ACTE II, SCÈNE V
/Il tutoie, eu parlant, ceux du plus haut étage, |
Et le nom de monsieur est chez lui hors d'usage. I
CLITANDRE
à^\ On dit qu*avec Bélise il est du dernier bien. ^
cél>'lMÈNE.
A^ Le pauvre esprit de femme , et le sec entretien ! JL
Lorsqu'elle vient me voir , je souffre le martyre :
Il faut suer sans cesse à chercher que lui dire ;
Et la stérilité de son expression \
Fait mourir à tous coups la conversation.
En vain, pour attaquer son stupide silence.
De tous les lieux communs vous prenez l'assistance ;
Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud,
Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientôt. a
Cependant sa visite, assez insupportable ,
Traîne en une longueur encore épouvantable ; J
Et Ton demande l'heure, et Ton bâille vingt fois,
Qu elle s'émeut autant qu'une pièce de bois.
ACASTE
Que vous semble d'Adraste ?
CÉLIMÊNE.
Ah! quelt)rgueil extrême !
Cest un homme gonflé de Tamour de soi-même : Son mérite jamais n'est content de la cour ; Contre elle il fait métier de pester chaque jour ; Et l'on ne donne emploi, charge, ni bénéfice , Qu'à tout ce qu'il se croit on ne fasse injustice.
CLITANDRE
Mais le jeune Cléon, chez qui vont aujourd'hui Nos plus honnêtes gens , que dites- vous de lui ?
CÉLIMÈNE
I Que de son cuisinier il s*est fait un mérite, 1
I Et que c'est à sa table à qui Ton rend visite. \
ELIANTE.
11 prend soin d'y servir des mets forts délicats.
CÉLIMÈNE
Oui ; mais je voudrois bien qu'il ne s*y servit pas : f
C'est un fort méchant plat que sa sotte personne , ' Et qui gâte , à mon goût, tous les repas qu'il dooue?^%^
PHILINTE. I
On fait assez de cas de son oncle Damis : Qu'en dites-vous, madame?
CÉLIMÈNE
Il est de mes amis.
PHILINTE
Je le trouve honnête homme, et d'un air assez sage.
CÉLIMÈNE. - '
Oui ; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage. Il est guindé sans cesse ; et, dans tous ses propos, | On voit qu'il se travaille à dire de bons' mots. Depuis que dans la tête il s'est mis d'être habile, Rien ne touche son goût, tant il est difficile ! Il veut voir des défauts à tout ce qu'on écrit ,
S Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit, Que c'est être savant que trouver à redire, I Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire. Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps \ Il se met au-dessus de tous les autres gens. l Aux conversations même il trouve à reprendre : Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre,
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