ACTE III, SCÈNE VI. SiS
de plus forte envie que d'être à vous, et je vais le
faire paroi tre dans ce que vous m' allez voir faire.
. SGANARELLE, à CUtandre.
Hé bien , notre malade ? Elle me semble un peu
plus gaie.
CLÎTANDRE.
C'est que j'ai déjà fait af^ir sur elle un de ces . remèdes que mon art m'enseigne. Comme l'esprit ^ a grand empire sur le corps , et que c'est de lui ■ bien souvent que procèdent les maladies, ma coutume est de courir à guérir les esprits ^vant que de venir au corps. J'ai donc observé ses regards , les traits de son visage , et les lignes de ses deux mains; et, par la science que le ciel m'a , donnée, j'ai reconnu que c'étoit de l'esprit qu elle étoit malade , et que tout son mal ne venoit que d'une imagination déréglée et d'un désir dépravé , de vouloir être mariée. Pour moi, je ne vois rien . de plus extravagant et de plus ridicule que cette envie qu'on a. du mariage.
SGAIfARELLE, h part
Voilà un habile homme !
CLIT ANDRE
Et j'ai eu et j'aurai pour lui , toute ma vie , «ne aversion effroyable.
SGANARELLE, h part.
Voilà un grand médecin !
3i6 L'AMOUR MÉDECIN.
CLITANDRE
Mais comme il faut flatter rimagination dés malades , et que j'ai vu en elle de Taliënation d'esprit, et même qu'il y a^oit du përil à ne lui pas donner un prompt secoUrs, je Tai prise par son foible , et lui ai dit que j'^tois venu ici pour vous la demander en mariage. Soudain son visage a change , son teint s'est e'claircî , ses yeux se sont animés; et si vous voulez, pour quelques jours , Tentretenir dans cette erreur, vous verrez que nous la tirerons d'où elle est.
SGAHABBLLE.
Oui-dà , je le veux bien.
CLITAMBRE.
Après, nous ferons agir ^'autres remèdes pour la guérir entièrement de cette fantaisie.
SGANARELLE
Oui, cela est le mieux du monde. Hé bien ! ma fille, voilà monsieur qui a envie de t'épouser, et je lui ai dit que je le voulois bien.
LUCINDE
Hélas ! est-il possible ?
SCAKARELLE.
Oui.
LUCINDE
Mais tout de bon ?