‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 212 sur 520 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Et que depuis long-temps cette estime m'a mis Dans un ardent désir d'être de vos amis. Oui , mon cœur au mérite aime à rendre justice , Et je brûle qu'un nœud d'amitié nous unisse. Je crois qu*un ami chaud, et de ma qualité, N'est pas assurément pour être rejeté. V>.

( Pendant le discours d'Oronte , Alceste est rêveur, sans

faire attention que c'est à lui qu'on parle , et ne sort de

sa rêverie que quand Oronte lui dit : ) C'est à vous, s'il vous plaît, que ce discours s'adresse.

ALCESTE

A moi , monsieur ? ;

• ORONTE

A VOUS. Trouvez- VOUS qu'il vous blesse ?

ALCESTE

Non pas. Mais la surprise est fort grande pour moi : \' Et je n'attendois pas l'honneur que je reçoi.

ORONTE

f L'estime oii je vous tiens,ne doit point vous surprendre, Et de tout l'univers vous la pouvez prétendre.

ALCESTE

Monsieur...

ORONTE

! L'état n'a rien qui ne soit au-dessous

Du mérite éclatant que l'on découvre en vous.

ALCESTE

Monsieur...

ORONTE

Oui de ma part je vous tiens préférable I A tout ce que j'y vois de plus considérable.

ALCESTE. A

Monsieur... ^

ORONTE

Sois-je du ciel écrasé , si je mens ! |

Et, pour TOUS confirmer ici mes sentiments, f

Souffrez qu'à cœur ouvert^ monsieur, je vous embrasse , Et qu'en votre amitié je vous demande place. Touchez là, s'il vous plaît. Vous me la promettez. Votre amitié ?

ALCESTE

Monsieur...

ORONTE

Quoi ! vous y résistez? .

ALCESTE

Monsieur, c'est trop d'honneur que vous me voulez fsqre. 1/ Mais l'amitié demande un peu plus de mystère ; Et c^est astiTrëment en profaner le nom |

Que de vouloir le mettre à toute occasion. (

Avec lumière et choix cette union veut naître : Avant que nous lier , il faut nous mieux connoître ; . Et nous pourrions avoir telles complexions , \

Que tous deux du marché nous nous repentirions. ,.

ORONTE. I

Parbleu ! c'est là-dessus parler en homme sage, j

Et je vous en estime encore davantage : ;

Souffrons donc que le temps forme des nœuds si doux.

Mais cependant je m'offre entièrement à vous :

S'il faut faire à la cour pour vous quelque ouverture,

On sait qu'auprès du roi je fais quelque figure ;

Il m'écoute, et dans tout il en use , ma foi ,

Page 1