ACTE V, SCÈNE H
nessè , qui se font un bouclier du manteau de la religion; et, sous cet habit respecté , ont lapermission d*étre les plus méchants hommes du monde ? On a beau savoir leurs intrigues, et les connoître pour ce qu'ils sont , ils ne laissent pas pour cela d'être en crédit parmi les gens ; et quelque baissement de tête , un soupir mortifié , deux roulements d'yeux, rajustent dans le monde tout ce qu'ils peuvent faire. Cest sous cet abri favorable que je veux me sauver, et mettre en sûreté mes affaires. Je ne quitterai point mes douces habitudes ; mais j'aurai soin de me cacher, et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale, et je serai défendu par elle envers et contre tous. Enfin c'est là le vrai moyen de faire impunément tout ce que je voudrai. Je m'érigerai en censeur des actions d'autrai^ jugerai mal de tout le monde, et n'aurai bonne opinion que de moii Dès qu'une fois on m'aura choqué tant soit peu^ je ne pardonnerai jamais, et garderai tout doucement une haine irréconciliable. Je ferai le vengeur des intérêts du ciel; et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes' ennemis, je les accuserai d'impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets , qui , sans connoissance de cause ^ crieront en public
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après eux, qui les accableront d'injures, et les damneront hautement, de leur autorité privée. C'est ainsi qu'il faut profiter des foiblesses des hommes , et qu'un sage esprit s'accommode auK vices de son siècle.
SOAKABELLE.
Q ciel ! qu'entends-je ici ! Il ne vous manqnoit plus que d'être hypocrite pour vous achever de tout point, et voilà le comble des abominations. Monsieur, cette dernière-ci m'emporte, et je ne puis m' empêcher de parler. Faites-moi tout ce qu'il vous plaira; battez-moi, assommez-moi de coups , tuez-moi si vous voulez ; il faut que je decharge mon cœur, et qu'en valet fidèle je vous dise ce que je dois. Sachez, monsieur, que tant va la cruche àl'eau qu'enfin elle se brise; et, comme dit fort bien cet auteur que jç ne connois pas, l'homme est en ce monde ainsi que l'oiseau sur la branche ; la branche est attachée à l'arbre ; qui s'attache à l'arbre suit de bons préceptes; les bons préceptes valent mieux que les belles paroles; les belles paroles se trouvent à la cour; à la cour sont les courtisans ; les courtisans suivent la mode ; la mode vient de la fantaisie ; la fantaisie est une faculté de l'ame; l'ame est ce qui nous donne la vie; la vie finit par la mort^ 1^ inortnous fait penser au ciel; le ciel est au-dessus