‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 237 sur 520 · ALCESTE, ARSINOÉ · texte numérisé non relu

ALCESTE, ARSINOÉ

ÂRSINOi.

Vous voyez, elle veut que je vous entretienne ,

Attendant un moment que mon carrosse vienne;

£t jamais tous ses soins ne pouvoient m'offrir rien

Qui me fut plus charmant qu'un pareil entretien.

£n vérité , les gens d'un mérite sublime

Entraînent de chacun et l'amour et l'estime ;

Et le vôtre, sans doute, a des charmes secrets

Qui font entrer mon cœur dans tous vos intérêts.

Je voudrois que la cour, par un regard propice,

A ce que vojis valez rendit plus de justice :

Vous avez à vous plaindre ; et je suis eu courroux

Quand je vois , chaque jour, qu'on ne fait rien pour vous.

ALCESTE

Moi, madame ! Et sur quoi pourrois-je en rien prétendre? Quel service à l'état est-ce qu'on m'a vu rendre? Qu'ai-je fait, s'il vous plait, de si brillant de soi , Pour me plaindre à la cour qu'on ne fait rien pour moi ?

ARSINOÉ

Tous ceux sur qui la cour jette des yeux propices N'ont pas toujours rendu de ces fameux services : Il faut l'occasion ainsi que le pouvoir. Et le mérite enfin que vous nous faites voir Devroit

38o LE MISANTHROPE.

ALCESTB.

*â^ Mon dieu ! laissoos mon mérite , de grâce ;t

De quoi voulez-vous là que la cour s'embarrasse ? \

L, Elle auroit fort à faire, et ses soins seroient grands j

^ D'avoir à déterrer le mérite des gens. \

ARSINOÉ

j< Un mérite éclatant se déterre lui-même :

Du vôtre, en bien des lieux, on fait un cas extrême; Et vous saurez de moi qu'en deux fort bons endrmts V Vous fûtes hier loué par des gens d'un grand poids.

ALCESTE

Hé ! madame, l'on loue aujourd'hui tout le monde. Et le siècle par là n'a rien qu'on ne confonde.

I Tout est d'un grand mérite également doué ;

I Ce n'est plus un honneur que de se voir loué ;

I D'éloges ou regorge , à la tète on les jette.

Et mon valet-de-chambre est mis dans la gazette.

ARSINOB.

Pour moi, je voudrois bien que , pour vous montrer mieux , Une charge à la cour vous pût frapper les yeux. 1 Pour peu que d'y songer vous nous fassiez les mines, I On peut, pour vous servir, remuer des machines ; \ Et j'ai des gens en main que j'emploierai pour vous , / 1 Qm vous feront à tout un chemin assez doux.

ALCESTE

t Eh ! que voudriez- vous , madame, que j'y fisse !

I L'humeur dont je me sens veut que je m'en bannisse ; ^ Le ciel ne m'a point fait, en me donnant le jour, ^ Une ame compatible avec l'air de la cour. Je ne me trouve point les vertus nécessaires

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