ACTE III, SCÈNE V
Madame, fut blâmé d*un commun sentiment; « A quoi bon , disoient-ils , cette mine modeste , « Et ce sage dehors, que dément tout le reste ?
)« Elle est à bien prier exacte au dernier point; « Mais elle bat ses gens, et ne les paye point. « Dans tous les lieux dévots elle étale un grand zèle ; « Mais elle met du blanc , et veut paroitre belle. « Elle fait des tableaux couvrir les nudités ; « Mais elle a de l'amour pour les réalités. » Pour moi , contre chacun je pris votre défense , )<;' Et leur assurai fort que c etoit médisance : mmm» ^
Mais tous les sentiments combattirent le mien , Et leur conclusion fat que vous feriez bien I De prendre moins de soin deH actions des autres, t Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres ; I Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps ^^Avant que de songer à condamner les gens ; 'j Qu'il faut mettre le poids d\ine vie exemplaire 1 Dans les corrections qu'aux autres on veut faire ; Et qii'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin , A ceux à qui le ciel en a commis le soin. Madame, je vous crois aussi trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable , Et pour l'attribuer qii'aux mouvements secrets D'un zélé qui m'attache à tous vos intérêts.
ARsmoé.
A quoi qu'en reprenant on soit assujettie , Je ae m'attendois pas à cette repartie. Madame ; et je vois bien , par ce qu'elle a d'aigreur, Que mon sincère avis vous a blessée au cœur.
CÉLIMÊNE.
An contraire, madame ; et, si Ton étoit sage.
Ces avis mutuels seroient mis en usage.
On détruiroit par là , traitant de bonne foi , \
Ce grand ayeuf][lement où chacun est pour soi. ^
Il ne tiendra qu'à vous qu*avec le même zèle
Nous ne continuions cet office fidèle ,
Et ne prenions grand soin de nous dire entre nous
Ce que nous entendrons, voas de moi , moi de vous.
ARSINOé. â
Ah ! madame , de vous je ne puis rien entendre ; |
C'est en moi que Ton peut trouver fort à reprendre.
CÉLIMÊNE.
Ma/lniwA ^ fin p^^nti, jf f^rtiift ^ Jouer et blâmer tout f Et chacun a raison , suivant l'âge ou le goût.
j II est une saison pour la galanterie,
I II en est une aussi propre à la pruderie.
I On peut, par politique, en prendre le parti,
f Quand de nos jeunes ans l'éclat est amorti : Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces. Je ne dis pas qu'un jour je ne suive vos traces : L'âge amènera tout ; et ce n'est pas le temps , Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans.
ARSINOÉ
> Certes, vous vous targuez d'un bien foil>lc avantage, % Et vous faites sonner terriblement votre âge. J
V Ce que de plus que vous on en pourroit avoir { N'est pas un si grand cas , pour s'en tant prévaloir ; I Et je ne sais-pourquoi votre ame ainsi s'emporte. Madame, à me pousser de cette étrange sorte.