SCÈNE I
MM. FILLERIN, TOMES, DESFONANDRÈS.
M. FILLERIIV.
N'avez-vons point de honte, messieurs, de montrer si peu de prudence, pour des gens de votre âge, et de vous être querellés comme de j eunes étourdis ? Ne voyez-vous pas bien quel tort ces sortes de querelles nous font parmi le monde? et n'est-ce pas a^sez que les savants voient les contrariétés et les. dissensions qui sont entre nos auteurs et nos anciens maîtres, sans découvrir encore au peuple , par nos débats et nos querelles, la forfanterie de notre art? Pour moi , je ne comprends rien du tout à cette méchante politique de quelques uns de nos gens ; et il faut confesser que toutes ces contestations nous ont décriés depuis peu d'une étrange manière , et que , si nous n'y prenons garde , nous allons nous ruiner nous-mêmes. Je n'en parle pas pour mon in* lérêt ; car, dieu merci , j'ai déjà établi mes petites
affaires. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il grêle,
3o6 L'AMOUR MÉDECIN,
ceux qui sont morts sont morts, et j*ai de quoi me passer des vivants. Mais enfin toutes ces disputes ne valent rien pour la médecine. Puisque le ciel nous fait la grâce que, depuis tant de siècles , on demeure infatué de nous , ne désabusons point les hommes avec nos cabales extravagantes, et profitons de leurs sottises le plus doucement que nouspourrons. Nous ne sommes pas les seuls, comme vous savez, qui tâchons à nous prévaloir de la foiblesse humaine. Cest là que va Fétude de la plupart du monde ; et chacun s'efforce de prendre les hommes par leur foible pour en tirer quelque profit. Les flatteurs ^ par exemple , cherchent à profiter de Tamour que les hommes ont pour les louanges , en leur donnant tout le vain encens qu'Us souhaitetit ; et c'est un art où l'on fait, comme on voit, des fortunes considérables : les alchimistes tâchent à profiter de la passion que l'on a pour les richesses , en promettant des montagnes d'or à ceux qui les écoutent : les diseurs d'horoscopes, par leurs prédictions trompeuses , profitent de H vanité et de l'ambition des crédules esprits. Mais le plus grand foible def hommes, c'est l'amour qu'ils ont pour la vie ; et nous en profitons, nous autres, par notre pompeux galimatias , et savons prendre nos avantages de cette vénération que la peur de mourir