‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 234 sur 520 · ACTE in, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE in, SCÈNE V

ARS'iNOÉ.

Il n'est pas nécessaire.

Madame, lamitié doit sur-tout éclater Aux choses qui le plus nous peuvent importer ; Et comme il n'en est point de plus grande importance Que celles de l'honneur et de la bienséance, [

Je viens, par un avis qui touche votre honneur, I Témoigner l'amitié que pour vous a mon cœur. Hier j'étois chez des gens de vertu singulière , Où sur vous du discours on tourna la matière ; Et là, votre conduite', avec ses grands éclats. Madame, eut le malheur qu'on ne la loua pas. Cette foule de gens dont vous souffrez visite, Votre galanterie, et les bruits qu'elle excite, Trouvèrent des censeurs plus qu'il n'auroit fallu , Et bien plus rigoureux que je n'eusse voulu. Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre : Je fis'ce que je pus pour vous pouvoir défendre ; Je vous excusai fort sur votre intention, Et Voulus de votre ame être la cautioii. Mais vous savez qu'il est des choses dans la vie Qu on ne peut excuser, quoiqu'on en ait envie ; Et je me vis contrainte à demeurer d'accord Que l'air dont vous viviez vous faisoit un peu tort, Qu'il prenoit dans le mcmde une méchante face , Qu'il n'est conte fâcheux que par-tout on n'en fasse. Et que , si vous vouliez , tous vos déportements Pourroient moins donner prise aux mauvais jugements Non que j'y croie au fond l'honnêteté blessée : Me préserve le ciel d'en avoir la pensée !

Mais aux ombres du crime on prête aisément foi , Et ce n'est {W assez de bien vivre pour soi. Madame, je vous crois Tame trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable, £t pour Tattribuer qu'aux mouvements secrets D'un zélé qui m'attacbe à tous vos intérêts.

CÉLIBURE.

Madame , j'ai beaucoup de grâces à vous rendre. Un tel avis m'oblige ; et, loin de le mal prendre, J'en prétends reconnoitre à l'instant la faveur Par un avis aussi qui touche votre honneur : -^

^^ j Et comme jè^CixiS' Vôts vous montrer mon amie

En m'apprenant les bruits que de moi l'on publie. Je veux suivre à mon tour un exemple si doux En vous avertissant de ce qu'on dit de vous. 5

En un lieu, l'autre jour , où je faisois visite , t

Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite , s^^

Qui , parlant des vrais soins d'une ame qui vit bien , ^^ Firent tomber sur vous, madame, l'entretien. 1

Là , votre pruderie et vos éclats de zèle Ne furent pas cités comme un fort bon modèle ; Cette affectation d'un grave extérieur, «^

Vos discours éternels de sagesse et d'honneur, \

Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence. Cette hauteur d'estime où vous êtes de vous , Et ces yeux de pitié que vous jetez sur tous, Vos fréquentes leçons, et vos aigres censures Sur des choses qui sont innocentes et pures ; Tout cela, si je puis vous parler franchement.

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