G É LIMÉ NE
( à part. ) {à Alceste. )
Ouais ! Quel est donc le trouble où je vous vois paroitre ?
Et que me veulent dire et ces soupirs poussés,
Et ces sombres regards que sur moi vous lancez ?
ALCESTE
Que toutes les horreurs dont une ame est capable , A vos déloyautés n'ont rien de comparable ; Que le sort , les démons, et le ciel en courroux, N'ont jamais rien produit de si méchant que vous. ,
CÉLIMENE. (^
Voilà certainement des douceurs que j'adroii'e- i^-
ALCESTE
Ah ! ne plaisaote^ point ; il n*e$t pas temps de rire : \
Rouissez bien plutôt, vous en avez raison ; |
Et j*ai de sûrs témoins de votre trahison. Voili ce que marquoient les troubles de mon ame : Ce n*étoit pas en vain que s'alarmoit ma flamme. '•
Par ces fréquents soupçons qu'on trouvoit odieux \
Je cherchois le malheur qu'ont rencontré mes yeux ; Et, malgré toiis vos soins et votre adresse a feindre , Mon astre me disoit ce que j'avois à craindre. Mais ne présumez pas que , sans être veogé , . Je souffre le dépit de me voir outragé. ]
u Je sais que sur les vœux on n'a point de puissance, 1 Que l'amour veut par-tout naître sans dépendance, f Que jamais par la force on n'entra dans un cœur, Et que toute ame est libre à nommer son vainqueur : Aussi ne trouverois-je aucun sujet de plainte. Si pour moi votre bouche avoit parlé sans feinte ; Et, rejetant mes vœux dès le premier abord. Mon cœur n'auroit eu droit de s'en plaindre qu'au fiort. Mais d'un aveu trompeur voir ma flamme applaudie, { C'est une trahison , c'est une perfidie , ■f Qui ne sauroit trouver de trop ^ands châtiments ; ; Et je puis tout permettre à mes ressentiments. Oui, oui , redoutez tout après un tel outrage ; Je ne suis plus à moi , je suis tout à la rage : ^ Percé d« coup mortel dont vous m'assassinez , |. Mes sens par la raison ne <$ont plus gouvernés; ^1 Je cède aux mouvements d'une juste colère, / Et je ne réponds pas de ce que je puis faire.