‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 226 sur 520 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Et , les deux bras croisés , du haut de son esprit l

\i regarde en pitié tout ce que chacun dit. \

ACASTE

Dieu me damne ! voilà son portrait véritable.

CLITANDRE, à Ce'/tmène.

Pour bien peindre les gens vous êtes admirable. ^

ALCESTE. V

f Allons, ferme ! poussez, mes bons amis de cour. Vous n'en épargnez point /et chacun a son tour : Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre Qu'on ne vOus voie en hâte aller à sa rencontre , Lui présenter la main, et d'un baiser flatteur Appuyer les serments d'être son serviteur. j

GLITANDRE. \

Pourquoi s'en prendre à nous? Si ce qu'on dit vous ble^e, Il faut que le reproche à madame s'adresse.

< ALCESTE

Non , morbleu ! c'est à vous ; et vos ris complaisants \

Tirent de son esprit tous ces traits médisants. l

Son humeur satirique est sans cesse nourrie

Par le coupable encens de votre flatterie ;

Et son cœur à railler trouveroit moins d'appas ,

S'il avoit observé qu'on ne l'applaudit pas. «

C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit par-tout se prendra

Des vices où l'on voit les humains se répandre. .^

PHILINTE

Mais pourquoi pour ces gens un intérêt si grand , \ Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend ? *:

CÉLIMÈNE

£t ne faut-il pas bien que monsieur contredise ?

36o LE MISANTHROPE.

A la commune voix veut-on qu'il se réduise, \

Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux

L'esprit contrariant qu'il a reçu des cieux ? \

f~ Le sentiment d'autrui n*est jamais pour lui plaire; f Il prend toujours en main l'opinion contraire, Et penseroit paroitre un homme du commun , {

' Si Ton voyoit qu'il fût de l'avis de quelqu'un. r

1 L'honneur de contredire a pour lui tant de charmes, f Qu'il prend contre lui-même assez souvent les armes ; I Et ses vrais sentiments sont combattus par lui ,

* Aussitôt qn il les voit dans la bouche d'autrui. «^

ALCESTE

Les rieurs sont pour vous, madame, c'est tout dire ; Et vous pouvez pousser contre moi la satire.

PHILINTE

Mais il est véritable aussi que votre esprit I Se gendarme toujours contre tout ce qu'on dit ; j Et que , par un chagrin que lui-même il avoue,

• Il ne sauroit souffrir qu'on blâme ni qu'on loue. |

^ ALCESTE

C'est que jamais , morbleu ! les hommes n'ont raison ; Que le chagrin contre eux est toujours de saison. Et que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaires, 1 Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires. I

GJBLIMÈNE.

Mais...

A LCBSTE. •

Non , madame , non , quand j'en devrois movrir, I Vous avez des plaisirs que je ne puis souffnr ; i

Et l'on a tort ici de nourrir dans votre ame '

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