‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 238 sur 520 · ACTE 111, SCÈNE VII. 38i · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE VII. 38i

Pour y bien réussir et faire mes affaires : ' Être franc et sincère est mou plus grand talent ; '^^

Je ne sais point jouer les hommes en parlant ; Et qui n'a pas le don de cacher ce qu'il pense yi

Doit faire en ce pays fort peu de résidence. ^

Hors de la cour, sans doute, on n'a pas cet appui Et ces titres d'honneur qu'elle donne aujourd'hui ; ^ Mais on n'a pas aussi, perdant ces avantages, Le chagrin de jouer de fort sots personnages ; On n'a point à souffrir mille rebuts cruels ; On n'a point à louer les vers de messieurs tels , A donner de l'encens à madame une telle, |

Et de nos francs. marquis essuyer la cervelle. ^

ÂRSIMOÉ. • f

Laissons, puisqu'il vous plaît, ce chapitre de cour ; i Mais il faut que mon cœur vous plaigne en votre amoue ; Et , pour vous découvrir là -dessus mes pensées , Je souhaiterois fort vos ardeurs mieux placées. Vous méritez sans doute un sort beaucoup plus doux. Et celle qui vous charme est indigne de vous.

ÂLCESTE. I

Mais , en disant cela , songez- vous , je vous prie , |

Que cette personne est, madame, votre amie?

ARSINOÉ

Oui. Mais ma conscience est blessée en effet De souffrir plus lon^-temps le tort que l'on vous fait. \ L'état où je vous vois afflige trop mon ame , l

Et je vous donne avis qu'on trahit votre flamme. ^

ALCESTE

C'est me montrer, madame, un tendre mouvement ;

38a LE MISANTHROPE.

Et de pareils avis obligent uo amant.

ARSINOÉ

Oui , toute mon amie, elle est, et je la nomme , Indigne d^asservir le cœur d'un galant homme; / Et le sien n'a pour vont que de feintes doucenre.

ALCE5TE.

Gela se peut, madame ; on ne voit pas les cœurs t » Mais votre charité se serott bien passée De jeter dans le mien une telle pensée.

ARSIMoé.

Si vous ne voulez pas être désabusé,

Il faut ne vous rien dire ; il est assez aisé.

ALCESTK. I

Non. Mais sur ce sujet, quoi que Ton nous expose, Les doutes sont fâcheux plus que toute autre chose ; Et je voudrois, pour moi, qu'on ne me fît savoir Que ce qu'avec clarté Ton peut me faire voir.

ABSINOIÈ. \

Hé bien ! c'est assez dit ; et, sur cette matière ,

Vous allez recevoir une pleine lumière.

Oui, je veux que de tout vos yeux vous fassent foi.

Donnez-moi seulement la main jusque chez moi :

Là , je vous ferai voir une preuve fidèle W

t>e Finfidélité du cœur de votre belle ;

Et si pour d'autres yeux le vôtre peut brûler,

On pourra vous offrir de quoi vous consoler. j

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