ACTE II, 1SCÈNE V. 36i
Ce grand 'attachement aux défauts qu'on y blâme.
CL1TANDRE.
Pour moi , je ne sais pas ; ipais j'avouerai tout haut Que j'ai cru jusqu'ici madame sans défaut. . ^
ACASTE. V
(De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourvue ; ; Mais les défauts qu'elle a ne frappent point ma vue. '
ALCESTB.
Ils frappent tous la mienne ; et, loin de m*en cacher^ Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher. lÈ Plus on aime quelcju'un, moins il faut qu'on le flatte;: ij( A ne rien pardonner le pur amour éclate ; Et je bannirois , moi , tous cesi^ches amants Que je verrois soumis à tous mes sentiments ,
IEt dont , à tout propos , les moUes complaisances Donneroient de l'encens à mes extravagances.
célimêne.
Enfin, s'il faut qu'à vous s'en rapportent les cœurs, '
IOn doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs, ' Et du parfait amour mettre l'honneur suprême î A bien injurier les personnes qu'on aime.
ÉLIANTE
L'amour, pour l'ordinaire , est peu fait à ces lois, { Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix, l . Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable. Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable ; lis comptent les défauts pour des perfections , % Et savent y donner de favorables noms. \ La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ;.^ i La noire à faire peur, une brune adorable ; 3. 3i
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est, dans son port, pleine de majesté ;
La malpropre sur soi, de .peu d*attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté n^ligée ;
La géante paroît une déesse aux yeux ;
La naine , un abrégé des merveilles des cieux ;
L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;
La fourbe a de l'esprit ; la sotte est toute bonne ; '
La trop grande parleuse est d'agréable humeur ;
Et la muette garde une honnête pudeur.
C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême
Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.
ALCESTE
Et moi, je soutiens, moi...
CÉLIMÈNE
Brisons là ce discours.
Et dans la galerie allons faire deux tours. Quoi ! vous vous en allez, messieurs ?
GLITANDRE et AChfSTÉ.'"' •--^'— — *-•
Non pas, madame.
ALCESTE
La peur de leur départ occupe fort votre ame ! Sortez quand vous voudrez, messieurs ; mais f avertis Que je ne sors qu'après que vous serez sortis.
ACASTB.
A moins de voir madame en être importunée, Rien ne m'appelle ailleurs de toute la journée.
CLITANDIIE.
Moi , pourvu que je puisse être au petit couché. Je n'ai point d'autre affaire où je sois attaché.