups, il faudra que vous me perciez.
D. ALOMSE.
Quoi, vous prenez le parti de notre ennemi contre moi! et, loin d'être saisi à son aspect des mêmes transports que je sens,^ vous faites voir pouf lui des sentiments pleins de douceur.
D. CARLOS
Mon frère, montrons de la modération dans une action légitime, et ne vengeons point notre honneur avec cet emportement que vous témoignez.
Ayons du cœur, dont nous soyons les maîtres, une valeur qui n'ait rien de farouche, et qui se porte aux choses par une pure délibération de notre raison, et non pdint par le mouvement d*nne aven{yle colère. Je ne veuxpoint , mon frère, demeurer redevable à mon ennemi; et je lui ai une obligation dont il faut que je m'acquitte avant toutes choses. Notre vengeance , pour être différée, n*en sera pas moins éclatante : au contraire, elle en tirera delWantage; et cette occasion de Tavoir pu prendre la fera paroitre plus juste aux yeux de tout le monde.
D. ALOHSE.
O l'étrange foiblesse, et l'aveuglement effroyable , de hasarder ainsi les intérêts de son honneur pour la ridicule pensée d'une obligation chimériqu» !
D. CARLOS
Non, mon frère , ne vous mettez pas en peine. Si je fais une faute, je saurai bien la réparer, et je me charge de tout le soin de notre honneur: je sais à quoi il nous oblige; et cette suspension d'un jour que ma reconnoissance lui demande ne fera qu'augmenter l'ardeur que j'ai de le satisfaire. Bon Juan , vous voyez que j'ai soin de vous rendre le bien que j'ai reçu de vous ; et vous devez par là juger du reste, croire que je m'ac-